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Archives Mensuelles: février 2015

1a5e1b8f81Fabien Hein est docteur en sociologie, et surtout pour ce qui nous intéresse ici, auteur de plusieurs ouvrages sur les cultures populaires et le rock. Il propose cette fois un historique et un panorama des entreprises de « Do It Yourself « qui accompagnent le mouvement punk. Il affirme ici le lien intrinsèque entre mouvement punk et culture DIY et le montre en 3 temps principaux : l’émergence de ce mouvement, puis la construction d’un entrepreneuriat punk pour la diffusion de cette culture DIY avec cette fois-ci une portée militante et pour beaucoup sociale. Enfin l’auteur interroge la place de cette culture maintenant et la réalité de son existence comme contre-culture. Vous verrez défiler groupes de musiques, mais aussi fanzines et labels qui font bouger les lignes de l’investissement dans un mouvement culturel. Ainsi, chacun est invité à mener à bien ses envies, selon ses propres initiatives. On observe donc se développer les capacités d’action de chacun jusqu’à rencontrer de plein fouet les conceptions de l’entreprise. L’auteur nous emmène avec une langue nerveuse, très rock’n roll vers ces différentes entreprises ( les fanzines Sniffin Glues, Sideburns ou les labels comme Rough Trade et Crass Records ), folles et tellement vivantes. Il est facilement imaginable de monter un groupe de musique dans un garage pour montrer un nouveau son. Hein nous rappelle que les cultures punk revendiquent le fait que toutes les opinions ont leurs importances, la même légitimité à être exprimée quel que soit le support choisi et sans forcement se fourvoyer dans des manières de faire aliénante.

Au final, on trouve là un texte court, très bien construit… et pleins de super références à retourner écouter/voir/regarder ou a découvrir à l’infini. Ce petit essai est en fait un chouette point de départ pour sortir des stéréotypes autours du fabuleux monde des crêtes et autres épingles à nourrice.

Do It Yourself! Autodetermination et culture punkFabien Hein, Le Passager Clandestin édition, 12 €

Marion

Pas besoin de longs discours aujourd’hui, cet album paru en fin d’année dernière est un coup de cœur (GÉANT!)

Les aventures totalement ébouriffantes de Mitcho le chat et de Sébastien l’éléphant, voguant vers l’île mystérieuse à bord d’une poire géante. Ils croiseront le vilain capitaine Camenbert et ses pirates, visiteront le dragon mécanique du professeur Glukose, et seront loin d’être au bout de leurs surprises une fois sur l’île…

Une grande histoire illustrée à la manière foisonnante d’un Richard Scarry (auteur et illustrateur américain célèbre pour ces albums dédié à la jeunesse), les mille et uns détails,dissimulés page après pages incitent l’œil à observer attentivement chaque illustration et sont un régal. L’aventure, à la fois surréaliste et pourtant irrésistiblement attirante, nous happe en un tour de main (que dis-je, de page !)
Point important à souligner : il s’agit d’un gros album (102 pages), profitant  d’un découpage par chapitres qui rend la lecture bien plus agréable, pouvant de fait être prolongée sur un, deux, voire trois jours.
Un album à lire donc en épisode à partir de 5 ans, ou tout seul à partir de 7 ans.

La fabuleuse histoire de la poire géanteJakob Martin Strid, Pocket Jeunesse, 19.90€

Thomas
                                 

japon

Qui n’a jamais, à la fin d’une journée pourrie, imaginé disparaître et tout recommencer ailleurs ? L’archipel nippon se caractérise, on le sait, par des codes sociaux qui sont pour certains très éloignés des nôtres, occidentaux. Ainsi, le Japon voit s’évaporer plusieurs dizaines de milliers de personnes par an. Un homme part et quitte sa femme pour échapper à la honte d’une faillite, une autre fuit pour échapper à un amour impossible. On croise des âmes perdues, évaporées depuis si longtemps que tous les ont oubliés. D’autres sont revenus, mais sont toujours imprégnés par la honte. Autant d’acteurs que d’histoires, qui se jouent loin des avenues éclairées.
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Ami de la poésie, bonjour. Ou bonsoir.

Aujourd’hui, un texte de chez Zulma, La lettre à Helga, de Bergsveinn Birgisson. Et si vous ne connaissez pas ce petit éditeur, un petit tour sur leur site vous éblouira. Enfin peut être pas, mais leur production est très très intéressante avec des textes de qualités. Ce petit roman – un peu plus de 130 pages – vient de sortir en poche chez Points. Ne serait-ce que pour la couverture, la version Zulma est bien plus intéressante.

L’histoire de Bjarni. Celle de sa vie ou tout du moins d’une partie. L’histoire de l’Islande, aussi. Read More

avant d'aller dormir

 

Et si, en vous réveillant chaque matin, vous aviez oublié les vingt dernières années ?  C’est ce qui arrive à Christine, tous les jours, devant le miroir de sa salle de bain. Elle a l’impression d’être dans sa vingtaine et elle découvre un visage qu’elle ne reconnait pas. Et chaque jour, c’est la même chose : Ben lui rappelle qu’il est son mari et qu’ils sont mariés depuis plus de vingt ans, qu’elle a eu un accident qui lui a laissé des séquelles. Elle est incapable de créer de nouveaux souvenirs. Read More

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Il m’est impossible d’adopter un ton formel pour parler de Bonne nuit Punpun.  Si vous connaissez un peu Asano, vous savez que ses mangas tournent toujours autour des mêmes thématiques : le malaise adolescent et post-adolescent d’une génération perdue, qui s’aime, se cherche, se perd. Avant Bonne Nuit Punpun, série aujourd’hui terminée en treize volumes, Asano ne créait que des récits courts, de deux volumes maximum. C’est donc l’occasion pour lui de traiter ses thèmes de prédilection de façon plus ambitieuse et plus profonde.

Nous allons donc suivre Punpun, sa famille et ses camarades de classe sur une période de dix ans environ. Asano développe ses personnages avec un naturel et un succès fou, je n’ai personnellement jamais eu autant l’impression qu’un auteur créait la vie, littéralement. Read More

Princesse UgTed Naifeh n’est de rien moins que le père de Courtney Crumrin, une apprentie-sorcière dont l’univers gothique et magique en a fait frissonner plus d’un entre 2004 et 2013. Si j’aime à comparer l’auteur à Mike Mignola (Hellboy) pour son graphisme particulier, son univers sombre et sa gestion des ombres, c’est dans un tout autre registre qu’on le retrouve aujourd’hui. Fidèle à Akileos, Ted Naifeh revient à présent avec une bande dessinée colorée, qui égratigne le joli minois des princesses à la sauce Disney : Princesse Ugg, ou la jeunesse non-officielle de Red Sonja!
Princesse Ugg. La jeune Ülga est une princesse, fille de Thorgirm et de la reine Fridrika, guerrière la plus redoutée de tout Grimmeria. Aucun doute ne peut donc être formulé quant à son ascendance royale. Mais Ülga est une princesse d’un genre un peu particulier, de celui dont on aimerait en voir plus souvent. Remplacer la silhouette longiligne par un corps musculeux, les robes par quelques pièces de peaux de bêtes et les bijoux par une paire de haches et vous tenez à peu près le portrait de notre héroïne. Ne reste alors qu’à la projeter dans le cadre le moins adapté pour que démarre une quête incongrue et hilarante.
Délaissant le froid de Grimmeria pour le climat délicieux d’Atraesca, notre princesse « barbare » se présente un beau matin devant les portes de la prestigieuse Académie des Princesses, bien décidé à apprendre ce que son propre peuple n’est pas en mesure de lui inculquer. Au programme : cours d’équilibre, de théâtre, de musique et j’en passe. Et pour animer tout cela, un casting aux petits oignons de princesses de toutes les nationalités et de professeurs triés sur le volet. Mais ce n’est pas exactement ce que recherche la jeune Ülga, qui n’est évidemment pas descendu de sa montagne pour devenir une jeune femme du monde. Au contraire, loin de toute frivolité, elle tient dans sa main l’avenir de son peuple.
Pour qui a déjà lu une série signée Ted Naifeh, vous êtes en terrain conquis tant le schéma de l’auteur est respecté : un personnage déraciné, épaulé par un mentor ambiguë qui va l’aider à affronter les dangers d’un monde plus hostile qu’il n’y paraît. Si Ülga peut étaler quelques géants des glaces, rien ne l’a jamais préparée à supporter le regard des autres et l’hostilité suscité par son statut d’étrangère, ni même à négocier avec des princesses en pleine crise d’adolescence. Si la caractérisation des princesses peine à se mettre en place, c’est parce que des mots même de l’auteur, la série se décomposera en quatre volumes pour s’attarder sur chacune d’entre elle. Après Julifer, ce sera donc à Desmedona de prendre la relève dans le tome 2.
Présenté dans un écrin comics, ce premier tome se décompose en quatre chapitres dont la construction en quatre temps n’échappera pas à un habitué de la bande dessinée américaine. Petit-à-petit, Ted Naifeh déconstruit l’univers rose bonbon des princesses et détourne les codes de la bande dessinée jeunesse, encore trop souvent sexiste. On se surprend un sourire aux lèvres la majeure partie du temps, quand une pique d’humour cynique et gratuite ne déclenche pas un simple fou rire. Le personnage d’Ülga est une vraie réussite, forte et fragile à la fois, humaine en un mot.
Finalement, Princesse Ugg est un petit plaisir coupable, autant pour un enfant que pour un adulte. La quête lourde de sens de la jeune fille contraste avec un univers et un récit plus léger, drôle et un brin irrévérencieux qui ne demande qu’à se développer. On attend de voir où tout cela nous mènera, mais on répond d’ores-et-déjà pour un tome 2, avec le sourire en prime.

Princesse Ugg de Ted Naifeh, Akileos, 15€, à paraître aujourd’hui même !
Johan