L’affaire Charles Dexter Ward – Lovecraft

Parmi les maîtres de la littérature, on retrouve l’américain Howard Philips Lovecraft dans la catégorie de l’horreur. Célèbre pour avoir créé Cthulhu, il a inspiré nombre d’auteurs modernes comme King, Moore, Gaiman … Alors aujourd’hui, je vais vous présenter deux de ses textes pour essayer de vous faire comprendre l’importance du maître et en quoi il inspire autant les auteurs de l’imaginaire en général et, en particulier, ceux du fantastique et de l’horreur.

Deux textes, donc, assez courts. Commençons avec L’affaire Charles Dexter Ward disponible en J’ai Lu 

On y suit le parcours chaotique de Charles Dexter Ward – non, vraiment ?- à travers les souvenirs et l’enquête de son médecin, alors que ce cher Charles a disparu. Que lui est-il donc arrivé ? Il se comportait bizarrement ces derniers mois. Il se dit des choses horribles sur lui, sur son ancêtre, un certain Joseph Curwen, arrivé à Providence alors qu’il fuyait la chasse aux sorcières de Salem …

Cet récit est celui d’une descente dans la folie, du changement d’un jeune homme seulement curieux et intéressé par la généalogie en quelqu’un d’autre, torturé, hanté par les démons du passé. De l’inconcevable réalité de la sorcellerie.

Mais qu’est ce qui en fait un récit si intéressant ?

C’est un texte facile d’accès pour quiconque veut s’initier à Lovecraft ainsi qu’à l’horreur en littérature parce que oui, Lovecraft n’est pas le plus accessible des auteurs de fantastique, loin de là. Il aborde l’ensemble des points qui constituent l’horreur lovecraftienne et surtout s’inscrit dans les mythes de Cthulhu, le tout dans une histoire facile à suivre mais qui a cette capacité à nous prendre par surprise -vraiment lorsque l’on s’y attend le moins.

Le récit en lui-même est construit de telle manière que les points importants nous frappent lorsqu’ils frappent le docteur, malgré des indices disséminés un peu partout. L’ambiance est oppressante, malsaine, angoissante au possible. Typiquement Lovecrafienne.

C’est là tout l’art de Lovecraft, sa plume impose un ressenti et fait appel à nos peurs les plus profondes. Et le texte suivant est un parfait exemple de cette capacité qu’a Lovecraft à réveiller nos peurs. Peur de l’inconnu, peur de la différence, de la mort, de la folie … rien n’échappe à son passage.

La couleur tombée du ciel, disponible dans le recueil du même nom en FolioSF pour finir cet article…

Ici Lovecraft nous invite à suivre un jeune homme, architecte en devenir, venu étudier la possibilité d’installer un barrage à l’Ouest d’un bled perdu. Arrivé sur place, il entend des rumeurs, des légendes qui le laissent perplexe et décide d’enquêter plus en avant.

Nous sommes sur un texte un peu différent des autres puisqu’il s’inscrit uniquement indirectement dans le mythe de Cthulhu. L’auteur nous invite à voir au-delà de nos sens et notre vision de l’existence. Il nous invite à appréhender une nouvelle couleur, une forme de vie complètement différente. Et comme un exemple vaut mieux qu’un long discours :

«La ferme tout entière baignait dans cette couleur mêlée, inconnue et hideuse : les arbres, les bâtiments, et même la verdure et l’herbage qui n’avaient pas complètement tourné à la fatale désintégration dans la grisaille. Les branches se tendaient toutes vers le ciel, coiffées de langues d’un feu immonde, et des ruissellements chatoyants de ce même feu monstrueux se glissaient autour des poutres de faîtage de la maison, de la grange, des appentis. C’était une scène inspirée d’une vision de Füssli, et sur tout le reste régnait cette débauche de lumineuse inconsistance, cet arc-en-ciel hors du monde et hors mesure de secret poison, qui naissait du puits – bouillonnant, palpant, enveloppant, s’étendant, scintillant, étreignant et faisant malignement des bulles dans son cosmique et in-identifiable chromatisme.» Lovecraft, La couleur tombée du ciel (merci ô grand site de Folio).

Toute la force est de faire comprendre plutôt que de montrer. Ce sont des témoignages sur des faits datant de nombreuses années qui construisent l’histoire. Les témoins ont préféré oublier ou n’ont vu que des conséquences. Scène magistrale que celle de la ferme, à lire absolument. L’horreur se joue des personnages comme elle se joue du lecteur. L’imagination doit carburer pour tenter de comprendre ce qu’il se passe, ce qu’il s’est passé. Et parfois elle bloque. Comment expliquer l’irrationnel ?

Dans ce texte le personnage principal indique que des scientifiques ont essayé de comprendre ce qui se passait – à la manière du docteur dans l’Affaire– dans cette bourgade de fermiers, d’abord sceptiques puis intrigués et enfin terrifiés.

Là est le côté réellement fantastique des deux textes, Lovecraft ancre dans le pragmatisme scientifique, dans la réalité, ses apparitions et actes de sorcellerie, ce qui ne leur donne qu’une force plus grande encore. Et au final, si tout ça était vraiment réel ? La science peut-elle vraiment tout expliqué ?

C’est l’ambiance si particulière des textes de Lovecraft, le mythe qu’il a créé au fil des nouvelles qui font de lui un auteur si influent près de 80 ans après sa mort. Cette particularité à décrire l’inconcevable et l’horreur la plus démente n’ont rien à envier au cinéma d’horreur – qu’il a pas mal inspiré, d’ailleurs. Le personnage en lui-même est passionnant, génie cinglé, raciste solitaire …  mais ça, ce sera pour une autre fois. Si vous êtes curieux, je vous renvoie aux biographies le concernant mais aussi à son propre essai sur la littérature fantastique, proprement passionnant.


L’affaire Charles Dexter Ward, H.P. Lovecraft,  J’ai Lu, 4€.

La couleur tombée du ciel, H.P. Lovecraft,  Gallimard – FolioSF, 7€.

Épouvante et surnaturel en littérature, PGDR, 21€

Quentin.

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