Bonne nuit Punpun – Inio Asano

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Il m’est impossible d’adopter un ton formel pour parler de Bonne nuit Punpun.  Si vous connaissez un peu Asano, vous savez que ses mangas tournent toujours autour des mêmes thématiques : le malaise adolescent et post-adolescent d’une génération perdue, qui s’aime, se cherche, se perd. Avant Bonne Nuit Punpun, série aujourd’hui terminée en treize volumes, Asano ne créait que des récits courts, de deux volumes maximum. C’est donc l’occasion pour lui de traiter ses thèmes de prédilection de façon plus ambitieuse et plus profonde.

Nous allons donc suivre Punpun, sa famille et ses camarades de classe sur une période de dix ans environ. Asano développe ses personnages avec un naturel et un succès fou, je n’ai personnellement jamais eu autant l’impression qu’un auteur créait la vie, littéralement. Que ce soit Punpun, Punpun mama, Yuichi ou Aiko, tous les personnages sont crédibles et humains, on est proche d’eux, on s’inquiète de leur sort, on rit un peu, on pleure beaucoup. Car Bonne nuit Punpun n’est pas une œuvre joyeuse, c’est une œuvre réaliste, qui sais parler de l’être humain avec une parfaite authenticité, mais qui prend le parti de nous faire voir le monde à travers le prisme de ses personnages, des personnages au mieux mélancoliques, au pire complètement dépressifs, d’où la noirceur exacerbée de l’œuvre. Dans sa perpétuelle quête de transmission du malaise qui nous habite, Asano se diversifie pour parler plus amplement d’individus à la fois plus jeunes (c’est les cas de nos héros au début du manga, qui sont en primaire), et plus âgés (avec Punpun mama et Yuichi, qui ont, respectivement, la quarantaine et la trentaine), contrairement à ses habitudes. Il est bien sur avant tout question d’amour, et de sexe, ces deux notions si proches et si lointaines qui sont la cause de tous les maux comme de tous les remèdes chez Asano.

Le graphisme et la narration sont étroitement liés dans Bonne nuit Punpun. On retrouve le trait réaliste de l’auteur, malgré des proportions loin de l’être chez ses personnages, mais Asano apporte également de nombreuses métaphores visuelles plus ou moins parlantes qui ponctuent le manga (surtout les premiers volumes), ainsi qu’un parti pris intéressant au niveau de la famille Punyama. Sous ces formes ressemblants vaguement à des oiseaux et ces noms improbables, se cachent des individus lambda. Des personnages à l’aspect inabouti, ce qui facilite l’identification et traduit la pensée de l’auteur : Punpun, c’est vous, autant que n’importe qui d’autre. La narration nous plonge généralement directement dans la tête des protagonistes, à travers des cases entièrement noires où seul le texte est écrit, conférant au récit un rythme unique et saisissant.

Bonne nuit Punpun est une œuvre dérangeante, mais je ne pense pas que ce soit son but. Son but est de représenter la réalité, et à mon sens, l’aspect tranches de vies n’a jamais été aussi poussé, aussi réaliste, aussi puissant et aussi émouvant qu’avec ce chef-d’œuvre, tous média confondus.


Bonne nuit Punpun, d’Inio Asano, éditions Kana, 7,45 €

Armand

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