Saga (tome 1) – Brian K. Vaughan & Fiona Staples

Saga

Seul véritable concurrent à la machine Walking Dead de l’autre côté de l’Atlantique, Saga trône toujours au sommet des charts américains après trois années d’existence. En 2014, huit des dix meilleures ventes de romans graphiques ou TPB étaient à mettre au crédit de ces deux séries (source : Wall Street Journal), avec un avantage pour le petit bijou de Brian K. Vaughan et Fiona Staples. Un événement comparable à l’émergence de L’Attaque des Titans face à One Piece au Japon tant les séries de Robert Kirkman, Charlie Adlard et Eichiro Oda semblaient indétrônables. Succès commercial doublé d’un succès d’estime, Saga explore des thèmes universels dans un space-opera d’une richesse rarement atteinte depuis Star Wars.

Vous l’aurez compris, après une critique en demi-teinte (Le Sculpteur – Scott McCloud), c’est aujourd’hui une critique dithyrambique qui vous attend. Alana et Marko forment un couple atypique : elle, est en effet native d’un monde hyper-technologique, lui, bien au contraire, est issu d’un peuple de mystiques installée sur la lune voisine. En dignes héritiers de Roméo et Juliette, leur union semble bien évidemment impossible. Ennemis héréditaires, les deux amants étaient en effet les instruments d’un conflit qui oppose leurs mondes respectifs avant de se rencontrer pour donner naissance à la petite Hazel, nouveau symbole d’espoir et de paix. Une naissance qui n’est pas du goût de leurs anciens états-majors, pour qui seule compte la disparition de cette famille qui menace le bien-fondé de la guerre. On assiste ainsi dès les premières pages à la naissance d’Hazel sous les jurons d’Alana, puis à un premier contact avec les forces d’une coalition dont on peine à saisir l’origine.

Et pour cause, Brian K. Vaughan joue avec les repères du lecteur afin de l’intégrer à son univers, alimentant petit à petit son récit d’éléments constituant un cadre plus précis. Pourtant, c’est bien Hazel qui reste au centre de toutes les préoccupations. C’est elle qui est aux commandes du récit et c’est elle qui prend le lecteur par la main dans sa découverte de l’univers. Le scénariste ne s’en est jamais caché, Saga est avant tout une ode à au couple et à la relation à l’enfant ; les interactions entre Alana et Marko sont à ce propos d’une justesse qui force l’admiration, leur idylle complexe étant un modèle qui surpasse même la relation admirable de Blanche et Bigby dans Fables.

Si la série bénéficie d’un univers riche, il fallait une galerie de personnages forts pour le faire vibrer. La Traquele Testament et son chat détecteur de mensonges, mais aussi le Prince-Robot IV sont habilement exploités, Brian K. Vaughan évitant tout manichéisme pour développer des relations qui font écho à celle d’Alana, Marko et Hazel. Il explore ainsi la multiplicité des relations entre adultes et enfants, mais s’intéresse également au rapport de chacun à son environnement.

C’est ainsi que sont abordés la valeur des littératures, la fonction de la télé-réalité ou encore le terrorisme ; critiques sociales bien senties, mais jamais envahissantes. A ses côtés, Fiona Staples relève le défi avec brio, développant un style graphique unique où son encrage fortement marqué répond à des couleurs claires et lumineuses. L’émotion transparaît sans mal, profitant d’arrière-plans légers et nébuleux pour aider le lecteur à se concentrer sur la véritable force du récit : ses personnages. Surtout, elle dépeint à longueur de pages une originalité et une richesse esthétique et symbolique adaptées à la complexité de cet univers : en témoigne le personnage d’Izabel, La Traque et le Prince-Robot IV, gouttes d’eau dans un océan de concepts graphiques de génie.

Bref, Saga s’est imposé ces dernières années comme la référence incontournable de la bande dessinée américaine. Auréolée de deux nominations dans la catégorie de la Meilleure Série au Festival d’Angoulême et six Eisner Awards (dont meilleure série, meilleur dessinateur et meilleur scénariste), la série de Brian K. Vaughan et Fiona Staples n’a plus rien à prouver : Saga est un chef-d’oeuvre générationnel en devenir, qui marquera les esprits pour de longues années par son esthétique et ses personnages.


Saga (4 tomes, séries en cours), Brian K. Vaughan, Urban Comics, 15€

Johan

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