Le centaure dans le jardin – Moacyr Scliar

centaure

Aujourd’hui, nous voyageons. Nous voyageons aux confins de la réalité, au bout du monde, dans ce magnifique pays qu’est le Brésil, dans une étrange épopée…

Commençons par présenter brièvement l’auteur. Peu connu dans nos vertes contrées, Moacyr Scliar est un auteur brésilien, auteur de huit romans, tous traduits en français, quatre par Folies d’Encre, un par Albin Michel et  trois par les Presses de la Renaissance. Il officie dans tous les genres, les mélanges, les assemblent et à ce titre est un écrivain qui a sa place à l’Académie brésilienne des Lettres. Né en 1937, il est mort en 2011.

Le roman qui nous intéresse, c’est Le centaure dans le Jardinédité par Folies d’Encre. Savant mélange entre culture yiddish -et à ce titre faisant partie des 100 meilleurs romans contemporains du National Yiddish Book – Histoire brésilienne et fantastique mythologie.

Pour cet article, je vous ai relevé quelques superbes citations qui reflètent – je pense – toute la force et l’intérêt de l’oeuvre. Ready ? Here we go.

« Léon Tartakovsky est un homme d’expérience, il connaît la méchanceté des hommes. Il faut protéger ce fils, une créature, au fond, bien fragile. »

« Progressivement, la sensation de différence, de bizarrerie m’imprègne, s’incorpore dans tout mon être ; avant même que ne surgisse l’inévitable et terrible question : pourquoi suis-je ainsi ? Que s’est-il passé pour que je naisse comme cela ? »

« […] la souffrance acquiert un sens : je suis un centaure, un être mythologique, mais je suis également Guédali Tartakovsky, le fils de Léon et Rosa, le frère de Débora, Mina et Bernardo; le petit Juif. C’st grâce à cela que je ne sombre pas dans la démence, je traverse l’effrayant tourbillon – une longue immersion à travers de nombreuses nuits noires – dont j’émergerai, étourdi, fragile encore, pour atteindre l’autre rive. »

« Elles en avaient par-dessus la tête de la tyrannie du vieux, de ses manies et de ses perversions, dont la version la plus amicale consistait à forniquer avec des éperons. »

« Non. Je ne ferai pas une chose pareille? Du moins pas avant d’avoir réussi à dissiper les doutes qui me rongent. Pas avant d’avoir découvert qui j’étais : un centaure mutilé, orphelin de ses pattes ? Un être humain qui s’efforçait de s’affranchir de ses fantasmes ? »

« Dis-moi un peu Guédali, le fait qu’une créature soit différente ne lui donneraient pas le droit d’exister ? De quel droit massacre-t-on les baleines ? Il faut aussi défendre le féminisme. Bon sang, Ghédali, les femmes représentent la moitié de l’humanité et elles subissent un vrai martyr. Toute cette barbarie doit s’arrêter, Guédali. »

Bien, venons-en aux faits. Dans ce roman, qui s’ouvre et s’achève en 1973, Guédali entreprend de nous raconter sa vie, jusque là, rien de très nouveau. Mais sa vie, elle, est passionnante, étrange, incongrue.

Dans le second chapitre, il nous raconte sa naissance, en 1935. La douleur de l’accouchement de sa mère, la réaction de la famille, de la sage-femme, du docteur, du mohel … devant ce nouveau né qui n’a d’humain que le haut du corps.

Puis il nous raconte son enfance, sa vie, reclus dans l’espace de la ferme. Le bonheur des galops dans les champs. La fuite, la Rencontre suite à un sauvetage un poil parodique…

Ce roman c’est avant tout une réflexion sur la différence, son acceptation par les autres mais aussi par soi-même. Guédali passe sa vie à courir. Certes c’est un centaure, ça a du sens. Hm. Courir se cacher. Mentir. Chercher à changer, à se fondre dans la masse, mentir sur son passé. Réponses évasives.

D’une remarquable façon, Moacyr raconte le Brésil, raconte la différence. Il fond l’Histoire du Brésil à l’histoire de Guédali. Les deux évoluent en parallèle, dans une direction et une folie semblables. Il raconte également la judéité, la met en exergue à travers l’envie qu’ont certains personnages de tout laisser – alors qu’ils réussissent remarquablement leur vie –  d’aller s’installer dans une Israël en guerre pour devenir des fermiers. Aussi à travers l’attitude de ses parents, l’hostilité de sa mère envers la goy que rencontre Guédali, la dévotion aveugle de son père envers cet homme qui les a mené au Brésil, les sauvant des pogroms russes, alors que cela ne lui apporte rien. Un roman avec décidément beaucoup d’humour, d’autodérision … Notons au passage que l’auteur vient d’une famille juive émigrée de Russie elle aussi. Quelle part de réalité dans les dialogues ? Expérience ou invention ? Peu importe au final, c’est délicieux.

Et ce final, cet épilogue. Où est donc la frontière entre réel et imaginaire ? Y en a-t-il une ? Dire ça, c’est déjà trop en dire. Aussi vais-je m’arrêter ici et vous conseiller de le lire !


Le centaure dans le Jardin, Moacyr Scliar, Folies d’Encre, 17€50.

Quentin.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :