Daytripper – Fábio Moon et Gabriel Bá

Daytripper 1

On ne peut pas dire que la bande-dessinée brésilienne envahisse les étalages des librairies françaises. C’est probablement dommage, et soyons assurés de passer ainsi à côté de mille et une merveilles, mais pour autant, considérons-nous comme bien lotis. Fábio Moon et Gabriel Bá sont édités dans nos contrées, et en lisant L’Aliéniste, Deux Frère et Daytripper, le doute n’est plus permis : nous somme chanceux.

C’est du premier titre du duo brésilien dont il sera question ici, à savoir Daytripper.

Brás de Oliva Domingos est journaliste, il rédige la rubrique nécrologie pour un quotidien de Sao Paulo. Il entretient des rapports complexes voir conflictuels avec son paternel, est toujours aussi ami avec Jorge, même après tant d’années, voit trop rarement sa femme, qui voyage énormément. Une vie avec ses hauts et ses bas, et si Brás sait s’en contenter, il a encore de nombreux projets pour améliorer bientôt ce train de vie routinier. Un jour nouveau, une conversation amicale dans un bar, l’apparition d’un jeune homme désœuvré, un conflit dans lequel Brás n’a rien à voir. Au mauvais endroit, au mauvais moment. Un instant à la durée mal définit s’écoule, Brás est mort le jour de son trente-deuxième anniversaire, ou peut-être pas…

Peut-être est-il mort bien plus tôt, ou bien plus tard, peut-être a-t-il eu un enfant, peut-être a-t-il rencontré un succès fou en tant que romancier. Chaque chapitre est l’occasion de nous présenter une autre vie possible pour Brás, et une nouvelle mort. À l’instar d’un Mister Nobody, Daytripper élargit le champ des possibles, et offre au lecteur la vision d’une existence normale, si belle et si cruelle, faite d’amour et de désillusion, de succès et de deuil, avec toujours ce rappel lancinant : toute ces choses prennent fin un jour, et c’est peut-être pour demain.

Si Daytripper est capable de susciter autant d’émotion chez le lecteur, c’est avant tout grâce à son ton et à ses dialogues, qui sonnent merveilleusement justes. La vie qui s’écoule au fil des pages est palpable tant elle est vraie, dans toute la splendeur de la fiction. Le tout est sublimé par un dessin anguleux, maîtrisé et expressif, et par une narration subtile et efficace (j’en veux pour exemple ce chapitre où Brás n’apparaît que par l’intermédiaire de lettres envoyées à sa famille, resplendissants d’émotion).

Je ne saurais que vous encourager à lire Daytripper. Je serai même tenté d’y aller à grand renfort de formules éculées, de « Vous ne le regretterez pas ! » à « C’est un chef-d’œuvre comme on en voit trop peu ». Ces formules sont vraies, mais pour ce titre, je serais plutôt tenter de laisser faire le hasard. Un exemplaire de Daytripper attend peut-être sur les étagères d’un lieu où vos pas vous mèneront un jour. Je vous le souhaite.


Daytripper, Fábio Moon et Gabriel Bá, Urban Comics, 22,50 €

Armand

Daytripper 2

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