Héraklès (tome 1) – Edouard Cour

Héraklès

Le mythe du surhomme est sans conteste l’un des mythes les plus exploités en littérature, au cinéma et se retrouve sans mal dans l’imaginaire collectif. Notamment théorisé par Nieztsche, le surhomme est une représentation idéalisée du genre humain, un personnage dont les capacités du corps et de l’esprit dépassent le commun des mortels jusqu’à atteindre l’excellence. Le demi-dieu Héraklès en est le parfait exemple, ainsi que Superman pour reprendre une figure d’actualité. Les réflexions sur le thème du transhumanisme, qui prône l’utilisation des sciences et techniques pour permettre à l’humain de dépasser les limites de son état, sont représentatives du désir humain de dépasser sa condition. Il en est de même pour Héraklès, qui aspire à l’immortalité afin de siéger sur le Mont Olympe.

Fils de Zeus et d’Alcmène, épouse du roi Amphitryon, le jeune Alcide est le fruit d’un énième adultère du Roi des Dieux. Rebaptisé Héraklès, à la gloire d’Héra, le héros en devenir doit accomplir dix travaux réputés impossibles pour un mortel dans l’espoir d’expier les crimes de son passé. Douze, pardon, un vice de forme dans la procédure entraînant l’annulation de deux d’entre eux. Des travaux qui lui seront commandés par Eurysthée, roi d’Argolide. Et comme le veut le mythe d’origine, le travail d’Edouard Cour prend la forme d’une toile où le divin est cruel, où le mortel est lâche, mais avec humour et modernité.

Héraklès est dépeint comme un être mutique à la force extraordinaire, dénué de tout sens moral. Ce rôle de conscience, c’est le fantôme de Linos, son ancien maître de musique occis à grands coups de lyre, sorte de Jiminy Cricket d’un autre temps qu’il revient de le jouer. Primitif dans un premier temps, le demi-dieu s’enrichit d’une personnalité complexe et d’un passé tragique par la suite. Le récit léger des débuts s’assombrit vite, permettant la mise-en-lumière d’une âme longtemps brisée par les intrigues de cour de l’Olympe et en quête de rédemption. Le comique répond à la tragédie, permettant une adaptation fidèle mais néanmoins moderne du mythe.

Moderne, c’est aussi le maître-mot pour parler du graphisme d’Edouard Cour. La profusion de traits, le grand écart entre deux cases sont quelques-uns des éléments qui font du récit un modèle de dynamisme. On y ressent une influence de l’écriture japonaise dans la multiplication des actions et la vitesse des résolutions ; les douze travaux sont ainsi expédiés en à peine deux volumes, dont huit dès le premier, preuve de l’excellence symbolique du personnage d’Héraklès. Les couleurs passées, à forte dominance de jaune et d’orange, la géométrie des phylactères et la police d’écriture donnent à l’ensemble un aspect de poterie vieillie, auquel il convient d’ajouter un dessin original qui sied à l’angoisse suscitée par les créatures fantastiques représentées.

Réinterprétation fidèle du mythe d’Héraklès, centrée sur un personnage brut de décoffrage dont la cuirasse s’égratigne tout au long des trois volumes qui le compose, le récit d’Edouard Cour est un récit surprenant dont la narration à cent à l’heure n’empiète jamais sur la construction complexe du personnage. A la fois comédie et tragédie, l’auteur est parvenu à trouver un équilibre fragile en matière de psychologie, qu’il se plaît à mettre à mal entre visions d’horreur et complots divins. Nul n’est ici parfait, ni hommes ni dieux, à l’exception peut-être de l’écrin qui les accueille…


Héraklès (3 tomes, série finie), Edouard Cour, Akileos, 18€

Johan

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