Errances sur les Six Voies – Ishikawa Jun

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« Ainsi, tu me vois comme le vent ? Oui, on peut dire que je suis un voyageur qui passe en courant d’air entre deux mondes. Arrivé ici, je n’ai pratiquement plus de forme. Simplement, mon cœur bondit et se pose sur cette terre. […] Si des obstacles se dressent, il peut rompre même des barres de fer, écraser même des bêtes féroces. »

Ishikawa Jun est un écrivain du siècle.

Né en 1899, mort en 1987, il se fait remarquer à l’âge de 36 ans en décrochant le prix Akutagawa, l’un des plus prestigieux du Japon, pour sa fiction Fugen !.

Ses premiers récits dépeignent un Japon contemporain, où ses protagonistes peinent à trouver leur place. Cessant son activité littéraire pendant la guerre, il la reprend dès la défaite pour cette fois décrire un Japon désolé. S’ensuit une période plus sentimentale, avec des fables oniriques et des récits tournant autour du sentiment amoureux.

Vers la fin de sa vie, il se remet à écrire de longs textes, avec des intrigues peuplés de mystères, de suspense et d’une certaine part de fantastique : Errance sur les Six Voies fait partie de cette dernière catégorie.

Que sont ces Six Voies ? Elles nous viennent du bouddhisme où, selon la tradition, il existe dix Voies – ou mondes – où se perpétue l’existence, les six premiers correspondant aux Voies des mortels et les quatre autres, les nobles Voies, correspondant aux éveillés.

Celui qui erre est notre héros, Kazusa no Kodate, un chef brigand du VIII° siècle japonais.

A la suite d’une rencontre avec un esprit-animal, il va commencer à voyager entre les époques pour arriver à la nôtre.

Sa présence provoque la naissance dans notre monde d’un enfant sans père, fils d’une perle blanche, nommé Tamamaru. Cet enfant va devenir le personnage central de l’intrigue.

Car ce récit est ainsi construit, avec d’un côté du voile du temps un Japon historique glorieux, en pleine ébullition politique et richement documenté, et de l’autre une époque contemporaine, moderne mais flou, où l’action est centrée sur les adultes gravitant autour de l’enfant surnaturel.

Entre chaque époque, l’on croise une bande de brigands anarchistes, des soldats inaptes, une impératrice, une strip-teaseuse, un ancien sumotori reconvertit en homme d’affaires, et quelques autres.

Au milieu de tous ces personnages secondaires, Kazusa va évoluer d’un monde à l’autre, suivant la vie des hommes sous ses ordres, veillant à la bonne éducation de son protégé, ses actions dans le passé ayant un mystérieux écho dans le futur.

Avec une écriture forte et parfois crue, abondante de détails historiques anodins mais essentiels, Ishikawa Jun nous livre une œuvre parfaite, complète, à la lecture certes exigeante mais passionnante.

Un humour du sexe et de l’érotisme, des personnages à la personnalité très travaillée, quelques scènes d’actions avec le sabre au clair, tous les ingrédients sont ici réunis pour faire de ce moment littéraire un moment de plaisir.


Errances sur les Six Voies, Jun Ishikawa, édition Les Belles Lettres, 25€

Valmon

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