Lorenzaccio – Alfred de Musset

Bon, c’est bien mignon tous ces romans, mais il est temps de changer un peu.

Aujourd’hui, nous allons parler pièce de théâtre, et pas n’importe laquelle. Aujourd’hui, c’est Musset, aujourd’hui, c’est Lorenzaccio.

Par où commencer avec ce monument du théâtre romantique ? –  non pas le romantique genre Saint Valentin, le vrai.

Par une petite bio de ce cher Alfred peut-être ?   Né en 1834, mort en 1896, il fait partie des plus illustres représentants du romantisme français du XIXème siècle. Célèbre pour ses pièces de théâtre, sa poésie, il est également connu pour sa relation avec Georges Sand – autre grand nom de ce mouvement.

Vous connaissez peut être plus les Caprices de Marianne ou On ne badine pas avec l’amour, pièces souvent abordées en cours que ce soit au collège ou au lycée. Mais Lorenzaccio EST son chef d’œuvre.

Pièce en 5 actes, si longue qu’elle est adaptée afin de pouvoir être jouée, Lorenzaccio est l’histoire de Lorenzo de Médicis, un jeune homme débauché au-delà du concevable, aux pieds du Duc de Florence, son cousin, qui lui amène des jeunes femmes – ouais, un mac’ quoi. Mais Lorenzo n’est pas que ça, il est aussi un homme doux et attentionné envers sa tante, soucieux envers sa mère mais, surtout, un républicain actif.  Lorenzo est un être multiple, constamment caché derrière un masque. Qui est-il vraiment ? C’est là toute la pièce.

Celle-ci est rythmée par les assassinats, les pièges, les fourberies, le tout dans le but de monter un parallèle avec l’histoire contemporaine, celle de Musset, puisque nous sommes alors au début de la monarchie de Juillet, qui durera jusqu’en 1848, après l’échec de la révolution de 1830. La pièce ne sera d’ailleurs pas représentée du vivant de Musset, ni sous une forme adaptée en 1863 en raison du meurtre du Duc et de son aspect révolutionnaire. La première adaptation sera réalisée en 1896 avec l’immense Sarah Bernhardt dans le rôle de Lorenzo.

Adapter Lorenzaccio se révèle extrêmement compliqué car il y a un très grand nombre de lieux, de personnages et que la pièce en elle même est très longue. Il ne me semble pas, mais je peux me tromper, que la pièce ait jamais été jouée dans son intégralité – sans en modifier le texte.

Bref, revenons-en à l’histoire. Lorenzo semble donc à la botte d’un duc tyrannique et pervers mais est également ami avec des familles républicaines à qui il affirme vouloir tuer le duc. Mais le peut-il vraiment , enfermé autant qu’il l’est dans son rôle de dépravé ? Au final qu’est ce qui le pousserait à passer à l’acte ? Des républicains qui ne font que parler et n’agissent pas ? Non, il semblerait qu’il faille bien plus que ça. Mais je ne dirais pas quoi, il faut garder un peu de découverte, même si Lorenzaccio. est une pièce que l’on peut lire, et relire, et rerelire sans fin, même en la connaissant par cœur, pour sa beauté, ses personnages, son histoire …

Lorenzo est un personnage à la fois détestable et aimable, pleins d’idéaux qu’il semble rejeter pour mieux les sublimer. Lorenzo est double et multiple – ouais j’aime me répéter – et pour en avoir une image complète il faut s’attarder sur l’ensemble de ses interventions. Il est cynique et n’attend plus rien des hommes, ne croit plus en personne, ou presque, mais il va jusqu’au bout de cette mission qu’il s’est imposé.

Et au final pour quel résultat ? …

Mais plus qu’une histoire politique, plus qu’un parallèle entre deux époques pour critiquer ses contemporains, c’est le style de Musset qui est intéressant, la puissance de ses dialogues, de ses monologues. Petit exemple, scène II, Acte II.

« TEBALDEO : Je ne respecte point mon pinceau, mais je respecte mon art. Je ne puis faire le portrait d’une courtisane.

LORENZO : Ton Dieu s’est bien donné la peine de la faire ; tu peux bien te donner celle de la peindre. Veux-tu me faire une vue de Florence ?

Bien sûr

Comment t’y prendrais-tu ?

Je me placerais à l’orient,sur la rive gauche de l’Arno. C’est de cet endroit que la perspective est la plus large et la plus agréable

Tu peindrais Florence, les places, les maisons et les rues ?

Oui, monseigneur.

Pourquoi ne peux-tu peindre une courtisane si tu peux peindre un mauvais lieu ?

On ne m’a point appris à parler ainsi de ma mère.

Qu’appelles-tu ta mère ?

Florence, Seigneur.

Alors tu n’es qu’un bâtard, car ta mère n’est qu’une catin.

Une blessure sanglante peut engendrer la corruption dans le corps le plus sain. Mais des gouttes précieuses du sang de ma mère sort une plante odorante qui guérit tous les maux. l’art, cette fleur divine, a quelquefois besoin du fumier pour engraisser le sol et le féconder. »

« TEBALDEO : Je n’appartiens à personne. Quand la pensée veut être libre, le corps doit l’être aussi.

LORENZO : J’ai envie de dire à mon valet de te donner des coups de bâton.

Pourquoi monseigneur ?

Parce que cela me passe par la tête. es-tu boiteux de naissance ou par accident ?

Je ne suis pas boiteux ; que voulez-vous dire par là ?

Tu es boiteux ou fou.

Pourquoi, monseigneur ? Vous vous riez de moi.

SI tu n’étais pas boiteux, comment resterais-tu, à moins d’être fou, dans une ville où, en l’honneur de tes idées de liberté, le premier valet d’un Médicis peut t’assommer sans qu’on y trouve à redire ?

J’aime ma mère Florence ; c’est pourquoi je reste chez elle. Je sais qu’un citoyen peut être assassiné en plein jour et en pleine rue, selon le caprice de ceux qui la gouvernent ; c’est pourquoi je porte ce stylet à ma ceinture. »

La ville en elle-même est un personnage de la pièce et c’est là un point important de la pièce, elle ne peut se défendre et par conséquent est souillée, que ce soit par l’inaction des citoyens, du Duc ou de Lorenzo; elle ne peut se défendre et donc ne peut redorer son image, se soigner du mal qui la ronge. Elle est une victime du Duc et de ses amis plus que ceux qui l’habitent. Elle est leur mère à tous, une mère absente et omniprésente à la fois. Belle et horrible, selon le regard que l’on pose sur elle, que l’on soit le rêveur Tebaldeo ou le cynique Lorenzo.

Bref, cet article est déjà bien assez long, je ne peux que vous encourager à lire cette pièce, à aller la voir si elle est en représentation près de chez vous – ou loin, qu’importe ça vaut le déplacement – à partager vos avis sur ce monument du théâtre.


Théâtre complet, Alfred de Musset, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade« , 61€

Evidemment aussi disponible en Folio, GF Flammarion et différentes éditions scolaires.

Quentin

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