Un carnet taché de vin – Charles Bukowski

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Qui lis du Bukowski tutoie le chaos !

Poète, oui. Jusqu’au bout des tripes et de la folie, Charles « Hank » Bukowski nous confronte à ce qu’il voit, ce qu’il vit, ce qu’il sait. Il est sale, puant, odieux, alcoolique, obscène, tout ça et rien à la fois, mais sa prose apocalyptique est telle un mascaret : elle prend sa source au milieu de l’infini et remonte les flots à contre-courant, animée d’une propre énergie.

Misanthrope par dépit, il écrit pour vivre, pour survivre. Une nécessité biologique, car il le dit lui-même:  » Si j’arrêtais d’écrire, je sentirais mon corps se flétrir, mon ventre gonfler et pourrir et se répandre de tout ce qu’il contient et que je n’ai pas écrit « .
Ses chroniques et nouvelles illustrent toute la richesse d’un esprit lucide qui s’est volontairement coupé du monde. Exploitant son personnage d’auteur rebelle et idéaliste, il combat par les mots le dégoût que lui inspire la société qu’il contemple. Buvant avec tout ceux qu’il croise pourvu qu’ils se taisent, il se laisse porter par son ivresse, se confrontant à une humanité qu’il ne reconnait plus.

L’homme est cultivé : il a lu plus que de raison. Il méprise ceux qui vendent leurs mots. Il sacre celui qui, comme lui, envoie son art aux éditeurs et en constate la valeur grâce au refus. Il s’étonne d’être publié, se demandant alors ou se trouve son erreur dans le texte accepté. Et parfois rien, juste la vie, telle qu’elle mérite d’être entendue. Car la renommé n’est pas une vertu, il nous le dit :  » Il leur impossible d’envisager qu’un homme de ménage, chargé de la propreté des chiottes de femmes, puisse valoir autant sinon plus que le président des États-unis d’Amérique, et cela sans disposer de moyens de destructions massives.. »

Bukowski, c’est la peur, la folie et l’amour. C’est ce qui est sur notre chemin, et qu’on ne veut pas voir, on détourne le regard, on fait comme si ça n’existait pas, mais c’est là, c’est bien là, et ça gueule pour nous le dire. Un témoin du monde, immortel et brillant, que le monde regrette aujourd’hui d’avoir perdu.

Dans ce recueil inédit, Grasset nous offre une nouvelle fois l’image d’un être exquisément abominable, belle horreur absolue.

Allez, un dernier plaisir…

« J’avais surtout du succès en Europe, grâce aux traductions. Aux États-Unis, je faisais l’objet de nombreuses rumeurs : je battais mes compagnes, je détestais les homosexuels, bref j’étais un salaud, j’avais tous les vices. Les imbécilements corrects de l’université me
prirent en grippe. Comme me le révéla un étudiant passé me saluer et avec qui je bus quelques bières.
– Mon prof, dit-il, nous répète à longueur de cours que vous êtes un nazi et que vous vendriez votre mère pour un nickel.
– Il ment, je ne pourrais pas vendre ma mère, elle est morte.  »


Un carnet tâché de vin, Charles Bukowski, Grasset, 22€.

Valmon

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