L’Âge de Bronze, tome 1 – Eric Shanower

L'Age de BronzeAdrastée et Héraklès étaient l’occasion de plonger dans des univers peuplés de créatures fantastiques et de dieux arrogants. Mais avant d’en finir avec la mythologie grecque, je gardais sous le coude une dernière histoire où les hommes sont seuls responsables des tragédies du monde, et où les dieux ne sont plus que des idoles dépourvus d’âme, de pouvoir et d’influence.

L’Âge de Bronze est une série scénarisée et dessinée par Eric Shanower depuis 1992, dont la conclusion est attendue d’ici 2020 au terme d’une dizaine de volumes. Ouais, c’est précis, à 25 ans près. Il faut dire que l’auteur est un maniaque, un vrai. Quand il n’est pas occupé à noicir les pages de son agenda ou de sa table à dessin, Eric Shanower endosse le rôle de chercheur. L’Âge de Bronze est une des conséquences de son obsession pour les mythes de l’Antiquité et le résultat d’une somme de recherches hallucinantes.

L’histoire, nul doute que vous l’avez déjà lue, vue ou entendue mille fois. Celle d’un jeune berger qui se découvre des origines royales, investi d’une mission diplomatique qu’il oublie dans les bras d’une femme mariée à la beauté inégalable qu’il ne tarde à enlever, déclenchant ainsi le plus grand conflit de son époque. Hélène, Pâris, Grecs et Troyens ; vous voyez le topo ?

Rassurez-vous, Eric Shanower n’a rien d’un auteur à la recherche du prochain best-seller fantastique. Déjà, parce qu’il s’embarque avec une contrainte audacieuse : explorer un conflit largement influencé par la présence des dieux de l’Olympe dans l’imaginaire collectif… sans dieux. Ensuite, parce qu’il parvient à conserver l’aspect politique d’une société résolument tordue qui n’a rien à envier à Westeros.

Enfin , il écrit des personnages complexes dont les émotions sont une extension du divin, qui n’est rien de plus ici qu’un masque chargé de camoufler les fautes et crimes de chacun. L’homme est présenté pour ce qu’il est : lâche, égoïste et parfaitement imparfait. Chaque personnage devient dès lors une extrapolation du sentiment majeur qui l’habite, à l’image de la désinvolture de Pâris, berger qui ne sait rien du monde mais qui s’apprête à le changer…

Le dessin froid en noir et blanc inspiré des poteries de l’Antiquité, demeure donc l’unique obstacle à mes yeux. Le dessin est déroutant, non déplaisant, mais d’un académisme pur. Tantôt vide, tantôt d’une précision l’extrême, il permet une lisibilité simple des séquences exposées. Ici, le fond prend clairement le pas sur la même forme pour rendre un peu de son humanité à l’un des récits fondateurs des civilisations occidentales.

Véritable fresque historique, le récit s’intéresse à un âge d’obscurantisme où la notion de divin justifie seule les mauvaises actions et les incroyables talents, où tout est prétexte à invoquer le sacré et où le moindre signe est interprété… Si les personnages y croit, Eric Shanower laisse au lecteur le soin de choisir son camp, traçant froidement le fil de la Guerre de Troie dans ses plus infimes détails.


L’Âge de Bronze, Eric Shanower, Akileos, 21€

Johan

P.S : Je suis le seul à voir des amérindiens sur toutes les cases ?

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