Le Paradis perdu – Pablo Auladel/John Milton

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Nourrissant un intérêt tout particulier pour ce qui a trait à la religion je ne pouvais pas passer à côté de l’adaptation du Paradis perdu de John Milton en bande dessinée par Pablo Auladell.

Le texte a été écrit en 1667. Il s’agit d’un poème, en vers non rimés,  découpé en 12 parties, clins d’œil à l’Enéide de Virgile qui, rappelons-le, est le guide de Dante  dans l’enfer de La divine comédie. Mais si Dante s’intéresse à ce qui se passe après la mort, c’est une tout autre vision de l’enfer que nous propose Milton, celle de sa création.

L’archange Lucifer s’est rebellé contre le ciel et au terme d’une guerre contre les armées restées fidèles à Dieu a été jeté, avec tous les guerriers et les chefs qui l’ont suivi, dans le lieu de souffrance le plus éloigné du Ciel. Alors que tous cherchent comment « Atteindre par la ruse ce que la force n’a pu obtenir » c’est Belzébuth qui souffle à Lucifer, devenu Satan, le noir dessin de corrompre l’humaine créature : « Nous pourrions les attirer à notre parti, de manière que leur Dieu deviendra leur ennemi. De son trouble notre joie naîtrait, quand il découvrirait que ses enfants chéris se précipitent ici pour souffrir avec nous. »

Ce récit ne nous tient pas par le suspens. Nous connaissons tous la chute d’Adam et Eve racontée par le livre de la Genèse. Sa Particularité et son intérêt viennent surtout de la place qu’occupe Satan. C’est lui le héros (pathétique certes, mais héros quand même) de cette histoire. Il apparaît comme celui qui se lève contre un Dieu distant et froid pour qui la liberté n’est qu’un accessoire au service de sa gloire. Toute la conviction du prince des enfers se résume en cette phrase magistrale « Mieux vaut régner dans l’enfer que de servir dans le ciel ». Ce que j’aime particulièrement dans cette œuvre  c’est que ce n’est pas un éloge du mal. Satan, bien que héros incompris, n’en reste pas moins le créateur du Péché et le père de Mort, l’histoire du Salut (chrétienne bien évidemment) est même décrite, le Fils s’offrant pour racheter le péché des hommes, et le destin de Satan n’est au final en rien enviable. Il ne s’agit pas d’un cours de théologie ni même, je pense, d’une description des idées de l’auteur sur Dieu (bien que la science soit mise en contre point avec le service divin) mais de nous faire entrer dans la vision de celui qui s’est rebellé, jusque dans ses incohérences (Satan se dit enfin libre en enfer sans reconnaître que sa chute même a été rendue possible grâce à sa liberté précédente qui lui permit de se rebeller contre le ciel). On comprend cependant que ce texte n’ait pas plu à tout le monde mais qu’il ait par ailleurs intéressé les romantiques.

Pablo Auladel a su utiliser dans son dessin bon nombre de symboles : la présence du Verbe, Fils de Dieu, couronné de la tête d’Agneau à quoi répond Le couronnement de Belzébuth par la tête de taureau, Les armées éclatantes du ciel (la bataille Satan VS Michel est un pur bonheur graphique), le jardin d’Eden gardé par les chérubins… Son dessin arrive très bien à rendre une atmosphère de commencement, on se sent partie prenante de ces débuts de l’enfer et de cette quête (héroïque ???) de vengeance. La disproportion des personnages amène une poésie intéressante dans son trait et donne une vraie dynamique à l’histoire, on avance avec les formes mouvantes des personnages. Les couleurs pures et claires, mais aussi froides (voir glaciales dans le regard de Michel qui scrute tout) du ciel, viennent contrebalancer la noirceur et la chaleur de l’enfer, tandis que nos premiers parents vont quitter ce monde de lumière pour tomber, une fois la faute commise, dans les ténèbres. On ne peut manquer de remarquer des références à Gustave Doré qui a déjà brillamment illustré le Parais perdu. On ressent que la première partie a été retravaillée mais c’est loin d’être déplaisant et ça apporte un côté chaotique supplémentaire à ce commencement infernal !! En bref, c’est beau, angoissant, onirique… On en redemande.


Le Paradis perdu, Pablo Auladell/John Milton ,  Edition Actes Sud l’an 2, 34,90 €

Baptiste

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