La question – Henri Alleg

Il est des actes que l’homme est capable de faire sur ses semblables qui sont difficiles à admettre et à regarder en face. Particulièrement quand la violence est institutionnalisée. La Question est un texte qui a été publié par Jerôme Lindon aux éditions de Minuit en 1958 et interdit de vente dans les jours qui ont suivis. L’auteur était encore détenu à la prison de Barberousse à Alger.

Henri Alleg est un militant communiste, directeur du journal l’Alger Républicain. Il entre dans la clandestinité en 1955 quand son journal est interdit. Il est arrêté en 1957 au domicile de son ami Maurice Audin par les parachutistes de la 10 eme D. P. . Arrêté un jour plus tôt, ce dernier sera torturé à mort.

Alleg est séquestré un mois, durant lequel il est torturé avant d’être transféré dans un camp d’internement où il est enfin en contact avec un avocat. La question est son témoignage encore vif des sévices qu’il a subis et dans quel cadre. Le journaliste écrit son texte en prison et ç’est son avocat qui le sort clandestinement. Il est publié aux éditions de Minuit en 1958, Alleg est toujours emprisonné et son livre a un retentissement important. En effet, les « événements » en Algérie sont toujours en cours et la bataille d’Alger n’est terminée que depuis quelques mois. Les parachutistes du général Massu sont déployés dans Alger à partir de janvier 1957 pour lutter contre un vague d’attentats du FLN. Le général instaure la loi martiale et les parachutistes sortent largement du cadre légal puisque des vagues d’arrestations seront suivies de torture et d’assassinat. Pourtant, à ce moment là, la guerre d’Algérie n’est pas nommée comme une « guerre », ce ne sont que des événements. Le texte d’Alleg, très court ( moins de 100 pages ) est percutant de violence, d’innommable et souvent d’indicible. Il est dur parce que direct, sans concessions.

Alleg dit dans un entretien publié dans la revue Encres Vagabondes en 1994 :

« …je voulais que ce texte soit le plus direct possible sans fioritures, le plus objectif possible, avec le maximum de détails pour que, s’il y avait des recoupements à faire sur la véracité des faits, on puisse immédiatement se rendre compte que ce qui avait été écrit correspondait à l’exacte vérité. »

Puissant et horrible à la fois, ce témoignage amène brutalement la lumière sur la torture organisée et le système qui la tolère. Il continue malheureusement d’être d’actualité conflit après conflit.


La question, Henri Alleg, Editions de Minuit, 6.60€.

Marion

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