Demain les chiens – Clifford D. Simak

Demain les chiens

Aussi étonnant que cela puisse paraître, je n’ai encore jamais parlé de science-fiction avec vous. C’est pourquoi, changement de dernière minute, L’attrape-cœur devra attendre : Pour l’heure, j’ai comme une furieuse envie de parler de Demain les chiens de Clifford D.Simak, que j’ai dévoré cette semaine entre deux examens. Mais que peut donc bien cacher un titre et une couverture si énigmatique ?

Demain les chiens est un recueil de nouvelles, au nombre de huit, composées entre 1944 et 1952 par Clifford D. Simak et publiées dans les pages d’Astounding Stories, magazine américain de l’âge d’or de la science-fiction outre-Atlantique. Chacune des nouvelles est un conte transmis de génération en génération par une race canine qui a évolué jusqu’à devenir l’espèce dominante sur Terre. L’Humanité s’en est détournée depuis longtemps et a élu domicile sur Jupiter après avoir fait don de la parole et de la technologie aux chiens. Le recueil prend la forme d’une édition critique de contes que des intellectuels canins questionnent sous nos yeux…

A titre d’exemple, le premier conte, « La ville« , est le récit d’une Humanité qui s’est libérée des contraintes de promiscuité et où chacun peut vivre à l’écart des autres. « Le recensement« , lui, est le récit des origines d’une nouvelle espèce canine douée de paroles. Ces contes, déclamés les uns après les autres forment une mythologie questionnée par trois philologues aux avis contradictoires. Le premier d’entre eux, Rover, n’y voit qu’œuvres littéraires sans fondement. Le second, Tige, défend l’hypothèse d’une réalité toute historique. Enfn, Bounce, n’y voit qu’affabulations, les chiens étant selon lui la seule espèce intelligente à avoir fouler la Terre.

Chaque conte est précédé d’une note, écrite de la plume d’un penseur à poil, qui permet la mise-en-lumière d’une société canine plus proche de l’harmonie que ne l’a jamais été la civilisation humaine. Si les chiens ont évolué au-delà de nos espérances, dans des directions parfois surprenantes, il leur est impossible d’envisager le futur sans les récits mythologiques qui les ont façonné avant cela. Ainsi, n’en déplaise au dernier des Webster, l’ombre de l’espèce humaine plane toujours sur Terre et l’Homme est divinisé en permanence.

L’auteur parvient à explorer des thèmes diversifiés en naviguant à travers les siècles qui composent le récit ; de l’éclatement de la structure des villes dans les années 80 à la conquête de l’espace et d’autres dimensions des siècles plus tard. Il brosse le portrait de sociétés fondées sur des philosophies opposées qui n’ont de cesse de se questionner l’une l’autre, de sorte à créer un véritable dialogue entre les civilisations. Il développe un imaginaire typique de l’âge d’or américain, influencé par les balbutiements de la robotique et des ordinateurs, et s’interroge sur le devenir d’une société dont les transformations n’ont de cesse de se multiplier. De fait, Demain les chiens est tout à la fois un exercice de divination et un conte philosophique. On y retrouve les craintes de l’auteur, mais son optimisme prime malgré tout.

Il m’est impossible de nier le talent exceptionnel de narrateur de Simiak, qui parvient à conserver une cohérence sans aspérités malgré la multiplication des contes, notes et niveaux de lecture. Ironiquement, malgré les concepts farfelus (mais brillants) développés, la maîtrise de l’univers va de pair avec la progression du lecteur ; une prouesse tant le scénario et le background de l’oeuvre sont denses. L’auteur dira à ce propos quelques années plus tard « avoir voulu remettre le doigt sur ce qu’il a perdu en écrivant Demain les chiens« … en vain.

Outre une imagination débordante, Simiak propose une réflexion sur la construction et l’évolution d’une civilisation qui peine à comprendre ses origines, et signe une critique de l’étude (forcément imparfaite) du passé. Avec Demain les chiens, il développe un monde proche de ses aspirations humanistes et porte un regard optimiste trop souvent absent des récits de science-fiction. A la manière d’Isaac Asimov, il détourne avec malice les concepts qu’il a lui-même introduit de sorte que chaque détail compte. Mais surtout, il met en scène une relation nouvelle entre l’Humanité et la race canine, d’une poésie toute autre mais tellement fascinante, comme un rappel de la fidélité indéfectible du meilleur ami de l’Homme.

Demain les chiens, Clifford D. Simak, J’ai lu, 7€10.

Johan

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