Ma mémoire assassine – Kim Young-Ha

Aujourd’hui, on va parler d’un roman un peu particulier et pour ça, partons au pays du Matin Calme – la Corée pour ceux qui suivent pas, du Sud évidemment.

Paru en mars 2015 aux éditions Philippe PicquierMa mémoire assassine, est un roman de Kim Young-Ha à la construction particulière. Ici pas de chapitre. Pourquoi faire ? Après tout, c’est qu’un vieux qui raconte ses souvenirs comme ils lui viennent. Et puis aussi ce qu’il pense. Alors le roman est découpé en petits fragments qui se suivent et se ressemblent – pas tout le temps.

Et puis pourquoi il se souvient de tout ça, le petit vieux de 75 ans ? Il déprime ? Que nenni. Il vient d’apprendre qu’il a la maladie d’Alzheimer. Et une série de meurtres a lieu non loin de chez lui. Alors ça lui rappelle sa jeunesse ! Pensez donc ! Plusieurs dizaines de meurtres à son actif au vieux Kim ! Et jamais chopé ! C’était son petit plaisir dans la vie, il sauvait les animaux en tant que vétérinaire, et chassait, enlevait, tuait les humains quand l’envie lui prenait. Et les enterrait dans son jardin, ce qui donne une magnifique forêt de bambous gigantesque. Bon terreau.

Et puis il est curieux quand même, ce petit vieux. Et si le meurtrier en série, c’était cet homme dont il a embouti l’énorme jeep dans un moment d’absence ? Après tout, il y avait bien du sang bien rouge qui coulait à l’arrière, non ? Cet homme qui tourne autour de sa fille, justement. Et qui va se marier avec ? What ?!  N’est-ce pas plutôt qu’il veut lui lancer un défi et tuer sa fille ?

Alors soit. Il a peur de rien le vieux. Il fait ses préparatifs. Il va reprendre du service et tuer cet enfoiré, ce petit fourbe qui pense pouvoir se jouer de lui. Et puis, il n’a pas besoin de prendre toutes les précautions qu’il prenait à l’époque ; après tout, s’il se fait choper par les flics, il n’ira pas en prison, puisqu’il est malade. Et vieux.

Mais au fond, est-ce qu’il ne souhaite pas y aller, en prison ? Lui qui a fait de ses meurtres des poèmes. Lui qui philosophe sur la vie et en fait un jeu. Ne veut-il pas y aller, juste pour voir ?

Avec une grande maestria et un humour noir bien dosé, Kim Young-Ha nous emmène dans un dédale de souvenirs, de projets, tous liés. et au final, c’est du lecteur qu’il se joue, c’est le lecteur qu’il perd et fait se poser tout un tas de questions. Que croire, puisque le narrateur n’est qu’un vieil homme atteint d’une maladie qui altère sa mémoire ? Qui est qui ? Qui est quoi ? Qu’est ce que la folie ?  La réalité ?

Jusqu’à la fin, les clés de la compréhension ne sont pas accessibles au lecteur, cachées trop haut au-dessus de la porte de ce monde un peu étrange.


Ma mémoire assassine, Kim Young-Ha, éditions Philippe Picquier, 17€.

Quentin.

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