La Brigade Chimérique – Lehman Colin Gess Bessonneau

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Ils sont nés sur les champs de bataille de 14-18, dans le souffle des gaz et des armes à rayons X. Ils ont pris le contrôle des grandes capitales européennes. Par-delà le bien et le mal. Les feuilletonistes ont fait d’eux des icônes, les scientifiques sont fascinés par leurs pouvoirs. Pourtant; au centre du vieux continent, une menace se profile qui risque d’effacer jusqu’au souvenir de leur existence … La fin des super-héros européens

Ils sont nombreux, dans le monde, ceux qui se posent cette question toute simple. Pourquoi y-a t-il si peu de super-héros en Europe ? Les justiciers aux pouvoirs surhumains sont-ils définitivement une marque de fabrique à l’américaine ? Comment créer aujourd’hui un héros occidental qui ne soit pas une pale copie d’un héros de comics ?

Des auteurs, des artistes, des journalistes, et même quelques hommes de science se sont penchés sur la question. Pendant la première moitié du XXème siècle en Europe se développe une science-fiction particulièrement fournie, dont le représentant le plus connu est sans doute Jules Verne. Dans les romans, les fascicules et les romans-feuilletons apparaissent alors des centaines, voir des milliers, de héros potentiels dont les aventures feront vibrer les fans d’avant-guerre. Certains nous sont restés, devenant des classiques littéraires : Fantômas, Arsène Lupin, Le passe-muraille. N’y avait-il pas là une matière première propre à devenir le renouveau d’un comics à la française ?

De nos jours, les aficionados du genre connaissent bien La Ligue des gentlemen extraordinaires, tentative réussie d’Alan Moore de remettre des personnages-héros de la littérature populaire de l’ère victorienne au format comics. On a donc des personnages de fiction s’alliant dans un contexte historique pour partir sauver le monde : Allan Quatermain, créé par Haggard, le docteur Jekyl créé par Stevenson, le capitaine Nemo créé par Verne, l’Homme invisible créé par Wells et tout ce petit monde sous la coupe de Miss Mina Harker, créé par Stoker dans Dracula. Malheureusement, l’échec de l’adaptation cinématographique a fait basculer ce bijou dans l’oubli du grand public.

Pourtant, un tel revirement de situation n’est pas du genre à faire reculer des passionnés. La Ligue a fait son apparition grâce au travail d’un homme, Alan Moore, qui était déjà connu et qui a mené son projet en se battant contre un éditeur pour avoir le champ libre dans sa création. Qui, en Europe, était à même de rendre vivant un tel projet ? C’est là qu’arrive Serge Lehman.

Serge Lehman, écrivain, critique, scénariste, devenu depuis les années 90 et ses premières parutions romanesques l’une des figures de la science-fiction française. Biberonné par Strange et Métal Hurlant, lecteur de K. Dick, il commence très jeune l’écriture, dès le lycée, et s’attache à faire revenir le genre fantastique sur le devant de la scène. Auteur aux multiples facettes, il écrira pendant plus de dix ans des romans, nouvelles et articles avant de revenir sur la bande-dessinée.

L’aventure commence en 2006. Sous l’impulsion de l’éditeur Omnibus, ayant commandé à Lehman une anthologie sur l’âge d’or de la s-f française, ce dernier ressort ses notes. Co-créateur de la collection Flambant 9 chez L’Atalante, il lance l’idée d’un vrai comics justifiant la disparition des super-héros européens, en recyclant les grandes figures de la littérature européenne. S’inspirant alors du livre L’Homme chimérique d’un certain Georges Spad, publié en 1919, il va créer la première mouture de ce qui deviendra La Brigade Chimérique en collaboration avec Gess, qui a déjà illustré pour lui. Très rapidement, le projet se met en place : une allégorie de l’Europe, se déroulant en 1938-39, et ayant pour but de montrer « le commencement de la fin ».

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En 2007, quatre paires de mains s’attaquent au projet Brigade Chimérique : Serge Lehman et Fabrice Colin sur le scénario et les textes, Gess sur la conception graphique et Celine Bessonneau aux couleurs. Il fallait bien quatre cerveaux, quatre artistes exceptionnels, pour sortir une oeuvre exceptionnelle.

Les frémissements de la Deuxième Guerre Mondiale sont là, les événements et situations historiques sont à peine modifiés pour pouvoir intégrer les personnages littéraires. Désormais se côtoient des êtres de chair et de sang comme André Breton, Irène Joliot-Curie et son mari Frédéric Joliot, l’aventurier italien Cagliostro, Louis Querelle, éditeur, René Barjavel et Maurice Renard et d’autres êtres, cette fois d’encre et de papier : Léo St-Clair, le Nyctalope créé par Jean de la Hire, Gregor Samsa, héros de La métamorphose de Kafka, Francois Dutilleul alias Le Passe-Muraille de Marcel Aymé, et tant d’autres. Issus de la littérature française, anglaise, italienne et même russe pour certains, tous sont des grandes figures de la littérature européenne du début du XXème siècle.

Dans un contexte géo-politique que l’on sait difficile, les protecteurs des grandes capitales européennes se livrent à un jeu de pouvoir particulièrement glaçant. Le docteur Mabuse, en Allemagne, proclame l’avènement du surhomme, destiné à dominer le monde, et commence à annexer les pays alentours. L’Espagne est en pleine guerre civile, l’Italie sous la coupe d’un économiste fasciste et la Russie aux prises d’un groupe appelé « Nous Autres » placé sous l’autorité du Grand Frère et prônant l’existence d’un homme-collectif, immortel et invisible. Paris et Londres, sous la protection respective du Nyctalope et de l’Accélérateur, tentent d’apaiser les tentions internationales. Lors d’une réunion réunissant les surhommes du vieux continent, un jeune homme du nom de Gregor Samsa, mutant métamorphe capable de se transformer en cafard, révèle les plans du docteur Mabuse et provoque la mobilisation des grandes puissances européennes. Parmi tous ces éclats de pouvoirs, une jeune femme, biographe en devenir du Nyctalope, commence à s’intéresser aux origines des premiers « supers » dans les témoignages de la Première Guerre Mondiale.

La première édition de La Brigade Chimérique est parue en six volumes, d’août 2009 à octobre 2010 dans la collection Flambant 9 chez l’Atalante. En octobre 2012 est parue aux éditions l’Atalante également une intégrale de La Brigade Chimérique. Renforcée par une quarantaine de pages d’écrits et d’illustrations, cette édition intégrale lève le voile sur toutes les références littéraires, cinématographiques, politiques, scientifiques et artistiques utilisées pour la création de la série. Cette série a été récompensée, tout comme ses auteurs, par plusieurs prix dont le Grand Prix de l’Imaginaire 2011.

L’aventure n’est pas encore terminée, des spin-offs sont sortis ou sont en cours de parution, tel L’Homme Truqué (l’Atalante), Metropolis et L’Oeil de la nuit (Delcourt). Serge Lehman a même sorti une suite non-officielle chez Delcourt, une série finie en quatre tomes s’intitulant Masqué, également sur le retour des « supers » européens.

 – Alors celui qui disparaît se bénira lui-même, afin de passer de l’autre côté ; et le soleil de sa connaissance sera dans son midi.  » TOUS LES DIEUX SONT MORTS : NOUS VOULONS, MAINTENANT, QUE LE SURHUMAIN VIVE !  » Que ceci soit un jour, au grand midi, notre dernière volonté ! –

Ainsi parlait Zarathoustra

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La Brigade Chimérique, Lehman Colin Gess BessonneauL’Atalante, 35,00 €

Valmon

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