Eugène Dieudonné – La vie des forçats

dieudonné

Si la prison d’aujourd’hui consiste à enfermer des hommes et des femmes derrière des murs et de les y laisser, il n’en a pas toujours été de même. Pendant un siècle, des années 1850 à 1953, la France et ses différents régimes a déporté près de 100 000 personnes dans les bagnes de Nouvelle-Calédonie et de Guyane. Elle a construit une occupation de territoires colonisés entièrement tournée vers les mouroirs de sa « mauvaise graine ». Criminels, opposants politiques, toujours condamnés, à purger une peine d’emprisonnement et de mauvais traitement et, pour parfaire un système bien rodé à rester en exil sur leur terre de bagne autant de temps qu’avait durée leurs condamnations initiales. La France assurait la tranquillité des esprits par l’exil de ses condamnés.

Eugène Dieudonné, accusé d’avoir participé au braquage de la Société Générale de la rue Ordener avec Bonnot et sa bande, est d’abord condamné en 1913 à la peine de mort. Pourtant les déclarations des coupables innocentent notre homme les unes après les autres. Sa peine est finalement commuée en condamnation au bagne à perpétuité. Il finira par s’en échapper et grâce à des soutiens de plus en plus nombreux et particulièrement celui du journaliste Albert Londres, à être gracié au moment de son retours en France après 14 ans de bagnes. Il écrit La vie des forçats à la demande du journaliste qui préfacera l’édition initial. Le texte sera publié en 1930.

Dieudonné nous fait vivre le parcours commun de tous les condamnés, depuis leur départ des différentes prisons de France vers Saint Martin en Ré puis vers la Guyane. On suit ses souvenirs dans toutes les étapes de la vie des prisonniers, de leurs quotidiens communs ( régime disciplinaire et corruption normalisée ) mais aussi beaucoup de leurs histoires particulières, ce qui rend d’autant plus vivante l’existence de ces hommes si mal traités. La seule histoire que nous ne lirons pas directement dans le récit c’est celle de l’auteur qui choisit de se concentrer sur les histoires d’hommes dont il se souvient et dont il veut partager la mémoire. En effet, ce texte très humain bien que si peu tourné directement vers l’auteur, a la puissance des mots justes pour nous faire comprendre la dureté et l’iniquité de cette vie qui ne répare pas et ne permet pas de vivre dignement.

La préface de cette édition est assurée par Jean-Marc Rouillan, militant d’Action Directe, longtemps prisonnier enfermé. Cet homme a lui même beaucoup écrit pour partager ses conditions de vie en prison et surtout les conditions de vie dans les prisons françaises. Cette préface amène le texte de Dieudonné dans notre présent et nous rappelle sa modernité. En effet, les lieux et les pratiques changent mais les raisons qui poussent une société à enfermer une partie de ses membres ont- elle changées?


La vie des forçats, Eugène Dieudonné, édition Libertalia, 12€

Marion

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