Plus cool tu meurs – Alex Robinson

Plus cool tu meurs

Il y a quelques mois, je découvrais Alex Robinson par l’intermédiaire de l’incroyable-l’inégalable-le magistrale De mal en pis, dont je m’étais d’ailleurs empressé de parler sur Vingt-et-Un Livres (clique, clique !). Enthousiaste que j’étais, ce n’était qu’une question avant que je ne dévore le reste de sa bibliographie, en commençant par Plus cool tu meurs et son énigmatique couverture en forme de paquet de cigarette. Autant écarter tout suspense dès à présent : Robinson a gagné sa place dans le panthéon de mes auteurs fétiches.

Plus cool tu meurs, c’est la sordide histoire d’un quarantenaire, Andy Wicks, bien décidé à lutter contre son addiction au tabac. Il lui faut donc arrêter de fumer. Sur le papier, c’est simple. Dans la réalité, ça l’est moins. Andy a enduré la totalité des méthodes conventionnelles, sans succès. Sur les conseils de son épouse (un brin new-age), il accepte de pratiquer une thérapie par l’hypnose, plus pour démontrer que ce ne sont que des conneries que dans l’espoir d’être guéri de sa vilaine addiction.

Venons-en à ce qui m’intéresse… Non, parce que le paragraphe ci-dessus n’est plus ni moins qu’une quatrième de couverture personnalisée et pour tout vous dire, représente à peine un tiers de l’album. Plongé en pleine hypnose, Andy se retrouve propulsé dans le corps de ses quinze ans, à quelques semaines de la date fatidique où il a fumé sa première cigarette. Selon lui, s’il la refuse, pouf, il retrouvera (on ne sait trop comment) son crâne dégarni et son ventre rond. Sinon, il ne vaut mieux pas trop y penser. Comme il le faisait déjà dans les pages de De mal en pis, Robinson invente finalement un prétexte pour mieux s’en éloigner.

Adolescent conscient de la vie d’adulte qu’il a mené, Andy ne parvient plus à se comporter en lycéen et modifie par petites touches des brides de son passé. La cigarette devient un accessoire. Ce qui compte ; c’est qu’Andy est un adulte dans un corps d’adolescent. Car cela change tout. Quarante ans d’expérience lui ont appris à comprendre les autres et leurs attentes. Dans le comportement de ses parents, il retrouve un peu de lui avec ses propres enfants. Ou l’inverse. En un mot, aujourd’hui, Andy peut faire face à son adolescence, ce qui n’était pas le cas en 1985. Pourtant, en filigrane, on comprend que le personnage vit une nouvelle adolescence dans la manière qu’il a de changer inconsciemment les éléments de son passé. On pourrait presque parler de crise de la quarantaine. Et de tout ça, on en rit, beaucoup.

La grande force de Robinson dans cet album, c’est d’avoir su exploiter un scénario vu et relu des dizaines de fois, d’avoir réussi à s’approprier les clichés de la vie adolescente et du drame humain. Plus cool tu meurs est marquant justement parce qu’il prouve qu’un récit déjà connu, sous de multiples formes, peut encore toucher. Et on se retrouve bien con à la dernière page, lorsque déstabilisé, on se rend compte que cet enfoiré nous a bien eu. Robinson parvient à faire s’effacer la narration, on ne se pose jamais de question, sachant toujours où aller, quoi regarder pour mieux laisser son génie du dialogue, toujours évasif, un brin cynique mais au fond très innocent porter son récit.

Avec Plus cool tu meurs, Robinson livre finalement un travail très personnel sur l’adolescence. Il pose un regard doux-amer sur des personnages qui galèrent à sortir de leur cocon et entremêle adolescence et crise de la quarantaine sur fond d’une banale addiction dont on finit tout de même par comprendre les origines. Et pour faire le lien avec un film dont je sors tout juste : c’est un Boyhood magistral qui n’oublie pas d’émouvoir et d’interroger les comportements humains mais aussi une leçon de maître d’un artiste qui domine totalement son média. Pas comme certains… (clique, clique !) *


Plus cool tu meurs, Alex Robinson, Rackham, 14.20€

 *Christopher, si tu lis cet article : des bisous !

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