Yumenosoko – Hisae Iwaoka

Yumenosoko

Quand on en arrive à parler manga, il est assez juste de dire qu’avant de commencer à travailler en librairie généraliste je n’y connaissais rien. DragonBall, Naruto, Bleach et Albator, ça s’arrêtait là en gros. À une exception près. La Cité Saturne d’Hisae IwaokaUn remarquable manga que j’ai découvert quand La Mystérieuse Librairie a ouvert à Nantes il y a quelques années. C’était initialement ce manga en sept volumes que je voulais chroniquer cette semaine mais avant ça j’ai cherché à lire les différents one-shots d’Iwaoka et c’est au final de Yumenosoko dont il sera question aujourd’hui, manga d’un peu moins de 200 pages disponible chez Kana depuis 2007.

Mais de quoi est-ce que ça parle pour que j’abandonne l’idée de parler de mon manga favori ? Eh bien, déjà, je ne l’ai point abandonné puisque ce sera le sujet de mon prochain article. Ensuite, c’est bien parce que le manga en lui-même est intéressant à tout point de vue.

Le monde n’est pas composé que de l’Enfer, du Paradis et de la Terre. Il y a autre chose. L’endroit où naissent les rêves. Un petit endroit où ne sont pas supposés pouvoir entrer les humains. Normalement. Une petite fille y arrive, encore vivante, elle n’arrive simplement plus à se réveiller. Elle se retrouve à travailler dans un magasin avec pour patron Le Manager, un chien attendant son maître, et pour collègue Satoru, jeune garçon dans le coma suite à un accident de la route. Qu’est ce qu’un magasin peut bien faire ici ? On ne le sait pas trop, mais en même temps qu’importe, ceci est le monde où les rêvent naissent, pourquoi aurait-il besoin de la logique humaine ? Nos rêves, bons ou mauvais, ne sont jamais logiques, ils sont en effet insaisissables.

Ce magasin s’occupe de clients particuliers, les Livreurs de Rêves, étranges créatures, minuscules, indistinctes, dont seul le Manager arrive à entendre ce qu’elles disent. Mais il est aussi le lieu de passage de ceux qui ne sont pas en paix, attachés au monde des vivants par des actes manqués, des sentiments qu’ils n’ont pas exprimés ; toutes ces choses dont ils viennent se décharger dans la boutique en parlant avec ses occupants. Alors ils sont libérés, leurs sentiments entrant dans des canettes stockées au rayon frais avec l’interdiction d’y toucher. Parce que leur valeur est inestimable.

Ce manga est donc plein de poésie, sa thématique s’y prête, mais cela passe aussi par le développement des personnages. Leurs histoires sont touchantes, du début à la fin. L’absence d’action ne change rien à la force de ce récit. Ce qui importe c’est l’onirisme. Il traite des rêves, des sentiments, de la vie et de la mort, ajouter de l’action nuirait à l’harmonie du récit, le délicat équilibre trouvé par Iwaoka.

Et cet onirisme, la beauté latente du récit, est porté par le dessin. Un dessin qui laisse travailler l’imagination, nous emmène en rêve. Le décalage entre le dessin de personnages et celui du décor porte l’histoire, personnages réels et perdus dans un monde étrange dont on ne voit presque rien d’autre que le magasin. L’utilisation des blancs est absolument remarquable pour souligner le ressenti, la progression. Le dessin de la petite fille  me rappelle celui de certains personnages de La Cité Saturne, ce qui ne me fait qu’aimer d’avantage ce manga et me donne encore plus envie de lire Hana Boro, son second one-shot publié en France. Promis, je ne remplacerai pas à nouveau La Cité Saturne.

Le manga, ce n’est après tout pas que des combats ou des school-life, Armand l’a déjà montré en parlant d’Inio Asano. Le manga, c’est également un soupçon de poésie et d’onirisme. Et dieu que les amis nippons sont bons à ce jeu là.


Yumenosoko, Au plus profond des rêves, Hisae Iwaoka, Kana, 10,20 €

Quentin


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