Orange – Ichigo Takano

Bien, changement de thématique. Revenons à du manga avec Orange d’Ichigo Takano, publié par Akata en France, il s’agit d’une romance un peu particulière à la narration très efficace et portée par un dessin et des transitions entre les époques toujours claires, soignées et impactante.

Même quand l’on pense que l’on ne peut pas voir quelque chose de neuf en romance comme en matière de voyage dans le temps, on trouve des surprises. Et Orange en est une, de toute évidence, mixant intelligemment deux genres de mangas plutôt éloignés l’un de l’autre, en tout cas dans ce type de traitement. Je n’ai en tout cas pas lu d’autres ouvrages traitant du voyage dans le temps de cette manière, à l’exception de 14-14 de Paul Beorn et Silène Edgar chez Castelmore d’une certaine manière, roman jeunesse sur la première guerre mondiale que je vous conseille fortement.

L’histoire est celle de Naho, jeune lycéenne qui reçoit le jour de ses 16 ans une lettre d’elle-même, venant de dix ans dans le futur. Elle lui raconte les événements qui se dérouleront à chaque date-clé de sa vie, depuis l’arrivée d’un nouvel élève jusqu’à un événement tragique des mois plus tard.

« A partir de maintenant, je te décrirai tout ce qui se passera et les choix que tu devras faire afin de pas commettre les mêmes erreurs que moi. »

C’est à partir de cette partie de la lettre de Naho que tout change. Les faits se déroulent, comme mentionnés, et là arrive ce qui fait une des grandes forces de ce manga : la manière dont la psychologie des personnages est amenée dans la narration. Les relations entre le groupe d’amis que l’on devine assez ancien et ce nouvel arrivant, Kakeru. Les relations à l’intérieur de ce groupe, entre Suwa, Naho, Hagita, Azusa et Takako, véritable panorama de relations-type, développées intelligemment au fil des tomes, que l’on retrouve dans les shojo mais avec plus de finesse que dans d’autres titres. Et cela apparaît dès la scène où Suwa présente chaque personne de la bande à Kakeru, le premier jour. Chaque personnage réagit d’une façon bien différente, que cela transparaisse par le dessin, le découpage de la page ou les paroles de chacun. Stéréotypés ? Oui et non car tout est dans le traitement donné à chaque personnage, qui lorsqu’on s’attarde enfin sur eux dépassent largement les archétypes japonais.

Amour et amitié sont bien entendu des sujets centraux de la série, il s’agit avant tout d’un school life et d’une romance, mais d’autres thèmes plus durs sont aussi abordés, pas seulement en surface : dépression, anxiété, sacrifice, culpabilité sont autant de sujets importants, traités avec une maestria peu commune par l’auteur.

Le futur peut-il être changé ? C’est toute la question posée par le manga et que les personnages se poseront régulièrement au cours des 4 tomes actuellement parus en France (5 au Japon, la série étant terminée ).

Ici, non seulement l’aspect romance est très bien traité, mais toute la partie sur la gestion du voyage dans le temps est bien pensée. Même si cela n’est pas apparent dans le premier tome, les explications arrivent au fil du temps, et pas uniquement à travers l’histoire de la future Naho mais également avec celle de la plus jeune. Les deux époques se répondent, se font écho d’une bien belle manière. Que feriez-vous si vous receviez une lettre du futur vous demandant d’agir pour éviter des regrets ? Auriez-vous peur de faire ce qu’elle vous demande ? La jeune Naho cherche à suivre ce que dit la lettre, sans pour autant toujours y parvenir mais elle fait de son mieux, malgré les déceptions, malgré la peur. Elle suit tellement les instructions au jour le jour qu’elle ne pense pas à lire la lettre d’une traite mais la prend petit à petit, ce qui met le doute sur ce qui peut motiver quelqu’un à envoyer une lettre dans le passé pour changer les choses. Quel drame a bien pu se produire pour justifier un tel acte, une telle tentative pour effacer des regrets ? Bien sûr elle finira par lire plus en avant, mais cela ne se passe que tardivement dans le manga, et le sentiment de drame est déjà bien ancré lorsque la révélation arrive : et cette révélation, alors sublimée.

Les apparitions du groupe dans le futur, les flashforwards ne sont pas des artifices pour rappeler que toute cette histoire est à la base un voyage dans le temps. Ils mettent en avant des thématiques fortes et font écho à ce passé qu’ils souhaitent changer. Bien que les relations entre les deux époques ne soient possibles que par la lettre que Naho a reçu, celle-ci ne peut s’empêcher de penser à cette elle future, se demandant si ses actions changent quoi que ce soit pour elle aussi, à mesure que les annonces de la lettre se font moins vraies.

Difficile de vous en dire plus sans spoiler l’intrigue, aussi vais-je m’arrêter ici pour ce qui est de l’histoire, même si l’envie d’en dire plus me ronge. Je ne peux que vous conseiller de le lire au plus vite (même s’il vous faudra attendre un peu la sortie du tome 5 pour avoir la fin de la série) !

La force de ce manga, la force de n’importe quelle oeuvre forte, est de faire ressentir des émotions, de poser des questions sur le monde, les autres et soi-même ; et Orange y parvient très bien. Un manga pour tous, très fort sur bien des aspects, à lire absolument !


Orange , Ichigo Takano, éditions Akata, 7.95€ par tome (4/5 disponibles)

Quentin

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