Gaston – André Franquin

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Pour les deux ou trois lecteurs qui viennent d’être libéré du placard dans lequel ils séjournaient depuis la naissance, je vais présenter brièvement l’œuvre. Gaston est une bande-dessinée franco-belge créée par Franquin en 1957 (d’abord comme gags épisodiques dans le Journal de Spirou, puis comme véritable série) mettant en scène le personnage de Gaston Lagaffe, qui, comme son nom l’indique si bien, passe son temps à multiplier les conneries.

Dit comme ça, ça ressemble beaucoup à du divertissement bas de front, à caser dans la même catégorie que les émissions télévisés mettant en scène des individus chutant sur leur fessier (Ha. Ha. Ha.). Je m’en vais donc énumérer les raisons pour lesquelles Gaston n’est pas un divertissement stupide (en fait si, c’en est un, mais pas que), mais bel et bien un chef d’œuvre du neuvième art.

  1. Parce que c’est drôle. (insérer ici blabla habituel sur la subjectivité). Un humour qui repose avant tout sur les personnages et leur personnalité, Gaston en tête bien évidemment. Travaillant dans les bureaux du journal de Spirou, Gaston passe son temps à dormir ou à confectionner de nouvelles inventions géniales sur le papier, très dangereuses dans les faits, et repousse sans cesse l’échéance du travail qu’il est censé effectuer. Les bureaux abritent également Fantasio, qui sera ensuite remplacé par Prunelle, chacun d’eux ayant un rôle similaire : celui d’afficher une surprise si outrée qu’elle hésite à se changer en colère face à la dernière gaffe de Gaston. Une expression proprement hilarante (ré-insérer ici blabla habituel sur la subjectivité, sait-on jamais). L’univers qui se met ainsi en place favorise l’emploi du running-gag, particulièrement usité. Et c’est une des forces de la bande-dessinée que de reprendre sans arrêt les mêmes thèmes et éléments en les renouvelant à chaque fois sans tomber dans la redondance, ou si peu. Une attente se créée ainsi auprès du lecteur, qui se plaît à découvrir la nouvelle chute d’un gag culte, que ce soit la signature des contrats avec M. De Mesmaeker, le destin tragique des parcmètres ou les carnages du Gaffophone.
  1. Parce que c’est graphiquement virtuose. Les décors fourmillent de détails amusants ou non, mais c’est surtout au niveau du design des personnages que le travail de Franquin est bluffant. Le style cartoonesque est parfaitement maîtrisé, et l’auteur sait représenter comme personne les expressions faciales de façon comique. La tête des personnages est un gag en lui même, et une même expression amuse tout autant la première que la six-cent-quatre-vingt-dix-huitième fois. Contrairement à de nombreuses bande-dessinées humoristiques dont le ressort comique ne repose que sur la chute, Gaston instaure un climat « tendu » ou le fou rire guette de la première à la dernière case. (petit aparté, les gags ne sont bien entendu pas tous aussi hilarants qu’ils ont l’air de l’être en me lisant, certains sont évidemment plus efficaces que d’autres).
  1. Parce que c’est sans âge. Le propos, les dialogues et le rendu graphique de Gaston ont très peu vieilli en bientôt soixante ans. Le propos parce qu’il est trivial, et s’embarrasse très rarement d’un côté critique ou politique qui l’aurait ancré dans son époque. Les dialogues parce qu’il tendent vers un humour ironico-désabusé finalement très en phase avec celui du parler moderne, si l’on excepte l’emploi de quelques expressions désuètes. Le rendu graphique, parce que la plupart des éléments importants servant l’intrigue sont faits pour être intemporels. Prenons par exemple la voiture de Gaston, elle était déjà vieille et déglinguée à l’époque, c’est justement sur quoi repose le ressort comique. Aujourd’hui, elle paraît tout aussi vieille et déglinguée. Les inventions chimiques de Gaston sont fantaisistes et de toute façon ratées, et nombreux sont les éléments de l’intrigue qui sont si improbables qu’ils n’ont tout simplement pas d’époque, tels le Gaffophone ou le Gaston latex.
  1. Parce que c’est un univers riche et des personnages attachants. Bien sûr il y a Gaston, le seul homme qui marche de façon si voûtée qu’il lui arrive de tomber en se marchant sur la main, mais il y a aussi Fantasio, Prunelle, « M’oiselle » Jeanne, Lebrac, et les autres. Au fil des dix-neufs volumes qui composent la série (selon son découpage le plus récent), un univers riche et familier se met en place, à tel point que je n’ai pas peur d’énoncer le cliché suivant : on se sent dans cette rédaction de Spirou fictive comme chez soit, et c’est fou ce qu’on y est bien.

Tout ce qui précède a déjà été dit maintes et maintes fois tant Gaston est une œuvre aujourd’hui culte, mais il s’agit de ma lettre d’amour envers ce monument qui à mon sens reste aujourd’hui ce qui s’est fait de mieux dans ce format. Fort heureusement, les probabilités pour que l’œuvre tombe dans le domaine publique et soit reprise avant ma mort sont plus qu’improbables, de quoi éviter de ternir ce magnifique souvenir sans cesse renouvelé par les nombreuses relectures (je remercie à ce titre ma mémoire défaillante de me permettre de redécouvrir des choses que j’ai déjà lu).


Gaston, André Franquin, 19 volumes, Dupuis, 10.60€/unité

LAGAFF

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