La revue dessinée/Grandes oreilles et bras cassés – J.M. Manach et Nicoby

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A l’heure de la sortie du neuvième numéro de La revue dessinée, jetons un regard sur ce mook, qui fête ses deux ans de publication, ainsi que sur une BD de la rentrée, tout droit sortie de ses pages : Grandes oreilles et bras cassés.

Mais tout d’abord qu’est-ce qu’un mook ? Derrière ce néologisme barbare et peu élégant se cache une réalité bien plus attrayante. Contraction de magazine et book, le mook est une revue que vous ne trouverez pas en kiosque mais uniquement chez vos libraires. Cet hybride de magazine et de livre privilégie les grands reportages. Les exemples les plus connus sont « XXI » (initiateur du genre) et « 6 mois » qui traitent principalement de sujets de fonds, que ce soit par des articles ou bien par du reportage photo. Loin de l’immédiateté de l’actualité ces revues laissent aux journalistes du temps pour l’analyse et une enquête approfondie.

Depuis maintenant 2 ans, dans ce petit milieu, est apparue La revue dessinée. Fusion entre le reportage et la BD, la revue a une parution trimestrielle. Loin de moi l’idée de faire la liste exhaustive de tous les points forts de ce mook, donc voici un petit aperçu subjectif et limité de quelques éléments que je trouve particulièrement intéressants.

L’alternance entre articles sérieux et reportages plus légers, voir ludiques, crée un vrai confort de lecture. Ainsi entre un article sur le gaz de schiste et un autre sur Alende vous entrez, grâce à Terreur Graphique, dans l’univers du skate, ou bien vous faites un détour au Jardin des Plantes avec Marion Montaigne. La diversité de dessinateurs et de journalistes est énoooooorme (oui avec autant de o !!!!). Elle crée une vraie richesse et amène une lecture différente pour chaque article. On ne se lasse pas et on découvre pleins de styles variés qui sont autant de pistes à explorer par la suite (que ce soit en lisant d’autre BD d’un dessinateur qui nous a plu ou en lisant d’autres travaux d’un journaliste découvert entre ces pages). On prend le temps pour découvrir les grands reportages qui peuvent s’étendre sur plusieurs numéros, ainsi on digère mieux les informations. La diversité d’articles (et d’artistes) dans une même revue permet de regarder ceux qui nous intéressent le plus et de revenir plus tard sur les autres, sans avoir l’impression de s’être fait enfler à l’achat. Et enfin, motifs suprêmes : ça pousse à la curiosité, ça nourrit la réflexion et ça balaye les idées reçues, car les articles ne sont pas juste un point de vue neutre mais un engagement des auteurs dans une prise de position souvent partisane et militante. Ce point est assuré par la grande liberté dont jouit La revue dessinée qui n’appartient pas à un éditeur (notons que son lancement s’est fait grâce à une campagne de financement participatif).

De temps en temps, certains articles de la revue sont édités en BD cartonnée chez Futuropolis. C’est le cas dernièrement de Grandes oreilles et bras cassés qui reprend  un article paru dans le numéro 2. On y (re)découvre le travail d’enquête de Jean Marc Manach sur le matériel d’écoute et d’espionnage (les grandes oreilles) vendu par l’entreprise française Amésys, en toute illégalité, à la dictature libyenne du colonel Kadhafi avant les révolutions dites du printemps arabe. Ce matériel aurait, entre autre, permis l’arrêt de nombreux opposants au régime, les conduisant ainsi à la torture. Aidés par une source anonyme, les révélations de Médiapart et quelques employés des entreprises concernées peu soucieux de la protection de leurs données (certains iront même se vanter de leurs actions illicites sur les réseaux sociaux… Les fameux bras cassé du titre) les journalistes remontent une piste de plus en plus hallucinante, mettant en cause les hautes sphères de l’état. Le travail de Nicoby permet une lecture très fluide de cette enquête tout en respectant le travail pointu de Manach. J’avoue également que l’apparition de ces « bras cassés » dessinés en pieds nickelés (vieux personnages de BD du début du 20ème s.) m’a beaucoup fait rire.

Il ne vous reste plus maintenant qu’à aller voir votre libraire pour vous lancer dans une aventure « tulmooktueuse » grâce à la revue dessinée et/ou ses albums ! Bonne culture !!

Baptiste

La revue dessinée, Collectif, 15,00 €

Grandes oreilles et bras cassés, J.M. Manach et Nicoby, Futuropolis, 19,00 €

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