Les fugueurs de Glasgow – Peter May

Ils sont vieux, malades, voire à l’agonie, alors qu’est ce qui pourrait conduire trois « aînés » à s’enfuir de Glasgow pour la deuxième fois de leur vie ? La mort bien sûr, une mort suspecte à tirer au clair. Ils ne sont ni flics ni détectives, mais plutôt les rescapés d’une première fugue qui a bien failli les consumer tous. Nous sommes alors en pleins dans les Sixties, l’âge d’or des Beatles et des Stones, et le monde entier vibre au son des notes les mieux rythmées de l’humanité. Face à des destinées d’avocats, de petites fourmis actives d’un système dont ils n’ont rien à faire, un groupe débutant commençant à toucher sa bille va lâcher le lycée pour prendre la route de Londres, le centre du monde, une ville où ils trouveront le succès, c’est écrit !

Commence alors un double récit, les deux fugues de leurs vie se superposant pour étrangement se ressembler, le fauteuil roulant et l’arthrose en plus. Ne devant plus échapper à leurs parents mais aux maisons de retraites et aux hôpitaux, ne fuyant plus des policiers mais détournant des bus de retraités. Chapitre après chapitre on alterne entre leur jeunesse et leurs espoirs pour ensuite les retrouver sur la même route cinquante ans plus tard, avec quelques regrets en plus. Parce que ce livre, avant d’être un polar, c’est un roman sur les espoirs d’une génération en pleine effervescence qui voit le paysage se transformer à toute vitesse, les vestiges de l’industrialisation du siècle passé qui tombent en ruines, l’apparition d’énormes citées qui deviendront des ghettos, la modernisation galopante du pays alors que Thatcher, la « Dame de fer », arrive sur la scène politique. Et c’est surtout le moment de s’essayer à tout ce qui passe sous la main, alcool, herbe, LSD, homosexualité, et pourquoi pas l’Amour ?

C’est l’histoire de cette fuite que Peter May nous livre ici (une fuite qu’il a lui même tenté dans sa jeunesse !) où loin des codes classiques du polar il explore ou plutôt nous fait découvrir un pays en pleine mutation. Ce qui a pour conséquence une fin quelque peu déstabilisante en raccord direct avec l’élément déclencheur, mais éloigné du reste du roman où nous, lecteur, nageons aux côtés de John Lennon (pour n’en citer qu’un). Alors polar ? Littérature ? Avec son côté Good Morning England du troisième âge qui balance, peu importe son genre, c’est que du bonheur.


Les fugueurs de Glasgow – Peter May
Editions du Rouergue – 22,50 €

DonCarlo

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