Neverhome – Laird Hunt

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La guerre … Grande ou petite, secrète ou publique, inutile ou inévitable, la guerre est partout. De tout temps, à toutes les époques, tous les pays et toutes les civilisations l’ont connue. L’ont faite. L’ont subie. Peu d’hommes peuvent se targuer de ne connaitre aucune guerre car nos sociétés sont construites dessus, ou sur leurs souvenirs. On en mange à toutes les sauces, à tous les repas. De l’enfance jusqu’à l’âge adulte. Et l’on a tout vu et tout lu sur le sujet.

La guerre est abstraite, on dit « la guerre » mais on ne sait pas vraiment de quoi on parle. On imagine des hommes et des armes, de la poussière sur les champs de batailles au début et l’odeur du sang à la fin. La seule véritable façon de savoir est de voir, de vivre. Le témoignage est souvent notre plus proche source de renseignement. La parole et le regard deviennent de l’écrit. Comme un sens supplémentaire pour nous permettre de mieux appréhender le monde.

Nerverhome est un roman si saisissant qu’on en viendrait à espérer qu’il est tiré d’une histoire vraie. Un peu d’Histoire pour commencer. En 1860, Abraham Lincoln est élu seizième président des États-Unis, le premier à être républicain. Il est surtout profondément opposé à l’esclavage et souhaite son abolition. Sa victoire et ses idées vont conduire à la sécession de plusieurs états du Sud, puis à la Guerre de Sécession (« The Civil War » en V.O. mais sans armure et sans bouclier).
Constance et Bartholomew s’aiment, ils ont une petite ferme dans un petit village. Ils ont des idées et ils savent tous les deux que les défendre conduit à la bataille. Toute la nécessité du roman tient sur ses premiers mots : « J’étais forte, lui pas ». L’évidence nous apparaît : ces simples mots ont du être répétés maintes fois dans l’Histoire, conduisant au phénomène mal-connu des femmes soldats. Car c’est bien Constance, sous le nom de Ash Thompson, qui va prendre l’uniforme, le fusil et partir loin de son foyer pour se battre. Car pour elle, hors de question que la ferme Thompson ne soit pas représentée dans le conflit actuel.
La marche, l’entraînement, le feu, rien ne lui sera épargné. Et puis une fois passés les premiers combats …

Neverhome nous emmène en dehors des sentiers battus grâce à son héroïne hors-norme. Nous réconciliant avec une certaine Amérique, le personnage de Constance est une figure universelle de bravoure et de volonté. Universelle sans être absolue, elle possède ses peurs, ses doutes et ses failles. Elle rencontre la mort, arpente les rêves, se frotte à la folie. Ce qui la rend finalement accessible et compréhensible. Humaine, en somme.

« Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau » disait le philosophe Anaxagore. Ce livre en est une singulière illustration, et la découverte de cette rencontre entre une femme et la guerre ne peut que nous réconcilier avec la part de révolte qui est en chacun de nous. Un livre qui fait curieusement du bien.


Neverhome, Laird Hunt, Editions Actes Sud, 22€

Valmon

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