Mutafukaz, tomes 1 à 5 – Run

Mutafukaz tome 5

Dix ans après la sortie du premier volume, RUN clôt sa série emblématique : Mutafukaz, à l’occasion d’un cinquième volume chargé en émotion. Un baroud d’honneur qu’Angelino et Vinz vivent dans une orgie d’action qui n’oublie pas le chemin parcouru par les nombreux personnages qui peuplent la jungle de Dark Meat City, et qui laisseront une marque durable dans le cœur des lecteurs. Un peu à la manière de la série elle-même dans un paysage franco-belge qu’elle a aidé à changer (un peu !).

Le terreau de Mutafukaz est riche : culture gangsta, latino-américaine et urbaine, influence de films de séries Z et de science-fiction de l’âge d’or… Mutafukaz, c’est tout cela à la fois (et bien plus encore, n’en doutez pas). En bref, un beau bordel. Mais un bordel maîtrisé de A à Z sur les plans éditorial, graphique et narratif. Un véritable OVNI dans l’environnement cloisonné de la bande dessinée franco-belge, qui n’hésite pas à varier les styles graphiques, à alterner le type de papier et les techniques de colorisation, poussant le vice jusqu’à l’édition d’un tome 0 (« It came from the Moooooooon !« ) en 3D. La maestria graphique de RUN est indéniable, qu’on parle des détails, de son sens du découpage ou de sa propre originalité graphique, véritablement à nul autre pareil. Difficile d’imaginer un quelconque éditeur lui claquer la porte au nez aujourd’hui, comme ils l’ont fait il y a dix ans.

Pour la petite histoire, Mutafukaz raconte le quotidien chamboulé d’Angelino et de son colocataire, Vinz, échecs sociaux qui survivent dans l’un des quartiers malfamés de Dark Meat City : Rios Rosa, où ils partagent un appartement proprement insalubre. Victime de maux de tête atroces ponctués d’hallucinations depuis un banal accident de scooter, Angelino remarque des ombres étranges dans le dos de certains passants et, malheureusement pour lui, a la bonne idée d’en parler au premier toubib qui passe. Ni une ni deux, le voilà pris en chasse par des Men in Black visiblement bien décidés à avoir sa peau, et ce quelqu’en soit le prix. Et ce n’est là que le début des emmerdes pour ces deux coloc’s, qui vont devoir cesser de courber l’échine pour survivre face à un complot judéo-maçonnique qui dépasse les frontières de la Terre.

Si les influences divergent, Mutafukaz fait le même effet qu’un film (réussi) de Quentin Tarantino : à la fois décomplexé et ultra-référencé, sans le moindre tabou de sorte à faire de chaque situation une avalanche de non-sens sans jamais susciter le moindre recul. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : Mutafukaz est une série drôle, pas idiote. Que ce soit le regard de RUN sur les théories du complot ou sur l’humanité elle-même, il y a matière à analyser au-delà du visuel.

Mutafukaz est une expérience de lecture unique, qui peut compter sur une qualité d’écriture nouvelle, à la manière de ce que font Balak, Bastien Vivès et Michaël Sanalaville avec Lastman. RUN est parvenu à créer des icônes qui font vibrer, et c’est suffisamment rare pour en faire un bijou.


 

Mutafukaz tomes 1 à 5 (série terminée), RUN, Ankama – Label 619, 14,90 € /unité

Johan

En bonus, le teaser du film prévu pour 2017 :

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