Celle qui a tous les dons – M.R. Carey

Dans le milieu de la série populaire et du roman de SFFF (entendez par-là Science Fiction Fantasy Fantastique) il y a bien un sujet qui anime les foules : le zombie. Des zombies terrifiés et terrifiants créés par Herbert West dans la nouvelle éponyme de Lovecraft à ceux de Walking Dead (tant la série que le comics de Kirkman et Moore) en passant par ceux de Romero (La nuit des morts-vivants, Diary of The Dead, Zombie, Le jour des morts-vivants) ; cette créature a fait fantasmer auteurs et artistes en tous genres depuis des générations au point de voir apparaître un peu partout des Zombies Walk. Autant vous dire que le sujet a été maintes fois traité au fil du temps et qu’il est très difficile, non seulement de faire des choses intéressantes, mais de le faire avec panache.

Certains traitent le sujet à travers un style narratif qui apporte un vent de fraîcheur, comme Mira Grant avec sa trilogie Feed – dont je parlerai peut-être quand j’en aurais terminé la lecture – et d’autres renouvellent le traitement du genre en s’attaquant aux thématiques rattachées aux zombies d’une manière tout à fait … passionnante. C’est à cette catégorie que je rattache personnellement Celle qui a tous les dons, de M.R. Carey, paru aux éditions de l’Atalante en octobre de l’année dernière.

Pourquoi est-ce assez intéressant pour que je m’attarde à écrire un article dessus ?  Je vais essayer de faire assez bref, sans révéler toute l’intrigue (bien qu’à mon humble avis, le style et la manière dont les événements sont amenés sont plus importants que l’intrigue elle-même).

Celle qui a tous les dons raconte l’histoire de cinq personnages principaux, avec un focus tout particulier sur la jeune Melanie (oui, sans accent). Les quatre autres sont le sergent Parks, le soldat Kieran Gallagher, Caroline Caldwell et Mademoiselle Justineau dans un monde post-apocalyptique, comme vous vous en doutez sans doute puisque c’est presque toujours le cas dans les histoires de zombies. Tout ce petit monde vit dans une base, quelque part en Angleterre afin d’y réaliser des expériences, menées par Caldwell essentiellement, un peu aidée par les autres. Monde apocalyptique oblige, rien ne se passe comme prévu et les voilà sur les routes, traqués, stressés mais déterminés à rejoindre Beacon – bastion humain qui ne doit pas être beaucoup plus démocratique que la Corée du Nord – à ne pas abandonner. Là est une thématique récurrente du genre, continuer ou non le combat ? Jusqu’où aller pour ses rêves et ses convictions ? La survie vaut-elle la peine ? Est-elle seulement possible ? Vivre dans ces conditions, est-ce vraiment vivre ? Chaque personnage exprime à sa façon, à travers sa personnalité – au passage les caractères sont très bien amenés – ses attentes et ses angoisses, ses raisons de vivre …

S’il y a un fil directeur, un point qui fait que l’on s’accroche aux personnages, à leur sort dans ce monde de brutes c’est les relations entre eux. Plus particulièrement celle entre Mlle J et Melanie ; rapport de l’élève au maître (et pour cause, Melanie est l’élève et Justineau) qui me rappelle personnellement le rapport entre la Matilda et Mlle Candy, dans le roman de Roald Dahl. Pour pousser l’analogie, on peut considérer Caldwell comme une mademoiselle Legourdin, un personnage que les deux autres craignent d’une certaine manière, bien qu’elles ne s’écrasent pas devant elle.

Ah oui, parce que Melanie est une zombie, enfin, une affam comme ils sont nommés ici. Mais elle et ses camarades de classe ne sont pas comme les autres, ils peuvent réfléchir par eux même, parler… Alors il y a un petit quelque chose, non, un grand quelque chose d’attachant dans la relation entre les deux. C’est beau, poétique, un lien entre le monde post Cassure et le monde actuel. Un lien qui se fait par l’apprentissage non pas du monde actuel mais du monde tel qu’il était … ce qui au final ne servira pas tant que ça à la petite génie une fois dehors – les informations, pas le lien, celui-ci est important, l’équivalent du lien entre J et Melanie et plus généralement entre la génération née après la Cassure (celle de Gallagher) et celle de Parks, Caldwell et Justineau. Visions différentes d’un monde, forgées par l’expérience passée et l’apprentissage mais aussi l’analyse de l’expérience traumatisante présente. Ce qui donne des situations absolument géniales, où les plus sages ne sont pas forcément ceux que l’on croit.

La thématique du zombie amène également la question de l’humanité. Qui est le plus humain ? Pas l’affam moyen sans doute, mais ceux qui se disent humains le sont-ils ? Les décisions font se poser la question au lecteur. Un boucher, une savante ou un sauvage domestiquant des affams pour piller les bases humaines sont-ils encore humains ?

Cette thématique humaine est appuyée par la narration particulière que Carey met en place. Le changement de focus en changeant de chapitre, bien qu’il ne soit pas systématique au début du roman, sert cette vision de l’humain. Le début est entièrement centré sur Melanie, pour des raisons évidente, elle est le cœur de l’intrigue, extrêmement particulière, débordant d’amour pour son enseignante alors qu’elle est prisonnière en dehors des heures de cours et attachée à un fauteuil pendant ces heures de cours. La narration ne fait que changer de style en fonction du personnage central du chapitre, plus scientifique, plus émotionnel, plus rigoureux … et cela permet de saisir tous les enjeux. Chaque personnage apporte son vécu, ses peurs, ses attentes – à peu près toutes différentes – ses secrets honteux que l’on découvre avec plaisir (ou stupeur, c’est selon) au fil des pages.

Il y a beaucoup de choses dans ce roman et je pourrais probablement en parler pendant des pages et des pages, mais … il vaut mieux que vous découvriez le reste, c’est sans doute l’un des romans les plus intéressants que j’ai pu lire dans les publications des douze derniers mois – tout styles confondus. Non, probablement le meilleur – parce que je n’ai pas encore eu le temps de lire le dernier Jaworski (comment ça j’en attends beaucoup ? Bien sûr ! ). Je vous souhaite donc une bonne lecture et un bon voyage auprès de ce quintet bien particulier que vous voudrez .

Oh, et une adaptation cinématographique est en cours de réalisation, le tournage a démarré il y a quelques mois – normalement – sous la direction de Colm McCarthy. McCarthy a notamment bossé sur des séries de la BBC comme Sherlock ou Doctor Who (dont il a dirigé l’épisode The bells of Saint John, écrit par Steven Moffat, un de mes épisodes préféré avec Jenna-Louise Coleman et Matt Smith). Autant vous dire que je suis surexcité à l’idée de voir ce film !

Sur ce, je vous dis à bientôt pour de nouvelles aventures … si vous survivez à cette lecture !


Celle qui a tous les dons, M.R. Carey, éditions de l’Atalante, 23€.

Quentin.

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