Hell’s Angels – Hunter S. Thompson

Hell's Angels

Initialement, cet espace devait me permettre de partager avec vous mes impressions de lecture concernant L’Infinie comédie de David Foster Wallace, maintenant que j’en suis arrivé à bout. Cependant, ordonner mes notes et les assembler en un texte construit (et intéressant) s’est avéré plus long que prévu et pour cause, on parle d’un ouvrage de 1480 pages. A défaut donc, c’est un autre écrivain emblématique (et polémique) de la littérature américaine qui prend la place : Hunter S. Thompson.

Journaliste, Thompson s’est essayé à l’écriture de fiction, notamment avec la rédaction du délirant Las Vegas Parano, que vous devez au moins connaître pour son adaptation au cinéma par Terry Gilliam avec Johnny Depp. Mais aujourd’hui, c’est une autre facette de l’auteur que je voudrais aborder : son appartenance au journalisme gonzo, courant auquel appartient le livre du jour : Hell’s Angels.

La définition même du journalisme gonzo est une recherche de l’ultra-subjectivité, visant à éliminer les éléments d’influence afin de rendre un papier neutre et d’une objectivité parfaite. Le journaliste n’est présent que pour traquer et relayer les faits, sans omission et en complète immersion dans son sujet, laissant au lecteur la tâche de penser les événements en une réflexion critique. Bref, tout ce que devrait être le journalisme…

Hell’s Angels (The Strange and Terrible Saga of the Outlaw Motorcycle Gangs en anglais) est le fer de lance de ce courant journalistique. Publié en 1966, le livre s’intéresse à la célèbre bande de motards américains, devenue par le jeu des médias l’ennemi public n°1 des Etats-Unis. Thompson y décrypte la façon dont les grands médias nationaux ont déformé les faits divers liés aux Hell’s Angels, rivalisant d’inventivité dans l’entretien de la polémique. Froidement, lui expose et recoupe les faits divers, les résultats d’enquête, la manipulation des journalistes et la réaction des motards eux-mêmes. Il dresse petit-à-petit un portrait alarmant des médias auxquels il appartient, mais aussi des Hell’s Angels.

Thompson a en effet vécu un an en immersion au sein de la bande de motards avec l’accord du chef de section Sonny Barger, son protecteur pour ainsi dire, cumulant les casquettes de journaliste et d’ennemi public. Noyé dans la culture Hell’s Angels, il s’abreuve du même alcool, expérimente les mêmes drogues, porte le blouson de cuir et les mêmes chaînes, assiste aux caprices sexuels des uns et à la violence des autres. Malgré son objectivité, Thompson dresse un portrait fascinant de la culture tribale et des expériences chamaniques du club. Il relate ainsi les composantes essentielles de la contre-culture des Hell’s Angels, la fraternité de ses membres, la mystique des engins chromés et les tensions permanentes avec les forces de l’ordre… jusqu’au jour de son passage à tabac, qui le force à quitter le club « pour protéger sa vie ».

A une époque où les cultures s’harmonisent sous l’influence des médias, Hell’s Angels revêt l’aspect d’un ouvrage indispensable, un rappel de la nécessité de développer son sens critique et de la réalité/nécessité des contre-cultures. Malgré une écriture froide, presque mécanique, Thompson fait naître chez le lecteur une attraction certaine pour ses sujets, qu’il expose la corruption des médias ou la folie du club. Indispensable.


En mon pays suis en terre lointaine ;
Lez un brasier frissonne tout ardent ;
Nu comme un ver, vêtu en président,
Je ris en pleurs et attends sans espoir ;
Confort reprends en triste désespoir ;
Je m’éjouis et n’ai plaisir aucun ;
Puissant je suis sans force et sans pouvoir,
Bien recueilli, débouté de chacun.

La ballade du concours de Blois, François Villon (épigraphe de l’édition américain de Hell’s Angels).


Hell’s Angels, Hunter S. Thompson, éditions Folio, 8.00€.

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