Moloch – Thierry Jonquet

Moloch

Sur Vingt-et-un-livres, on parle beaucoup de polar, mais majoritairement de polar anglophone. Parlons aujourd’hui d’un des plus grands auteurs de romans policiers français (qui avait déjà été mis à l’honneur sur le blog avec l’article de Quentin sur l’excellent Mygale), j’ai nommé Thierry Jonquet.

Et plus précisément son roman Moloch.

Jonquet place presque systématiquement ses intrigues en France (le plus souvent à Paris), et de façon très précise, quiconque a déjà visité les lieux dont il est question dans ses œuvres s’y croirait. Tout commence ici à proximité de la Porte de la Chapelle, où trois enfants sont retrouvés carbonisés dans une maison délabrée. L’enquête débute aussitôt.

Une nouvelle fois, Jonquet fait la démonstration de son talent de narrateur, nouant les intrigues à priori sans aucun lien pour mieux les réunir au moment opportun et surprendre son lecteur. Du groupe d’enquêteurs aux entretiens d’un psychologue avec un client obnubilé par le sang, en passant par le cas étrange d’une petite fille hospitalisée dont on peine à définir le mal, l’auteur dresse une multitude de portraits intrigants ou fascinants, parmi lesquels Charlie, jeune homme simplet mais malin, parfois cruel mais le plus souvent terriblement attachant, sans aucun doute le personnage le plus touchant et le plus crédible du roman.

Le style de Jonquet passe également par une façon intelligente de distiller les nombreuses références à des faits divers sur l’art déviant et glauque, et Moloch ne fait pas exception. Ici plus spécifiquement c’est l’art et le sang qui sont mis en avant, à travers l’évocation de certaines performances à la fois malsaines et fascinantes.

Je vais enfin aborder ce qui est à mon sens le point le plus original du récit, et si vous n’avez pas lu Moloch, il est possible que cela vous gâche une partie de la découverte, soyez-en avertis. Comme dans de nombreux polars, nous suivons un groupe d’enquêteurs, des personnages humains et intéressants, qui tout le long du roman effectuent des recherches, cherchent des indices pour remonter la piste du meurtrier et de ses éventuels complices. Et du début à la fin de l’ouvrage, les enquêteurs arrivent trop tard. Systématiquement. À chaque nouveau cadavre, à chaque grande découverte, ils sont devancés, jusqu’au final, où l’équipe arrive après la bataille, définitivement spectateurs de leur propre enquête, une enquête qui s’est résolue sans leur aide. Je trouve que c’est très osé de mettre en place des personnages à la fois charismatiques et compétents (personnages qu’on trouvait visiblement déjà dans Les Orpailleurs, que je n’ai pas lu, et je n’en ai pas ressenti de manque à la lecture), et de les décrédibiliser dans leur fonction au point de les rendre inutiles a posteriori.

Haletant et profond, Moloch est un pur produit de l’esprit Jonquet, exactement comme on les aime. Six ans après sa mort, cet auteur à la fois accessible et exigent continue à faire vibrer son lecteur.


Moloch, Thierry Jonquet, Folio Policier, 7,50€

Armand

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