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Archives Mensuelles: novembre 2015

Succession
L’empereur gouverne les Quatre-vingts Mondes, car, il y a 1600 ans, il a découvert comment vaincre l’Ancienne Grande Ennemie, la Mort. Mais tout n’est pas rose dans cet univers. Quand la sœur de l’empereur est menacée par la secte Rix, qui voue un culte à la technologie, c’est peut-être les plus sombres secrets de l’empire qui vont apparaître au grand jour.

Je n’aime pas la science-fiction. C’est chiant, c’est mal foutu. Si les paradigmes de la science évoluent ou changent, ça perd tout son intérêt. Mais alors que je me rendais chez mon libraire pour ma dose hebdomadaire de fantasy, on en discute et en ressort qu’il y a quand même une chose qui fait trembler d’émotion mon petit cœur : les batailles spatiales !

Il me tend donc un livre, avec une jolie couverture, et me dit que je pourrais peut-être trouver mon bonheur dans ces pages. Quelque temps plus tard, je commence à le lire et là, je me dis qu’il y a toujours quelqu’un pour se foutre de votre gueule…

Le livre commence par un amas de termes techniques rasoir au possible… Mais, le premier chapitre passé, on commence à découvrir la profondeur qu’a donnée Scott Westerfeld à son œuvre. De très bonnes idées parsèment Succession, tels que les partis politiques qui s’opposent sur la relation que l’humanité doit entretenir avec la Mort, ou la non-évolution qu’induit l’eugénisme.

Les chapitres sont découpés en plus petites sections, chacune sur un personnage. ce type de narration est en général frustrant, le Trône de fer en est un bon exemple, nous avons ici, avec l’intrigue et l’action tournées dans la même direction pour tous les protagonistes, un sentiment d’enchaînement naturel très plaisant.

Et cette bataille. Magnifique bataille ! Scotty (je l’aime beaucoup) ne se perd jamais dans une tentative d’explication des concepts scientifiques qu’il fait entrer en jeu. J’apprécie la science, et si je ne suis pas le plus au point des amateurs, j’ai l’impression que Succession est bien fait à ce niveau.

Un très bon livre qui malheureusement ne me fera pas changer d’avis sur la SF. C’est un style qui malgré une évocation du futur est beaucoup trop figé dans le temps.


 Succession, Scott Westerfeld, Pocket, 9.80€

Côme

 

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Le sujet abordé ici n’englobera pas tout les mangas ou le personnage D’Eikichi Onizuka fait une apparition, mais uniquement ceux centrés sur son activité en temps que professeur. Donc pas de Shonan Junaï Gumi (Young GTO), Bad Company, GTR et autre Ino-Head Gargoyle.

C’est sous la plume de Tôru Fujisawa que tout commence, lorsqu’il décide en 1997 de reprendre l’un des personnages centraux de son précédent manga Shonan Junaï Gumi pour le propulser dans une toute nouvelle intrigue. Eikichi Onizuka, ex-loubard au grand cœur et éternel puceau septième dan de karaté a aujourd’hui 22 ans et décide à la surprise général de devenir professeur dans un lycée (le but premier étant toutefois de coucher avec « les petites lycéennes »). Il parvient par une suite de hasards improbables à obtenir un poste non pas dans un lycée, mais dans un collège, en temps que professeur principal de la pire classe du bahut. À partir de ça, GTO (au fait, c’est l’acronyme de Great Teacher Onizuka) créer toute une mythologie, et une multitude de codes qu’il réutilise plus ou moins intelligemment durant les vingt-cinq volumes de la série.

Onizuka va passer son temps à remettre dans le droit chemin des élèves désabusés et détestant plus que tout « les adultes », ce qui l’amènera régulièrement à se mettre dans des situation absolument folles. Il sauvera nombre d’élèves du suicide en sautant d’un toit pour les rattraper, se battra contre la mafia, sera poursuivit par la police, essaiera de perdre sa virginité sans le moindre succès, j’en passe et des bien pires.

GTO n’est pas un manga réaliste pour deux ronds, et la quasi-totalité de ses personnages sont des clichés, et très souvent des crétins finis, mais l’œuvre fait preuve d’un panache et d’une fantaisie si rafraîchissante et amusante, qu’on lui pardonne aisément tout ses défauts. Le personnage d’Onizuka en particulier est si imprévisible et altruiste qu’il est aujourd’hui l’un des personnages les plus cultes et les plus attachants de l’Histoire du manga.

Le manga donne lieu à un anime qui reprend environs la première moitié des tomes, anime dont je conseille exceptionnellement la VF, qui recèle de très nombreuses perles et bénéficie entre autre des doublages merveilleux de Benoît Du Pac.

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Sauf que Torû Fujisawa aura du mal à retrouver l’inspiration et le succès après la fin de GTO en 2002. Il multipliera les séries courtes, pour la plupart très mauvaises, et qui plus est souvent inachevées. Résultat, l’auteur décide en 2009 de reprendre son personnage phare avec GTO – Shonan 14 Days, un spin-off qui prend place au milieu de l’intrigue de GTO, alors que dans le manga original avait lieu une ellipse de 14 jours pendant laquelle Onizuka était supposé être hospitalisé. Sauf qu’incapable de tenir en place, notre héros s’était aussitôt fait la belle pour se retrouver dans un pensionnat pour adolescents dont les parents ne sont pas en mesure de s’occuper.

Si c’est l’occasion de traiter de thèmes plus graves tel que la maltraitance, encore une fois à travers les relations parents/enfants, l’auteur ne retrouve pas dans ce spin-off toute l’originalité de la série initiale. Durant neuf volumes, et malgré quelques courts moments de génie, Fujisawa va multiplier les clichés et auto-caricaturer son propre manga jusqu’à l’outrance. Série donc totalement oubliable, si l’on excepte le travail informatif sur la maltraitance présent entre chaque chapitre, très instructif, et les passages avec Uchiyamada (sous directeur de l’établissement dans GTO, il a Onizuka en horreur), absolument hilarants.

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Et Fujisawa mit à nouveau le Great Teacher au placard… jusqu’en 2014.

Grand re-retour d’Onizuka avec GTO – Lost Paradise,cette fois-ci dans une suite directe de GTO, ou l’on retrouve un Onizuka en prison, qui va entreprendre de raconter à ses quo-détenus comment il en est arrivé là. Et on apprend donc que l’éternel casse-coup s’est retrouvé prof dans une classe d’élèves stars (idoles de groupes en vogue, acteurs…), évidemment pour la plupart teignes détestables.

On prends les mêmes et on recommence donc, cette fois-ci à mon sens avec un certain succès. Si on ne retrouve pas la surprise et le brio des plus grand moments de GTO, au moins on s’éclate face à une intrigue certes prévisible pour qui connaît l’auteur, mais très divertissante (et c’est toujours un plaisir de revoir Onizuka en action). Cela dit le manga ne compte pour le moment que deux volumes de par chez nous, donc difficile de réellement juger cette nouvelle mouture.

Enfin, je regrette personnellement l’évolution des graphismes au cours de la saga, qui n’ont eu de cesse de se faire plus précis, mais également plus lissés, perdant énormément de leur charme initial.

Bref, si vous ne connaissez pas GTO, je ne peux que vous encourager à vous tourner vers la géniale série originale, et pour les plus grands fans, à allez jeter un œil aux spin-off et suites, quitte toutefois à être déçu.


GTO, volume double (série simple plus disponible), 13 tomes, Tôru Fujisawa, Pika éditions, 13.90 € unité

GTO – Shônan 14 Days, 9 volumes, Tôru Fujisawa, Pika éditions, 6.95 € unité

GTO – Lost Paradise, 2 volumes en cours, Tôru Fujisawa, Pika éditions, 6.95 € unité

Armand

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Après l’excellent Lartigues et Prévert paru en 2013, Benjamin Adam revient aux éditions de La Pastèque avec Joker, une aventure trépidante dans le Haut-Mouronnais…

Herb et Jed sont frères, mariés respectivement à Charlène et Darlène. De ces mariages sont nés huit enfants pour Herb et Charlène, sept pour Jed et Darlène. Hawk, lui, est l’héritier de Batimax, l’entreprise qui semble régir la vie économique et sociale de toute la région, mais est aussi le cousin d’Herb et Jed. Tous les dimanches les cousins ont pour habitude de se retrouver dans la maison de Hawk afin de jouer au 8 américain… Mais avec une petite variante. Si celui qui pose un 8 peut toujours, comme le prévoit la règle, échanger son jeu avec celui d’un autre joueur, celui qui pose le Joker peut non seulement échanger son jeu mais également sa vie entière jusqu’au dimanche suivant. Cet arrangement semble convenir à tout le monde jusqu’au jour où l’échange va révéler un secret bien enfoui. Alors ce qui n’était qu’un huis-clos familial va s’étendre bien plus largement, obligeant chacun à jouer un jeu qui n’est pas le sien.

A la lecture du résumé on pourrait s’attendre à un déroulement de polar classique. Il n’en est absolument rien. Si cadavres, enquête, fuite et course poursuite sont présents dans l’histoire, la (dé)construction du récit crée un genre tout à fait différent. Toutes les deux ou trois pages Benjamin Adam introduit un personnage qui devient pendant un temps le « héros » de la narration. En détaillant brièvement son histoire et sa situation par rapport au récit principal l’auteur crée une distance entre nous et eux. Ce système permet de se situer à une place toute particulière, celle de Dieu (et donc aussi celle de juge). Contrairement aux protagonistes qui évoluent sous nos yeux, nous savons « la vérité » car nous avons accès à tous les points de vue et nous observons de haut les erreurs se commettre et l’inévitable se produire. Difficile alors d’aimer ou de haïr un personnage. On s’attache à chacun mais on ne peut s’empêcher dans le même temps de les trouver pathétiques ou à côté de la plaque. Même ceux chargés de bonnes intentions finissent par se retrouver dans une situation que l’on ne peut accepter.

Chronique sociale et surtout profondément humaine, Joker nous emmène à la rencontre non pas de héros mais d’hommes et de femmes du quotidien (vous et moi, quoi) devant faire face à des choix inattendus… Sans qu’il y ait vraiment de bonne réponse.

Maintenant vous voilà prévenus. Même si vous pensez avoir les cartes en main, un Joker peut tout changer !

Joker, Benjamin Adam, La Pastèque, 18 €

L’affaire Jennifer Jones

 

L’Affaire Jennifer Jones est un de ces romans qui m’ont marqué quand je l’ai lu à l’âge de quatorze ans. Dix ans plus tard, je n’ai pas changé d’avis dessus et le considère toujours comme un livre fort dans une littérature jeunesse qui se moque souvent de nos ados. C’est toujours un peu compliqué la jeunesse, parce qu’on ne va pas se mentir, beaucoup d’auteurs et de maisons d’éditions ont tendance à se censurer sous prétexte qu’ils écrivent un livre destiné à des gens qui ne sont pas tout à fait des adultes. Mais aujourd’hui, on lit à douze ans ce qui était destiné à un public de quatorze. La jeunesse a évolué et les romans doivent en faire autant. Bref, je m’égare, là n’est pas le sujet.

Notre sujet, c’est ce roman de Anne Cassidy qui m’a clairement mis une bonne baffe en pleine face. Le roman débute, on suit Alice Tully, une jeune étudiante qui a une vie sans soucis, un petit boulot et un copain. Le souci, c’est qu’elle n’a pas de passé à raconter. Parce qu’Alice s’appelle en réalité Jennifer Jones et qu’elle est sortie de prison il y a moins d’un an. L’affaire Jennifer Jones avait scandalisé tout le pays. Parce que cette petite fille de dix ans avait tué une autre enfant du même âge. BOUM, je pose le truc. On parle d’une enfant qui en a tué une autre. Et oui, c’est destiné à un public à partir de douze ans. On peut considérer ce livre comme un réel roman noir pour le jeunesse. Le récit est structuré de telle manière : on suit Alice dans le présent puis c’est un énorme flashback qui nous raconte son enfance et ce qui l’a poussée à commettre l’irréparable.

On a affaire ici à une psychologie maîtrisée de bout en bout. De part le contexte familial de Jennifer et sa relations avec ses amies, on finit par comprendre le pourquoi de son geste. Par contre, l’acte en lui même n’est jamais justifié ou accepté. On sent arriver l’irréparable et on est totalement impuissant face à cette situation. Parce que oui, la fillette qui se fera assassiner est une peste insupportable, néanmoins on ne peut justifier son meurtre. Tout comme le fait que Jennifer vive avec sa mère, qu’elles soient pauvres et qu’elle voit beaucoup d’hommes défiler dans la chambre de sa maman ne pardonne pas son crime.

L’Affaire Jennifer Jones est un roman complexe qui amène le lecteur à réfléchir et à se poser les bonnes questions. Comment est-il possible de commettre un meurtre à l’âge de dix ans ? Et surtout, comment continuer à vivre après ça ? Alors oui, c’est un roman très noir et peut être dérangeant mais franchement, permettons aux ados de pouvoir avoir une réflexion intellectuelle entre deux romans sur les vampires et les cancéreux !


 

L’Affaire Jennifer Jones, Anne Cassidy – Editions Milan (Macadam), 12.50€

Zoé

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Et si on parlait cinéma ?  Non, pas récent. Mythique. Mythique comme peuvent l’être les films des Monty Python. Emblème du cinéma influencé par le surréalisme et surtout égérie de l’humour britannique. Les six membres  originaux de ce petit groupe ont réalisé rien de moins que Holy Grail (1975) The Meaning of Life (1983) ou encore Life of Brian (1979). Si vous ne les avez pas déjà vu, je vous exhorte à le faire (rien que ça !) (et en anglais sous titré, pour plus de fun, comment ça « non » ? ).

Terry Gilliam est l’homme à tout faire – ou presque – de la troupe. Tour à tour producteur, réalisateur, auteur, acteur, parfois un peu tout à la fois… Il a travaillé sur de nombreux projets au fil des décennies, car c’est le réduire que de se contenter de l’enfermer au  rôle majeur qu’il a joué dans la culture britannique – et la culture populaire en générale – à travers l’oeuvre des Monty Python, et l’héritage que le groupe laissse derrière lui avec toute l’influence que cela suppose.

Comme les dates de sortie des films des Python l’indiquent, Terry il est plus tout jeune maintenant, mais toujours aussi actif, avec ou sans les Python restants, Chapman ayant rejoint un au-delà probablement truffé de questionnement alambiqués pour passer le moindre pont. C’est notamment lui le producteur de L’imaginarium du docteur Parnassius, dernier film dans lequel apparaît Heath Ledger (aka le Joker dans Dark Knight).

Aujourd’hui nous allons donc parler de son autobiographie, récemment parue aux éditions Sonatine : Gilliamesque. La couverture est géniale. Tout simplement, le travail réalisé sur cette illustration n’aurait pas pu représenter mieux le Monsieur et son oeuvre.

Premières pages, première surprise – parce que je n’avais jamais fais attention jusqu’alors – Terry Gilliam est américain et non britannique. C’est d’ailleurs le seul  du groupe. Il nous raconte donc sa vie, en essayant d’en faire le tour, en restant objectif, ce qui est en soi compliqué- surtout quand on aime parler de soi. Comme il le dit lui même en introduction « comme ma femme ne se lasse pas de me le répéter, le peu de mémoire qui me reste est dangereusement sélectif », aussi il y aura des trous, fatalement. Surtout que le bonhomme n’est pas du genre à tenir un journal.

Mais peu importe, même dessiner les contours du personnage, de sa vie et de son parcours permettent de mieux cerner le génie de cet homme, né aux Etats-Unis, élevé dans le Minessota et révélé sur les terres de la reine colonisatrice mais aussi à Hollywood.

Cette autobiographie, c’est l’histoire de ses rencontres, tant avec des inconnus qu’avec d’autres grands de son siècle, acteurs, musiciens … Le parcours effectué par Terry au fil d’une vie extrêmement riche. Opportunités, désillusions.

Mais c’est également l’évolution de la société américaine, des mœurs, les différences culturelles entre le vieux et le nouveau continent. Un panorama de différentes époques et de leurs influences.

Vous trouverez également beaucoup d’illustrations, de photos, de dessins réalisés par Terry ou le représentant car il n’est pas qu’un homme de cinéma il est aussi dessinateur et plein d’autres choses.

Je n’en dirais pas plus sur le contenu, en lui même, puisqu’il s’agit d’une biographie et que tout l’intérêt est de découvrir par vous même la vie de ce génie. Vous pouvez quand même vous attendre à de nombreux traits d’esprit, beaucoup d’humour, un brin de cynisme et de la folie.

A posséder pour tout cinéphile qui se respecte. Et les autres.


Gilliamesque, Terry Gilliam, éditions Sonatine, 25€.

Quentin

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Comme j’étais remplie de joie quand j’ai appris que Iain Levinson (je ne sais absolument pas comment son prénom se prononce) avait écrit un nouveau livre. J’ai découvert cet auteur avec Arrêtez moi là, un roman qui prenait aux tripes et qui amenait à réfléchir. Un chauffeur de taxi qui se retrouve condamné pour l’enlèvement d’un enfant, simplement parce que tout l’accuse alors que bien évidemment, il est innocent. On plongeait dans la justice américaine et dans ses points faibles. Une vraie critique qui nous amenait à penser qu’il était possible que plusieurs détenus aujourd’hui, soient en prison alors qu’ils n’ont rien fait.

Ils savent tout de vous est un peu différent dans le genre. On se retrouve d’un côté en compagnie de Snowe, flic de la route, qui se réveille un matin et réalise qu’il lit dans les pensées des gens. Constat tout à fait perturbant. De l’autre côté, on a Denny, un condamné à mort qui lui aussi est doté de ce pouvoir. Une certaine Terry vient lui rendre visite pour lui demander un service. Elle travaille dans une agence bien secrète et voudrait utiliser le don de Denny pour l’intérêt de cette agence. Elle lui promet de le faire sortir du couloir de la mort s’il accepte de travailler pour elle. Et bien évidemment, rien ne va se passer comme prévu …

On retrouve le style de Levinson (j’ai décidé de ne plus prononcer son prénom), très rythmé et maîtrisé. Parce que forcément, les deux télépathes vont finir par se rencontrer et découvrir qu’il y a quelque chose de louche avec cette agence. C’est un roman assez court (environ 250 pages) qui se lit d’une traite (si vous n’êtes pas ultra-occupé comme moi). On y retrouve tout ce qui marche, un mélange de polar et de SF qui fonctionne terriblement bien. En si peu de pages, c’est un exploit. Rien n’est laissé sans explication (ou tout du moins, rien qui pourrait nous déranger).

Levinson réussit totalement son coup en s’essayant à un nouveau genre. On a hâte de lire le prochain !

Ils savent tout de vous, Iain Levinson, Editions Liana Levi, 18€

Zoé.

Une chronique un peu particulière aujourd’hui puisque Les copies de Wung-Sung était une sortie très attendue et surtout très aguichante avec pour pitch un croisement entre les films A.I. de Spielberg et Blade Runner de Ridley Scott. Sexy comme programme, non ?

L’avenir est sombre pour nos petites têtes blondes avec l’apparition d’un nouveau virus qui décime uniquement les enfants et qui est d’une efficacité remarquable. En attendant de trouver un antidote, toute la jeunesse est cryogénisée, donnant le temps aux chercheurs de concocter un vaccin. Le problème qui se pose soudain aux parents, c’est ce vide, cette absence chaque jour plus insupportable qui a remplacé la joie de vivre. Un nouveau manque est né et la société très bien attentionnée : « Vie Ressuscitée » va proposer le tout premier service de clonage d’enfants, permettant aux adultes de voir grandir leur progéniture le temps qu’il faudra pour guérir l’original. Il n’y a pas de problèmes, seulement des opportunités !

Les années passent, Jonas est un ado comme les autres, il aime le foot et cette fille qui le regarde jouer. Mais Jonas n’est pas un original qui voit débarquer son clone à la maison, non. Jonas c’est le clone qui a pris la place du malade. Et le roman s’ouvre sur le retour du miraculé chez les siens. Une belle famille de nouveau unie qui n’a plus besoin d’un enfant de substitution, et qui va donc faire appel au S.A.V. de « Vie Ressuscitée ». Société qui est très au point pour la « désactivation » de ses produits…

Seulement voilà, il y a des détails chiffonnants dans ce récit. Si les deux premiers tiers relatent la fuite désespérée de Jonas et d’autres clones à travers un territoire devenu terriblement hostile aux « copies », j’ai le sentiment que l’auteur s’est trompé de direction. Car si on peut voir de nombreux travers de nos sociétés tout au long du roman, avec un thème pareil ce n’est pas de surconsommation ou de diabolisation dont j’aurais voulu entendre parler, mais bien d’une question fondamentale : pourquoi faisons-nous des enfants ?

Ma surprise c’est que, contrairement à ce que je m’attendais, ce n’est donc pas un récit d’action, avec pour fond la grandiloquence nauséabonde de la science quand elle est débridée, mais bien un récit extrêmement dur, où l’obsolescence programmée des clones les conduit lentement vers la mort après leur avoir fait arpenter les chemins de la folie. Or quitte à être exigeant dans ses textes, le Rouergue et son auteur auraient pu aller un chouia plus loin pour interpeller chacun de nous sur les questions que chaque humain se posent un jour.

C’est donc un livre étonnant qui agrippera les lecteurs qui accepteront de se faire surprendre, et fera peut-être peur à tous les autres.


Les copies, Jesper Wung-Sung, Le rouergue, collection Epik, 11.70€

LeDonCarlo