Nausicaä de la Vallée du Vent – Hayao Miyazaki

Nausicaä

Les événements de ces derniers jours ont ranimé le semblant d’âme cachée derrière le vernis du libraire prétendument élitiste que je suis. Aujourd’hui, je délaisse donc mon intérêt pour la noirceur du cœur humain au profit d’un optimisme galopant. Aujourd’hui, je discute avec vous d’un univers extraordinaire signé de la main du maître Hayao Miyazaki : Nausicaä de la vallée du vent, et son exceptionnel cortège de qualités.

Mille ans après avoir épuisé les ressources naturelles de la planète et déclenché la Guerre des sept jours de feu qui a mis un terme brutal à la civilisation industrielle, l’humanité survit tant bien que mal malgré la progression de la Mer de la décomposition. Cette gigantesque forêt de moisissures toxiques et d’insectes géants brutaux qui dévore chaque jour un peu plus les terres cultivables. La Vallée du vent, point de départ de l’odyssée de Nausicaä, est un minuscule royaume où il fait bon vivre (le seul ?), le territoire étant protégé par les courants de la Mer de sel qui la protège des spores toxiques qui l’entoure.

Nausicaä justement, est une jeune fille d’à peine 16 ans dotée d’une sensibilité extrême qui lui permet de partager les émotions d’autres êtres vivants. Elle est la dernière survivante d’une fratrie de onze enfants, tous descendants du seigneur Jill de la Vallée du Vent. Lorsque ce dernier est appelé à servir sous la bannière de la princesse tolmèque Kushana malgré son grand âge, c’est malheureusement à Nausicaä qu’incombe le devoir de prendre les armes…

Miyazaki débute l’écriture de Nausicaä en 1982 sur les conseils de Toshio Suzuki, producteur historique des studios Ghibli. Pour l’auteur/réalisateur japonais, c’est une aventure d’un peu plus de douze ans qui s’annonce, entrecoupée de travaux de réalisation dont l’adaptation même de Nausicaä en 1984. Si Miyazaki réalise ladite adaptation presque dix ans avant la fin du manga, il s’éloigne de l’oeuvre originale. Et pour cause, Nausicaä est un travail d’improvisation permanent qui reflète l’évolution de son auteur. Celui-ci n’ayant pas établi de trame scénaristique à suivre, chaque chapitre était un défi lancé à son imagination.

Un défi d’autant plus grand que l’odyssée de Nausicaä prend place dans un univers d’une richesse exceptionnelle. Miyazaki installe des cadres précis dès le premier tome pour mieux les chahuter dans une quête constante d’épique et de sens, ce qui participe à rendre le récit imprévisible et donc merveilleux. Nausicaä est un chef-d’oeuvre profondément japonais, fortement influencé par les pensées bouddhiste et shintoïste, mais aussi par l’évolution du manga dont Miyazaki réinvente les codes (prolifération anarchique des cases, réécriture du mythe du mécha…). Il refuse le manichéisme caractéristique du manga depuis Osamu Tezuka pour bâtir des personnages complexes dont la pensée évolue tout au long des sept tomes de la série, jusqu’à accoucher du personnage féminin le plus emblématique de l’histoire de la bande dessinée japonaise : Nausicaä elle-même.

Nausicaä a marqué l’imaginaire collectif par la somme de ses qualités. D’une pureté sans égale, elle est un modèle de courage et d’abnégation qui accepte le rôle ingrat de prendre les armes au nom des siens et ce, malgré une sensibilité extrême qui est censé lui permettre de faire le pont entre les individus et les créatures de son monde. Elle est un messie en devenir que les épreuves vont forger dans le sang. Nausicaä, par son amour de la Vie, est un modèle de vertu inégalable, qui sacrifie son intégrité pour le bien commun et seule capable de faire tomber les tabous du monde. Page après page, elle force l’admiration et dépasse tous les archétypes féminins connus pour s’ériger comme la plus grande des héroïnes japonaises, ouvrant la voie aux futurs Motoko Kusanagi (de Mamoru Oshii) et Mother Sarah (de Katsuhiro Otomo).

Nausicaä de la Vallée du Vent est une aventure d’une richesse surprenante, qui dépasse largement le cadre trop étroit de son adaptation cinématographique (pourtant réussie). Si les films d’animation du studio Ghibli fascinent, plus particulièrement ceux de Miyazaki, jamais l’auteur n’est parvenu à synthétiser avec autant d’habileté la pensée et l’histoire du Japon. En découle un chef-d’oeuvre de la bande dessinée mondiale, et peut-être sa plus belle héroïne.


Nausicaä de la Vallée du Vent, tomes 1 à 7 (série terminée), Hayao Miyazaki, Glénat, 10,75 € /unité

Johan

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