Demokratia – Motorô Mase

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Jusqu’où des auteurs peuvent-ils amener leurs lecteurs à réfléchir ?   Sur quels sujets peut-on encore amener à penser ? Motorô Mase, auteur de l’excellent Ikigami dans lequel il invite à réfléchir sur la société, ses responsabilités et ses limites, la vie et la mort programmée et la psychologie de l’humain, travaille actuellement sur Demokratia, une nouvelle série dont trois tomes sont parus en France, chez Kaze et cinq au Japon, chez Shôgakukan (qui a d’ailleurs racheté Kaze en 2009).

Alors, que raconte cette nouvelle série ?

On y suit Taku et Hisashi, deux jeunes génies dans leurs domaines respectifs. Le premier est un ingénieur talentueux dont la dernière trouvaille a été achetée par une grande firme, le second est un expert en robotique. Ils font connaissance au cours d’une soirée dans un bar, verre à la main, le courant passe, les idées se rejoignent…

Ensemble, ils mettent au point Mai, un robot humanoïde si perfectionné que personne ne peut la distinguer d’une véritable femme. Leur idée est simple, Mai n’est pas autonome, elle est contrôlée à distance par les votes de 3000 personnes choisies au hasard. Chaque action, chaque parole passe par le vote des « joueurs » – à défaut d’un autre terme – connectés. Ce système de vote est l’apport de Taku au projet, une méthodologie permettant de faire apparaître les choix de tout le monde.

Chaque utilisateur peut entrer une proposition d’action, l’algorithme analyse les propositions de tous ceux qui soumettent quelque chose, et regroupe ensemble celles qui vont dans le même sens. Celles qui apparaissent le plus de fois sont soumises au vote des joueurs. De même que certaines propositions « uniques », c’est à dire soumises par une seule personne. Ce qui permet d’avoir des idées propres à des personnes ayant des connaissances spécifiques dans des situations données.

Afin de garder le secret du projet, les joueurs ne peuvent ni voir et ni entendre les noms des personnes avec lesquelles ils interagissent et des lieux où ils se trouvent. En dehors de ces points, ils peuvent la diriger à peu près n’importe où et faire ce qu’ils veulent, tant que la majorité est d’accord.

Voilà pour les bases de Demokratia.

Il n’y a donc pas de personnage principal au sens typique du terme. Mai n’est qu’un robot sans conscience, contrôlé par des centaines d’anonymes et créé par deux génies qui ne gardent qu’un contrôle limité sur leur création. Demokratia c’est donc Mai qui rencontre des gens et influe sur leurs vies, d’une manière ou d’une autre, mais qui influe également sur celles de ceux qui la contrôlent.

Une telle construction narrative, à travers les choix d’individus anonymes amène plusieurs questions intéressantes, pour certaines déjà traitées d’une autre façon dans Ikigami  :

Quand le drame arrive, où se situe la responsabilité de chacun ? Peut-on fuir ses responsabilités, les ignorer ?

Jusqu’où peut-on intervenir dans la vie de quelqu’un ?

Quelle est la limite entre sagesse et folie ? Quels sont les dangers inhérents à un réseau social – car au fond, c’est ce qu’est Démokratia en permettant à des inconnus de contrôler ensemble un projet et de débattre de leurs actions et de leurs responsabilités— ?

Qu’est ce que l’anonymat ? La haine ? Qu’est ce qui conduit à la haine de l’autre, au repli sur soi ?

Quelles sont les limites de la démocratie, appliquée à cette expérience ? Un ensemble d’inconnus tend-il vers la sagesse ? Le débat est-il nécessaire pour avancer ou conduit-il à une impasse ?

C’est également une réflexion sur l’humanité. Qu’est ce qui fait de quelqu’un un être humain, qu’est ce qui délimite le bien du mal ?

En bref, Demokratia apporte une très bonne réflexion sur beaucoup de sujets, dans la continuité de la précédente série de l’auteur.

Tiens, ça tombe bien, le quatrième tome sort aujourd’hui. Quel merveilleux hasard ! Je vous laisse donc découvrir cette superbe série, en achetant tous les tomes disponibles d’un seul coup, parce que sinon vous serez extrêmement frustré(e) de devoir vous re-déplacer pour acheter la suite une fois arrivé à la fin d’un tome. Bon il vous faudra quand même attendre la sortie du tome 5. Puis des autres. Mais ça vaudra le coup. Motorô Mase ne déçoit jamais, et si vous ne l’avez pas encore lu vous pourrez toujours patienter en vous plongeant dans Ikigami et ses dix tomes.


Demokratia (4 tomes disponibles), Matorô Mase, Kaze, 9.99€/u.

Quentin

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