Amours – Léonor De Récondo

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Alors que je suis plongé dans ma lecture pour le prochain article, mon cerveau me rappelle à l’ordre.

« Hey t’as un autre article à faire pour mardi, ça serait pas mal de t’y mettre hein?! »

Je repose donc à contre cœur le pavé sur un coin de mon lit – ouais, j’ai pas de bureau – et jette un œil à la pile de livres terminés, me demandant lequel il me fallait absolument vous faire re/découvrir. Alors j’ai un peu fouillé dans ce joyeux bordel, et vu que c’est bientôt Noël, je me suis dit qu’il fallait un truc pas trop déprimant – parce que le prochain article il va pas être des plus joyeux.

Comme mes lectures sont assez déprimantes dernièrement, ça m’a pris un peu de temps. Mais voici Amours, de Léonor De Récondo, aux éditions Sabine Wespieser, publié en janvier 2015.

De quoi que ça parle ? On y suit différents personnages dans un huit-clos (enfin quasiment un huit-clos, à de rares scènes près) dont l’histoire se déroule au début du XXe siècle. Victoire, d’abord, est une jeune femme mariée à Anselme de Boisvaillant, notaire taciturne, dont le passé et les origines le préoccupent. Nous avons ensuite Céleste, la très jeune bonne de la maison ainsi que Huguette et Pierre, le couple qui s’occupe de tenir la propriété.

Bien, maintenant que l’on sait à qui l’on a affaire, on va voir de quoi il retourne précisément.

Comme vous l’aurez sans doute compris, l’histoire se passe dans une famille bourgeoise du début XXe. Monsieur et Madame sont mariés depuis quelques années maintenant mais n’ont pas encore d’enfant, ce qui pose un léger problème socialement parlant. Et ce n’est apparemment pas le seul problème de ce couple … D’un côté, Madame ne prend pas plaisir aux rares relations avec son mari et semble considérer les relations sexuelles comme quelque chose d’assez malsain. De l’autre côté, Monsieur semble préférer sa servante. Enfin. Son travail semble passer avant tout ça, le sexe ne venant que lorsque l’envie lui prend. Le roman s’ouvre d’ailleurs sur cette scène où Anselme s’amuse avec une Céleste faisant tout pour ignorer sa présence… C’est également de cette manière que réagit Victoire lorsque vient le moment d’essayer de donner un héritier à belle-maman.

Eh attendez ! On dirait fort une histoire déprimante là. Celle d’un couple dans lequel rien en va et qui commence à se fissurer. Ah mais vous pensiez que c’était là toute l’histoire ?  Bien sûr que non. Au-delà de ces aspects assez sombres du roman, Amours est avant tout un roman sur l’amour. Sur plusieurs relations, passées et présentes, et un peu futures dans un sens.

Vous l’aurez compris j’imagine, nous sommes au début du XXe siècle dans un milieu bourgeois où donner un héritier – mâle si possible, faut pas déconner – est un point important de la vie maritale. Or les rares et peu satisfaisants rapport du couple ne risquent pas de les amener dans cette direction. En revanche les « relations » entre monsieur et sa bonne …

On se retrouve avec une bonne enceinte, ce qui dans une autre famille et à la même époque l’aurait amenée au chômage avec une petite compensation pour son silence, mais ici, la bonne et l’enfant gagnent le droit de rester. Mieux ! L’enfant trouve des parents et une bonne bien charmante.

Just kidding. Une mère jalouse et un père fier mais absent.

Une grande partie de la force du roman, c’est la force de la description des sentiments, de l’amour maternel – qu’ils soient de la vraie mère ou de la mère adoptive – de la découverte de l’autre.  Mais c’est aussi la découverte de l’amour et du corps, la folie qu’apporte ce sentiment nouveau pour les personnages impliqués. Il en sort une douce poésie, celle de l’interdit, celle de l’amour parfait, de la relation naissante menée par le hasard mais également celle d’une relation ancienne, belle, qui surmonte tous les handicaps que la vie lui impose : l’éloignement, la guerre, l’infirmité, les secrets …

Ce que nous raconte ce roman, c’est la société de l’époque, sa vision de la famille, ses attentes, ses secrets que l’on cache le plus loin possible. Mais aussi, paradoxalement, c’est la force de certaines personnes à agir selon leurs sentiments, même s’ils vont à l’encontre de ce que la société attend d’eux. C’est aussi la différence entre la société bourgeoise provinciale et la société parisienne plus libérée (ou indifférente, selon votre vision de la scène).

Que nous faut-il pour ouvrir les yeux et oser voir en face nos propres sentiments ? Les assumer, les montrer et les partager sans attendre sous peine de le regretter amèrement dans le futur ? Peu importent les obstacles, le bonheur trouve son chemin, ne serait-ce que pour un temps.

Bref c’est un très bon roman sur la découverte des sentiments, auquel je reprocherais peut être sa quatrième de couverture un peu trop détaillée; mais au final ce n’est pas si grave puisque le style d’écriture très musical de Léonor De Récondo entraîne le lecteur dans une histoire dont il ne peut ressortir avant la fin, même en ayant connaissance d’une part importante du récit.


Amours, Léonor De Récondo, Sabine Wespieser Editions, 21€.

Quentin

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