Le Poète – Yi Munyol

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« We don’t read and write poetry because it’s cute. We read and write poetry because we are members of the human race. And the human race is filled with passion. »
( On ne lit pas et on n’écrit pas de la poésie parce que c’est joli. On lit et on écrit de la poésie parce qu’on fait partie de l’humanité. Et que l’humanité est faite de passions. )
Dead Poets Society, 1989

Rarement définition de la poésie ne s’est aussi bien appliqué qu’à Kim Sakkat, le poète vagabond.

Kim Sakkat est un poète légendaire coréen. Il a vécu au début du XIX° siècle dans une Corée en pleine crise social, secouée par des révoltes populaires envers le régime et les administrations. A l’époque, Kim Sakkat porte encore le nom de Kim Byongyon. Les Kim sont une famille très importante, avec des relations haut placées et un lieu de sang avec la famille royale. Le grand-père de notre poète est gouverneur d’une ville-garnison, qui va etre prise d’assaut par la révolte au plus fort de celle-ci. Malheureusement ( ou heureusement, peut-être ) ce grand-père commet le crime de se rendre à l’ennemi, devenant traitre à la nation. Et selon la loi en vigueur à l’époque, sa famille doit payer sur trois générations. Grâce au dévouement de quelques esclaves serviteurs, les petits-enfants vont etre sauvés avec leur mère. Réduits à se cacher et à vivre parmi la plèbe après avoir passé une enfance de noble, voici l’une des bases du grand conflit intérieur qui va ronger Kim Sakkat toute sa vie.

Car c’est un poète en contradiction avec son temps qui se révèle à nous. Elevé comme fils de noble jusqu’à l’age de cinq ans, puis comme un roturier. Son père mourra quelques années après la déchéance. Son frère ainé deviendra homme de la terre pour subvenir à leurs besoins. Sa mère portera sur lui tous ses espoirs de voir revenir leur gloire passée. Il veut haïr son grand-père et le régime de l’avoir mené à cette place, mais le culte de la piété filliale le lui interdit, quand bien même il est nommé « descendant de traitre ». Génie des lettres et de la rime, il tentera de s’en servir pour retrouver son ancienne place, puis la retournera pour critiquer son époque, ses puissants et leurs règles. Il passera une grande partie de sa vie sur les routes, en poète vagabond, baton en main, sandales aux pieds et sakkat sur la tête ( un champeau de bambou ) à semer sa poésie dissidente et critique.

Même si il est un des poètes les plus grands de son époque, et sans doute le plus grand de son pays, on sait peu de choses véritable sur sa vie. La tradition orale nous a rapporté la plupart de ses poèmes mais son parcours n’est connu que par l’intermédiaire de quelques bornes plus ou moins bien définies. Connaissant en plus la propension de l’époque à se choisir un nom de plume et à en changer facilement, l’on comprend comment l’histoire put devenir mythe, pourtant si proche de nous temporellement.

Dans son livre Le Poète, Yi Munyol s’attache à rebatir cette histoire légendaire en prenant comme base les évènements majeurs que l’on sait avoir forgé l’homme. La destitution de sa famille, bien sur, mais aussi ses jeunes années, son mariage, ses inscriptions à quelques concours de poésie ( la Poésie était une matière « noble » que les responsables de l’état se devaient de maitriser selon un style très encadré : nombre de syllabes, thématiques, et autres ). Son errance est ainsi retranscrite de la manière la plus fidèle possible, Yi Munyol se servant de description extrèmement précise de lieux et de situations pour ancrer son récit dans la réalité la plus authentique.

Véritable roman d’apprentissage, ce livre est également un voyage initiatique. Roman d’une vie si bien décrite que l’on veut le croire biographie, Le Poète nous fait revivre une histoire maint fois vérifié. Celle d’un homme incontrôlable, hostile au pouvoir en place mais pourtant créé par lui, méprisant les règles de son art mais les maitrisant parfaitement, un homme reniant son ascendance car étant passé de l’autre coté de la barrière sans pouvoir faire demi-tour.

Pourtant, ce n’est pas un récit malheureux qui nous est fait. Pas de misérabilisme pour ce personnage tourmenté, mais une tentative d’expliquer et d’amener à comprendre le pourquoi de la formation d’un tel esprit dans un homme aussi secoué par la dureté de son époque. Conflits générationnels, prises de conscience, fuite en avant et pour finir haine du pouvoir, rien ne semble vouloir être épargné à l’homme mais c’est de toutes ses expériences, de tout ses travers, ses haut comme ses bas que Kim Sakkat parviendra à forger sa poésie la plus pure. Parti d’une maitrise conventionnée de son art, il va peu à peu apprendre à en briser chaque code, l’utilisant et la manipulant, modifiant son approche à chaque expérience, pour finir dans la plénitude.

La poésie pure, comme une force idéale.

Ne pleurez pas notre mort,
Notre vie était consacrée au combat.
Chaque goutte de sang deviendra un bourgeon
Et fleurira dans un monde meilleur.


Le Poète, Yi Munyol, Babel Actes Sud, 7,50€

Valmon

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