Vers la ville – Tom Gauld

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Une petite chronique aujourd’hui pour une petite BD tout en finesse et poésie. Après l’excellent Vous êtes tous jaloux de mon Jetpack , Tom Gauld revient avec son sens de l’humour et ses situations absurdes dans Vers la ville, toujours aux éditions 2024 (qui font comme d’habitude un super boulot sur la maquette du livre).

Deux hommes prennent la route. Suivant l’injonction d’une affiche : « une nouvelle vie s’offre à vous installez-vous en ville », ils décident de quitter leur chez eux pour se rendre vers cette mystérieuse ville… Et voilà, c’est tout ! De même que l’on ne sait rien des raisons qui poussent Vladimir et Estragon à attendre sans fin un Godot qui ne vient pas (dans la pièce de Beckett), de même, on ne connaît pas les motivations qui ont pu mettre en branle nos deux personnages. On ignore leur passé, on se contente juste de les suivre sur le chemin qui les sort de leurs habitudes pour les mener vers un ailleurs.

Dessinée pour une sortie hebdomadaire dans Time Out London, c’est un des premiers travaux de Tom Gauld. Chaque planche peut donc se lire comme un strip complet mais regroupées, elles forment le cheminement de nos comparses vers la ville. Très influencé par les strips de Gary Larson, on retrouve également avec beaucoup de plaisir (enfin au moins pour ma part) son attachement à l’œuvre d’Edward Gorey (dont une partie des ouvrages est rééditée chez les éditions Le Tripode).

Aucunes grandes épreuves n’attendent nos héros dans leur « quête initiatique ». Au contraire, dans ce huis-clos à ciel ouvert le caractère de chacun se dévoile petit à petit et les situations banales s’enchaînent. C’est à travers les moments on ne peut plus ordinaire de voyageurs (la marche, le campement, la pluie) ou des objets du quotidien (des bottes, une brouette, une tente) que Tom Gauld fait surgir un émerveillement enfantin ou une poussée de rire incontrôlable. Tour à tour drôle, mélancolique, absurde, Tom n’en finit pas de nous surprendre avec ces deux marcheurs tout de noir vêtus. A l’heure de la surenchère d’effets spéciaux, d’humour gras et potache, de scénarios toujours plus complexes ou même de dessins grandioses (qu’il m’arrive également d’apprécier énormément, qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit !!) la simplicité de l’histoire, de l’humour qui ne s’impose pas et du trait nous ramène avec beaucoup de bonheur à l’essentiel : « La nature même de la bande dessinée est d’être lue, pas d’être admirée. Un dessin vraiment beau et virtuose est inutile s’il ne « fonctionne » pas » (citation de Tom lui-même).

Et il faut bien reconnaître qu’il le fait avec beaucoup de justesse et une très belle poésie !


Vers la ville, Tom Gauld, 2024, 15€

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