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Archives d’Auteur: Quentin

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Il y a quelques mois maintenant, la dernière trilogie d’Erik l’Homme s’est achevée. Il est temps de revenir sur ces trois tomes de Terre-Dragon, une saga de fantasy jeunesse dont la publication a débutée chez Gallimard Jeunesse fin août 2014 pour se terminer début octobre 2015.

Vous avez déjà pu lire la critique de Côme sur la saga emblématique de L’Homme : Le Livre des Etoiles, il  y a quelques temps et autant vous dire que je ne partage pas son avis puisque c’est une série que je relie régulièrement et apprécie toujours autant. Enfin bref.

C’est donc avec beaucoup de joie que j’ai appris le début de cette nouvelle série. D’autant que cette fois, l’auteur nous emporte dans un monde de fantasy entièrement inventé ce qui n’est pas -entièrement- le cas avec le livre des étoiles, puisqu’il y a un ancrage avec notre monde réel.

Il va être difficile de vous parler de l’histoire sans trop spoiler, mais allons-y.

Dans la région nordique de Terre-Dragon, nous faisons la connaissance d’Aegir-Peau-d’Ours -parce qu’il porte en permanence une peau d’ours, ça va c’est pas trop difficile à suivre là. Aegir est un jeune homme tenu prisonnier dans une cage depuis laquelle il ne peut voir la beauté du ciel étoilé si loin au-dessus de lui. Il « vit » au milieu des Naatfarirs, peuple habitant cette partie du monde et qui dresse les dakans, sorte de métamorphe très dangereux, grâce à une ancienne magie et des colliers d’asservissement.

Seulement voilà, Aegir va réussir à s’enfuir et les meilleurs chasseurs Naatfarirs, accompagnés d’un Dakan vont se lancer à sa poursuite à travers les montagnes. Dans sa fuite, il rencontre une jeune fille – elle aussi en fuite – petite fille d’une sorcière que les habitants du village ont décidé de brûler. La rencontre est brève mais, pour l’aider, l’apprentie sorcière trace des symboles magiques de protection sur Aegir avant de reprendre sa propre fuite.

Plus loin, Aegir rencontre Doom-le-Scalde, un jeune garçon drôle et attachant dont l’ambition est de devenir un scalde – un barde de ce monde- aussi célèbre que Rosk-le-Borgne dont le Chant du Fleuve est entré dans l’histoire. Autant dire que ce n’est pas gagné vu ses piètres qualités en tant que chanteur/conteur.

Il rencontre également Gaan, un vieillard aveugle qui se révèle être un puissant sorcier et deviendra le mentor de tout ce petit monde.

Parce qu’en effet, le destin ce gentil farceur va remettre la jeune fille – qui répond au doux nom de Sheylis – sur la route des trois compères. Et parce que le destin est un fils de chien, elle s’est fait enlevée, avec une autre jeune fille, par les prêtres de crâne, une église particulièrement cruelle et avec des plans pas très nets à base de domination du monde, de prophétie à réaliser et tout.

Voilà pour nos personnages principaux. Mais toute l’histoire ne tourne pas autour d’eux. Le lecteur retrouve ainsi régulièrement les Naatfarirs, mais également le dangereux prêtre du crâne rouge ou encore l’autre jeune fille enlevée par le Crâne. Chaque chapitre prend un personnage en focus et permet d’apporter des pièces supplémentaire au puzzle que nous présente Erik l’Homme ; sans toutefois nous indiquer où elle vont.

C’est là l’une des forces du récit : seul Gaan semble savoir à quoi s’attendre, avoir toutes les réponses, le lecteur ne peut faire que des hypothèses … et les autres personnages sont focalisés sur leurs propres objectifs : échapper à leurs poursuivants etc. sans se douter d’où tout cela va les mener.

Parce qu’il est question de l’avenir de Terre-Dragon, rien que ça. Jusqu’au bout, on se demande ce qu’il va bien pouvoir se passer, comment la situation va se retourner. Et j’avouerai que je ne m’y attendais pas et qu’elle est très inventive. Chaque personnage à son rôle à jouer, qu’il le comprenne où non. Et au final, quel destin, quelle prophétie est la bonne ?

Oh, et j’oubliais un détail important. IL Y A UN PUTAIN DE FLEUVE MÉTALLIQUE sur lequel ne peuvent naviguer que des BATEAUX EN PIERRE. Si ça, ce n’est pas inventif … Oh. Et les dakans se transforment EN OURS. Oui monsieur/madame. En ours monstrueusement puissant ! .

Bref, il serait difficile de vous en dire plus sur l’histoire sans vous spoiler une grande partie des tenants et aboutissants du récit, aussi je vous  invite très fortement à lire ces trois tomes. D’une seule traite parce que vous ne pourrez pas vous arrêter.


Terre Dragon, Erik L’Homme, Gallimard Jeunesse, 11.50€ par tome, trois tomes.

Quentin

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Qui, bercé par les  contes qu’on lui racontait dans son enfance, n’a jamais rêvé de se promener dans le monde enchanté  ? Quelle folie ! C’est bien parce que j’en ai rêvé qu’aujourd’hui je vous parle du Pays des Contes, de Chris Colfer, publié par l’ami Michel Lafon.

Il y aurait beaucoup à dire mais cet article sera court, pour vous laisser le plaisir de découvrir ce monde des contes de fées par vous même. Oh, et je ne parlerai que du premier tome, pas des deux autres (le deuxième est également disponible en poche, le troisième pas encore).

Allons-y !

Alex et Conner sont des jumeaux aux caractères bien opposés. D’un côté nous avons Alex, jeune fille brillante, assidue et sans amis. De l’autre Conner, un jeune garçon rêveur, pas stupide mais incapable de se concentrer et de plus en plus sujet à d’inopinées siestes pendant les cours. Ils vivent avec leur mère dans une petite maison de la banlieue depuis la mort de leur père, un an plus tôt. Tous deux ont été bercé par les contes, lus par leurs parents mais aussi leur grand mère un peu excentrique (et rien que pour ce personnage là, j’adorerais voir le rendu au cinéma).

Oh attendez. L’histoire ne commence pas directement par là. Faisons les choses dans l’ordre…

Il était une fois, au pays des contes, une jeune reine entrant dans une cellule au plus profond de sa prison. Cette jeune reine veut des informations, veut comprendre ce qui a poussé sa prisonnière à agir. Cette reine, c’est Blanche Neige; la prisonnière sa belle-mère …

Le prologue est donc une introduction à cet univers de contes et une mise en place très délicate de l’intrigue, ne nous donnant quasiment aucun détail. Pourquoi une telle insistance de Blanche-Neige ?  Quelle importance revêt le passé de la Méchante Reine ? De tout cela, nous ne sauront rien, puisque le prologue se finit sur cette tirade de l’ex-reine :

« Je vais te parler de mon passé, ou du moins du passé de la personne que je fus autrefois. Mais je te préviens : mon histoire n’est pas de celles qui se terminent par ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. »

La narration se déplace alors sur nos deux héros … en plein cours sur les Contes.

« Les contes de fées ne sont pas simplement des histoires qu’on raconte le soir avant de se coucher. On peut trouver la solution à pratiquement tous les problèmes imaginables das la conclusion d’un conte de fées. Ces contes sont des leçons de vies déguisées, avec des personnages flamboyants et des situations improbables. […]

Aujourd’hui, les parents laissent leurs enfants devant des dessins animés stupides et des films violents. Et quand certains enfants finissent par découvrir ces contes, c’est par le biais de versions abâtardies au cinéma. Ces adaptations suppriment souvent la morale d’origine, la remplaçant par des animaux de la forêt qui chantent et qui dansent. »

On découvre dans ce passage le personnage de Mme Peters, la professeure des jumeaux – oui, ils sont dans la même classe. Un personnage soucieux de l’avenir des enfants et qui cherche à les aider, sans pour autant être laxiste, puisqu’elle punit régulièrement Conner tout en essayant de l’aider.

Bien que cela semble sans incidence sur l’histoire du roman, les apparitions de Mme Peters sont importantes pour la progression de l’histoire, mais surtout pour la mise en avant de  la manière dont les deux protagonistes vont penser et agir. Oh, et aussi un peu pour les faire évoluer.

Bref.

L’anniversaire des enfants approche et avec lui le souvenir de la mort de leur père, décédé quelques jours avant le précédent. Pour cette occasion leur mère ne peut se libérer de son travail et leur grand mère maternelle va s’occuper de gâter ses petits-enfants adorés. Grand repas et plein de cadeaux au programme ! Mais surtout le magnifique livre Le pays des contes, ouvrage marquant les longues journées et soirées pendant lesquelles leur père et leur grand-mère racontaient des histoires.

Et voilà que le livre se met à faire des choses étranges alors qu’Alex l’examine et le dorlote. Un passage semble s’y ouvrir, elle y jette des stylos qui n’en reviennent pas.

Surprise à ces tests par son frère, elle trébuche et tombe dans l’imposant livre, suivie par son frère.

On retrouve le schéma de Narnia ou Alice au Pays des Merveilles, le passage accidentel dans un autre monde, un monde mystérieux et plein de fantasy.

Une grande force de ce premier tome – je ne parle ici que du premier, je vous le rappelle  – réside dans sa capacité à faire penser le lecteur à l’intrigue de fond sans pour autant lui donner d’indices particuliers et cela apparaît dès l’arrivée des enfants dans le monde des contes puisqu’ils voient un arbre très particulier dont leur père leur parlait lorsqu’il racontait son enfance et ses lieux secrets. A partir de là, tout un tas de questions vont s’accumuler pour le lecteur attentif, il fera des hypothèses plus folles les unes que les autres. Seulement à partir de cette anecdote et de différents autres points de l’histoire, qui n’ont vraisemblablement aucun lien logique entre eux. Mais voilà, l’histoire est ainsi écrite que les éléments les plus anodins semblent importants – et qui sait, peut être le sont-ils ?

Bref.

Pour revenir à nos deux petits, ils sont sauvés par Grenouille, qui va leur donner un  journal comportant les instructions pour activer un sortilège perdu ( He! mais c’est le nom du tome 1 ! ) accordant un souhait – et un seul. Ce qui leur permettrait de retourner dans leur monde. Pour se faire ils vont devoir écumer entièrement le pays des contes afin de récupérer les ingrédients nécessaires, certains évidents pour qui connaît les contes de fées aussi bien qu’eux, d’autres plus subtils.

Mais voilà que la Méchante Reine est à la recherche des ingrédients elle aussi – et ceux-ci sont uniques. Un contre-la-montre commence alors pour les deux enfants dont les aventures vont révéler bien des secrets.

En plus court : une lecture vraiment sympathique, pleine de rebondissements et de révélations inattendues – certaines assez classiques, mais c’est autre chose. Je vais de ce pas continuer de lire les autres tomes.


Le pays des contes, Chris Colfer, Michel Lafon, 7€.

Quentin

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Obia. L’Obia te donne de la force. Il attire sur toi la bénédiction des anciens. Ceux qui sont morts ne sont pas morts. Ils marchent avec toi, dans tes pas et te protègent. L’Obia renforce ton corps mais aussi ton esprit. Si tu es en danger, tu trouveras la ressource. Les blessures éviteront ton corps et tu détruiras tes ennemis. Mais attention, si tu doutes, l’Obia te délaissera. Tu dois affronter ta peur et agir en guerrier. C’est à ce prix que l’Obia sera sur toi. Ne doutes pas et tu passeras. N’oublie pas … Tu as une mission !

Sur les routes boueuses et les chemins de terre de Guyane, à travers la jungle de tôles et de verdure, Clifton fuit. Il est tout jeune encore. A peine homme, déjà père, mais pas encore prisonnier. Il transporte avec lui les pires des passagers : la peur et la mort. Mais il a un atout de taille. L’Obia : la magie des Noirs-Marrons, ces descendants des esclaves africains qui se sont enfuis dans la foret amazonienne et dont les esprits ancestraux venus des terres d’Afrique veillent sur lui.

A sa poursuite, deux hommes que tout oppose. Marcy, le major. Géant créole pur jus, mastodonte bien en chair dont la connaissance du terrain et de ses habitants n’a d’égale que son ambition. Mais sa réputation de tête brûlée l’empêche d’avancer.
A ses cotés, Anato, le capitaine. Lui est un Ndjuka exilé. Ses étranges yeux jaunes et sa réserve naturelle dissimulent un homme tourmenté par la recherche de son passé, caché sur les rives du fleuve Maroni, frontière naturelle entre la Guyane et le Suriname.
Sur fonds de cartel de drogues et de guerre civile surinamaise, un contre-la-montre s’engage. Nous ne vous en dirons pas plus sur l’intrigue, préférant vous laisser le plaisir de la découverte.

Voici donc le troisième polar guyanais de Colin Niel, nouveau venu sur la scène du crime. Après Les Hamacs de carton en 2012 et Ce qui reste en foret en 2013, il récidive avec Obia. Reprenant avec plaisir son personnage du capitaine Anato, cet exilé à la recherche de ses racines, il explore une nouvelle facette de ce terrible bout de France perdu sur la cote Amazonienne.

Colin Niel est certes un auteur mais il a également participé à la création du parc Amazonien de Guyane – que vous pouvez visiter – et est tombé amoureux de cette région dont il parle dans son oeuvre.

A travers ses différents personnages, vous découvrirez l’histoire de cette région française d’Amérique du Sud – pour ceux du fond qui ne sauraient pas où ça se situe, la Guyane se trouve au nord du Brésil – mais aussi plus globalement, l’histoire – avec un grand H – de la région. Vous vous y imprégnerez des cultures locales et des difficultés auxquels peuvent être confrontés ses habitants si éloignés de la métropole. Car oui, Colin parle de cette société guyanaise, de ses clivages sociaux, culturels, de leurs origines, avec brio, de tous les sujets possibles et imaginables par le prisme du roman policier et des relations entre ses personnages – principaux comme secondaires – et de leurs quêtes respectives, de leurs visions du monde qui les entoure, de leurs attentes. Et ces personnages, quels personnages, hauts en couleurs, aux caractères bien approfondis, chacun représentants une face de la culture guyanaise.

Bref, ne vous retardons pas, on ne saurait que vous conseiller de lire Obia (et les autres aventures du capitaine Anato, disponibles en poche) dont vous ne pourrez sortir avant la fin tant le rythme est maîtrisé – tout comme l’écriture, d’ailleurs – allez donc vous le procurer !


Obia, Colin Niel, Rouergue,

Les Hamacs de Carton, Colin Niel, Rouergue et Babel pour l’édition poche

Ce qui reste en forêt, Rouergue, et Babel pour l’édition poche.

Quentin et Valmon

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Alors que je suis plongé dans ma lecture pour le prochain article, mon cerveau me rappelle à l’ordre.

« Hey t’as un autre article à faire pour mardi, ça serait pas mal de t’y mettre hein?! »

Je repose donc à contre cœur le pavé sur un coin de mon lit – ouais, j’ai pas de bureau – et jette un œil à la pile de livres terminés, me demandant lequel il me fallait absolument vous faire re/découvrir. Alors j’ai un peu fouillé dans ce joyeux bordel, et vu que c’est bientôt Noël, je me suis dit qu’il fallait un truc pas trop déprimant – parce que le prochain article il va pas être des plus joyeux.

Comme mes lectures sont assez déprimantes dernièrement, ça m’a pris un peu de temps. Mais voici Amours, de Léonor De Récondo, aux éditions Sabine Wespieser, publié en janvier 2015.

De quoi que ça parle ? On y suit différents personnages dans un huit-clos (enfin quasiment un huit-clos, à de rares scènes près) dont l’histoire se déroule au début du XXe siècle. Victoire, d’abord, est une jeune femme mariée à Anselme de Boisvaillant, notaire taciturne, dont le passé et les origines le préoccupent. Nous avons ensuite Céleste, la très jeune bonne de la maison ainsi que Huguette et Pierre, le couple qui s’occupe de tenir la propriété.

Bien, maintenant que l’on sait à qui l’on a affaire, on va voir de quoi il retourne précisément.

Comme vous l’aurez sans doute compris, l’histoire se passe dans une famille bourgeoise du début XXe. Monsieur et Madame sont mariés depuis quelques années maintenant mais n’ont pas encore d’enfant, ce qui pose un léger problème socialement parlant. Et ce n’est apparemment pas le seul problème de ce couple … D’un côté, Madame ne prend pas plaisir aux rares relations avec son mari et semble considérer les relations sexuelles comme quelque chose d’assez malsain. De l’autre côté, Monsieur semble préférer sa servante. Enfin. Son travail semble passer avant tout ça, le sexe ne venant que lorsque l’envie lui prend. Le roman s’ouvre d’ailleurs sur cette scène où Anselme s’amuse avec une Céleste faisant tout pour ignorer sa présence… C’est également de cette manière que réagit Victoire lorsque vient le moment d’essayer de donner un héritier à belle-maman.

Eh attendez ! On dirait fort une histoire déprimante là. Celle d’un couple dans lequel rien en va et qui commence à se fissurer. Ah mais vous pensiez que c’était là toute l’histoire ?  Bien sûr que non. Au-delà de ces aspects assez sombres du roman, Amours est avant tout un roman sur l’amour. Sur plusieurs relations, passées et présentes, et un peu futures dans un sens.

Vous l’aurez compris j’imagine, nous sommes au début du XXe siècle dans un milieu bourgeois où donner un héritier – mâle si possible, faut pas déconner – est un point important de la vie maritale. Or les rares et peu satisfaisants rapport du couple ne risquent pas de les amener dans cette direction. En revanche les « relations » entre monsieur et sa bonne …

On se retrouve avec une bonne enceinte, ce qui dans une autre famille et à la même époque l’aurait amenée au chômage avec une petite compensation pour son silence, mais ici, la bonne et l’enfant gagnent le droit de rester. Mieux ! L’enfant trouve des parents et une bonne bien charmante.

Just kidding. Une mère jalouse et un père fier mais absent.

Une grande partie de la force du roman, c’est la force de la description des sentiments, de l’amour maternel – qu’ils soient de la vraie mère ou de la mère adoptive – de la découverte de l’autre.  Mais c’est aussi la découverte de l’amour et du corps, la folie qu’apporte ce sentiment nouveau pour les personnages impliqués. Il en sort une douce poésie, celle de l’interdit, celle de l’amour parfait, de la relation naissante menée par le hasard mais également celle d’une relation ancienne, belle, qui surmonte tous les handicaps que la vie lui impose : l’éloignement, la guerre, l’infirmité, les secrets …

Ce que nous raconte ce roman, c’est la société de l’époque, sa vision de la famille, ses attentes, ses secrets que l’on cache le plus loin possible. Mais aussi, paradoxalement, c’est la force de certaines personnes à agir selon leurs sentiments, même s’ils vont à l’encontre de ce que la société attend d’eux. C’est aussi la différence entre la société bourgeoise provinciale et la société parisienne plus libérée (ou indifférente, selon votre vision de la scène).

Que nous faut-il pour ouvrir les yeux et oser voir en face nos propres sentiments ? Les assumer, les montrer et les partager sans attendre sous peine de le regretter amèrement dans le futur ? Peu importent les obstacles, le bonheur trouve son chemin, ne serait-ce que pour un temps.

Bref c’est un très bon roman sur la découverte des sentiments, auquel je reprocherais peut être sa quatrième de couverture un peu trop détaillée; mais au final ce n’est pas si grave puisque le style d’écriture très musical de Léonor De Récondo entraîne le lecteur dans une histoire dont il ne peut ressortir avant la fin, même en ayant connaissance d’une part importante du récit.


Amours, Léonor De Récondo, Sabine Wespieser Editions, 21€.

Quentin

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Jusqu’où des auteurs peuvent-ils amener leurs lecteurs à réfléchir ?   Sur quels sujets peut-on encore amener à penser ? Motorô Mase, auteur de l’excellent Ikigami dans lequel il invite à réfléchir sur la société, ses responsabilités et ses limites, la vie et la mort programmée et la psychologie de l’humain, travaille actuellement sur Demokratia, une nouvelle série dont trois tomes sont parus en France, chez Kaze et cinq au Japon, chez Shôgakukan (qui a d’ailleurs racheté Kaze en 2009).

Alors, que raconte cette nouvelle série ?

On y suit Taku et Hisashi, deux jeunes génies dans leurs domaines respectifs. Le premier est un ingénieur talentueux dont la dernière trouvaille a été achetée par une grande firme, le second est un expert en robotique. Ils font connaissance au cours d’une soirée dans un bar, verre à la main, le courant passe, les idées se rejoignent…

Ensemble, ils mettent au point Mai, un robot humanoïde si perfectionné que personne ne peut la distinguer d’une véritable femme. Leur idée est simple, Mai n’est pas autonome, elle est contrôlée à distance par les votes de 3000 personnes choisies au hasard. Chaque action, chaque parole passe par le vote des « joueurs » – à défaut d’un autre terme – connectés. Ce système de vote est l’apport de Taku au projet, une méthodologie permettant de faire apparaître les choix de tout le monde.

Chaque utilisateur peut entrer une proposition d’action, l’algorithme analyse les propositions de tous ceux qui soumettent quelque chose, et regroupe ensemble celles qui vont dans le même sens. Celles qui apparaissent le plus de fois sont soumises au vote des joueurs. De même que certaines propositions « uniques », c’est à dire soumises par une seule personne. Ce qui permet d’avoir des idées propres à des personnes ayant des connaissances spécifiques dans des situations données.

Afin de garder le secret du projet, les joueurs ne peuvent ni voir et ni entendre les noms des personnes avec lesquelles ils interagissent et des lieux où ils se trouvent. En dehors de ces points, ils peuvent la diriger à peu près n’importe où et faire ce qu’ils veulent, tant que la majorité est d’accord.

Voilà pour les bases de Demokratia.

Il n’y a donc pas de personnage principal au sens typique du terme. Mai n’est qu’un robot sans conscience, contrôlé par des centaines d’anonymes et créé par deux génies qui ne gardent qu’un contrôle limité sur leur création. Demokratia c’est donc Mai qui rencontre des gens et influe sur leurs vies, d’une manière ou d’une autre, mais qui influe également sur celles de ceux qui la contrôlent.

Une telle construction narrative, à travers les choix d’individus anonymes amène plusieurs questions intéressantes, pour certaines déjà traitées d’une autre façon dans Ikigami  :

Quand le drame arrive, où se situe la responsabilité de chacun ? Peut-on fuir ses responsabilités, les ignorer ?

Jusqu’où peut-on intervenir dans la vie de quelqu’un ?

Quelle est la limite entre sagesse et folie ? Quels sont les dangers inhérents à un réseau social – car au fond, c’est ce qu’est Démokratia en permettant à des inconnus de contrôler ensemble un projet et de débattre de leurs actions et de leurs responsabilités— ?

Qu’est ce que l’anonymat ? La haine ? Qu’est ce qui conduit à la haine de l’autre, au repli sur soi ?

Quelles sont les limites de la démocratie, appliquée à cette expérience ? Un ensemble d’inconnus tend-il vers la sagesse ? Le débat est-il nécessaire pour avancer ou conduit-il à une impasse ?

C’est également une réflexion sur l’humanité. Qu’est ce qui fait de quelqu’un un être humain, qu’est ce qui délimite le bien du mal ?

En bref, Demokratia apporte une très bonne réflexion sur beaucoup de sujets, dans la continuité de la précédente série de l’auteur.

Tiens, ça tombe bien, le quatrième tome sort aujourd’hui. Quel merveilleux hasard ! Je vous laisse donc découvrir cette superbe série, en achetant tous les tomes disponibles d’un seul coup, parce que sinon vous serez extrêmement frustré(e) de devoir vous re-déplacer pour acheter la suite une fois arrivé à la fin d’un tome. Bon il vous faudra quand même attendre la sortie du tome 5. Puis des autres. Mais ça vaudra le coup. Motorô Mase ne déçoit jamais, et si vous ne l’avez pas encore lu vous pourrez toujours patienter en vous plongeant dans Ikigami et ses dix tomes.


Demokratia (4 tomes disponibles), Matorô Mase, Kaze, 9.99€/u.

Quentin

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Et si on parlait cinéma ?  Non, pas récent. Mythique. Mythique comme peuvent l’être les films des Monty Python. Emblème du cinéma influencé par le surréalisme et surtout égérie de l’humour britannique. Les six membres  originaux de ce petit groupe ont réalisé rien de moins que Holy Grail (1975) The Meaning of Life (1983) ou encore Life of Brian (1979). Si vous ne les avez pas déjà vu, je vous exhorte à le faire (rien que ça !) (et en anglais sous titré, pour plus de fun, comment ça « non » ? ).

Terry Gilliam est l’homme à tout faire – ou presque – de la troupe. Tour à tour producteur, réalisateur, auteur, acteur, parfois un peu tout à la fois… Il a travaillé sur de nombreux projets au fil des décennies, car c’est le réduire que de se contenter de l’enfermer au  rôle majeur qu’il a joué dans la culture britannique – et la culture populaire en générale – à travers l’oeuvre des Monty Python, et l’héritage que le groupe laissse derrière lui avec toute l’influence que cela suppose.

Comme les dates de sortie des films des Python l’indiquent, Terry il est plus tout jeune maintenant, mais toujours aussi actif, avec ou sans les Python restants, Chapman ayant rejoint un au-delà probablement truffé de questionnement alambiqués pour passer le moindre pont. C’est notamment lui le producteur de L’imaginarium du docteur Parnassius, dernier film dans lequel apparaît Heath Ledger (aka le Joker dans Dark Knight).

Aujourd’hui nous allons donc parler de son autobiographie, récemment parue aux éditions Sonatine : Gilliamesque. La couverture est géniale. Tout simplement, le travail réalisé sur cette illustration n’aurait pas pu représenter mieux le Monsieur et son oeuvre.

Premières pages, première surprise – parce que je n’avais jamais fais attention jusqu’alors – Terry Gilliam est américain et non britannique. C’est d’ailleurs le seul  du groupe. Il nous raconte donc sa vie, en essayant d’en faire le tour, en restant objectif, ce qui est en soi compliqué- surtout quand on aime parler de soi. Comme il le dit lui même en introduction « comme ma femme ne se lasse pas de me le répéter, le peu de mémoire qui me reste est dangereusement sélectif », aussi il y aura des trous, fatalement. Surtout que le bonhomme n’est pas du genre à tenir un journal.

Mais peu importe, même dessiner les contours du personnage, de sa vie et de son parcours permettent de mieux cerner le génie de cet homme, né aux Etats-Unis, élevé dans le Minessota et révélé sur les terres de la reine colonisatrice mais aussi à Hollywood.

Cette autobiographie, c’est l’histoire de ses rencontres, tant avec des inconnus qu’avec d’autres grands de son siècle, acteurs, musiciens … Le parcours effectué par Terry au fil d’une vie extrêmement riche. Opportunités, désillusions.

Mais c’est également l’évolution de la société américaine, des mœurs, les différences culturelles entre le vieux et le nouveau continent. Un panorama de différentes époques et de leurs influences.

Vous trouverez également beaucoup d’illustrations, de photos, de dessins réalisés par Terry ou le représentant car il n’est pas qu’un homme de cinéma il est aussi dessinateur et plein d’autres choses.

Je n’en dirais pas plus sur le contenu, en lui même, puisqu’il s’agit d’une biographie et que tout l’intérêt est de découvrir par vous même la vie de ce génie. Vous pouvez quand même vous attendre à de nombreux traits d’esprit, beaucoup d’humour, un brin de cynisme et de la folie.

A posséder pour tout cinéphile qui se respecte. Et les autres.


Gilliamesque, Terry Gilliam, éditions Sonatine, 25€.

Quentin

Voilà un moment que je n’avais pas pris mon clavier pour vous parler d’un livre intéressant – mais si ! – et pour cause je me suis envolé pour bosser au loin. Il est donc temps de remédier à ce manque.

Il y a quelques temps, est arrivé dans nos librairies un ouvrage étrange de par son aspect. Intrigué par le format, la maquette générale de l’ouvrage et un titre accrocheur, je me jette dessus et l’emmène chez moi pour voir si l’histoire en elle-même vaut le coup d’œil. Et quelle bonne surprise ce fut…

Parlons donc brièvement de l’histoire. Comme son titre l’indique, Horrostörest un roman d’horreur et, pour les petits malins, vous aurez compris que le roman prend place dans un magasin. Mais pas n’importe lequel, un magasin style IKEA, nommé Orsk. De nuit, bien sûr, parce que de l’horreur de jour, ça marche quand même moyennement. Depuis quelques temps, il se passe des trucs bizarres la nuit, alors qu’il ne devrait y avoir personne – si les gardes faisaient correctement leur job avant de partir – les employés retrouvent le matin des substances … bizarres sur des meubles, des objets sont brisés. Le responsable du magasin va donc demander à deux de ses employées de rester la nuit pour régler le problème, puisque les caméras s’éteignent automatiquement entre 2 et 7h du matin.

La nuit avançant, ils découvrent qu’ils ne sont effectivement pas seuls dans l’immense magasin, en fait beaucoup moins seuls que prévu.

Quels sont les points forts de ce roman de Grady Hendrix ?  Les attaques frontales tout d’abord, parce qu’avant d’être un roman d’horreur, c’est un roman critique. Le management à l’américaine, les méthodes des grands magasins pour faire consommer, la torture et l’expérimentation, mais aussi les reality-shows dédiés aux chasseurs de fantômes et autres mythbusters. Tout un tas de sujets franchement joyeux, taclés avec application et intelligence, mais pas trop de subtilités – faut pas déconner quand même.

Le décalage entre les personnages ensuite, notamment entre Amy et son supérieur, aux caractères très différents, ce qui amène des clashs à la limite de la parodie, très drôles. Vous vous doutez bien qu’un roman qui critique avec autant de « subtilité » ne peut qu’avoir un personnage principal cynique ; ce personnage c’est Amy et son opposé c’est Basil, son responsable donc. En apparence en tout cas, il semble vivre pour Orsk, ce qui irrite au plus haut point Amy, qui ne comprend pas comment c’est possible, elle qui ne fait ce job que par défaut.

La maquette de l’ouvrage, principal attrait initial du roman, est utilisée intelligemment tout au long de l’intrigue. Chaque début de chapitre s’ouvre sur une page meuble type catalogue IKEA.

Quid de l’horreur ? Elle est bien amenée, progressivement, à la manière d’anciens films du genre. La formule reprend des mécanismes bien huilés et déforme des mythes hantés pour mieux les utiliser, gardant leur efficacité. rien de très nouveau donc, mais le tout étant bien amené, cela en fait un bon roman de genre.

Mais tout ceci n’est pas sans maladresses. Bien que l’intrigue, et les personnages soient intéressants, la traduction – tout du moins c’est ce que je suppose – fait parfois faux bond, ce n’est en soit pas très dérangeant mais des lecteurs tatillons pourraient ne pas aimer le roman pour cette raison. Les relations entre les personnages gagneraient à être plus développées, tout comme leurs psychologies et leurs passés. Attention, je ne dis pas que ces points sont mal développés, dans l’absolu ils le sont, mais j’aurais apprécié en savoir plus, même si ce n’est pas quelque chose de nécessaire à ce style de roman humoristico-horrifique.

Enfin, le point jesaispassicestbonoupas : la fin. Je ne spoilerai pas mais celle-ci est ouverte et amène à se poser des questions supplémentaires, à avoir des attentes renouvelées auxquelles le roman ne va pas répondre.

Globalement, ce roman est vraiment sympa et plein de bonnes idées, je vous invite à le lire pour une lecture-découverte originale. Bonne lecture et à bientôt !


Horrorstör, Grady Hendrix, Milan, « Milanetdemi », 17€.

Quentin.