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Archives d’Auteur: Armand

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Junji Ito est l’un des maîtres du manga d’horreur actuel. Très inspiré par les travaux de Kazuo Umezu (auteur repris en main depuis peu par Le Lézard Noir), Ito est un génie de l’ambiance et sait créer des atmosphères génialement oppressantes. Son œuvre la plus aboutie (en tout cas à mon sens), reste encore aujourd’hui Spirale.

On y suit Kirié et Shuishi, un jeune couple vivant à Kurouzu, petite ville isolée et sans histoire. Ito pose un cadre rassurant, ou les personnages vivent paisiblement au sein d’un contexte familiale sain… avant de d’introduire une série d’anomalies qui va semer la confusion de plus en plus intensément à Kurouzu. Tout ces événements sont liés à la Spirale, simple figure géométrique qu’Ito a le génie d’ériger au rang d’entité paranormale et malsaine. Le quotidien s’effrite irrémédiablement et l’horreur s’installe grâce aux graphismes inquiétant du maître, peuplé de personnages dégingandés aux yeux fous.

Étrange et parfois gore, Spirale est un pilier du manga d’horreur, une œuvre culte et merveilleuse. Détail amusant, la post-face de l’édition intégrale, qui analyse l’œuvre comme une critique du capitalisme et d’une société de plus en plus nombriliste, a été démentie par Ito lui-même.


Spirale, Junji Ito, Tonkam, 29.99 €

Armand

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Kenzô Tenma est un chirurgien de génie d’origine japonaise qui officie en 1986 en Allemagne de l’ouest, et plus précisément à Düsseldorf. Son mariage avec la fille du directeur de l’hôpital dans lequel il travaille se profile, et sa vie semble vouée à un épanouissement total.

Cependant, lorsqu’il décide de sauver un jeune enfant blond atteint d’une blessure à la tête au lieu du maire de la ville, ses supérieurs corrompus lui font comprendre que sa carrière ne fera finalement que stagner, et sa fiancée Eva le quitte dans la foulée. Peu après, Johan, le jeune garçon qu’il a sauvé, et sa sœur jumelle Anna disparaissent de l’hôpital, tandis que le directeur et deux autres responsables sont retrouvés assassinés dans leur bureau. Tenma se voit propulsé chef de service, et toute cette affaire reste irrésolue pendant dix ans, jusqu’à cette série de crime perpétuée par un jeune homme blond, Johan…

Tout ceci en quelques chapitres, il ne s’agit que du préambule d’une série de huit gros volumes (également déclinée en un anime de 74 épisodes). Monster est une œuvre complexe et tentaculaire, un polar sombre et profondément humaniste, l’une de séries cultes du génie Naoki Urasawa.

Tenma, sans aucun doute l’un des personnages les plus profondément bons et altruistes toutes œuvres confondues, tente d’aller contre sa nature et de retrouver Johan pour le tuer, et ainsi réparer son erreur d’il y a dix ans. Si cette enquête constitue l’une des facettes principales du récit, de nombreuses autres viennent s’y greffer, et Urasawa n’a pas son pareil lorsqu’il s’agit de créer une galerie de personnages plus ou moins importants, mais tous développés, tous parfaitement humains et crédibles, que les graphismes uniques du mangaka achèvent de rendre palpables. L’auteur a également un don certain pour la mise en scène, très travaillée, considérée à juste titre comme cinématographique, il excelle dans la représentation des scènes d’émotion et de tension, et sait également gérer à merveille un suspense haletant. Et des mystères, des révélations, des twists et que sais-je encore, Monster en contient à foison, et c’est absolument délicieux à lire.

Il y a encore la fidélité des paysages et bâtiments allemands, ainsi que du contexte politique, l’ampleur incroyable que prend l’œuvre, toujours plus immense tout en se faisant plus intimiste et plus secrète, les scènes d’apocalypse dantesques, les tortures et manipulations psychologiques en tout genre, les morts tragiques, les faux semblants piégeux, et le tout finalement nimbé dans une aura d’optimisme indéfectible, qui transparaît toujours, même dans les instants les plus noirs.

Vous ne savez pas quoi lire ? Lisez Monster.

Vous n’aimez pas les mangas ? Monster est si unique qu’il vous fera oublier vos a priori.

Vous avez déjà lu Monster ? Recommencez.


Monster, Naoki Urasawa, éditions Kana, Huit volumes à 15.90 € unité.

Armand

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Le sujet abordé ici n’englobera pas tout les mangas ou le personnage D’Eikichi Onizuka fait une apparition, mais uniquement ceux centrés sur son activité en temps que professeur. Donc pas de Shonan Junaï Gumi (Young GTO), Bad Company, GTR et autre Ino-Head Gargoyle.

C’est sous la plume de Tôru Fujisawa que tout commence, lorsqu’il décide en 1997 de reprendre l’un des personnages centraux de son précédent manga Shonan Junaï Gumi pour le propulser dans une toute nouvelle intrigue. Eikichi Onizuka, ex-loubard au grand cœur et éternel puceau septième dan de karaté a aujourd’hui 22 ans et décide à la surprise général de devenir professeur dans un lycée (le but premier étant toutefois de coucher avec « les petites lycéennes »). Il parvient par une suite de hasards improbables à obtenir un poste non pas dans un lycée, mais dans un collège, en temps que professeur principal de la pire classe du bahut. À partir de ça, GTO (au fait, c’est l’acronyme de Great Teacher Onizuka) créer toute une mythologie, et une multitude de codes qu’il réutilise plus ou moins intelligemment durant les vingt-cinq volumes de la série.

Onizuka va passer son temps à remettre dans le droit chemin des élèves désabusés et détestant plus que tout « les adultes », ce qui l’amènera régulièrement à se mettre dans des situation absolument folles. Il sauvera nombre d’élèves du suicide en sautant d’un toit pour les rattraper, se battra contre la mafia, sera poursuivit par la police, essaiera de perdre sa virginité sans le moindre succès, j’en passe et des bien pires.

GTO n’est pas un manga réaliste pour deux ronds, et la quasi-totalité de ses personnages sont des clichés, et très souvent des crétins finis, mais l’œuvre fait preuve d’un panache et d’une fantaisie si rafraîchissante et amusante, qu’on lui pardonne aisément tout ses défauts. Le personnage d’Onizuka en particulier est si imprévisible et altruiste qu’il est aujourd’hui l’un des personnages les plus cultes et les plus attachants de l’Histoire du manga.

Le manga donne lieu à un anime qui reprend environs la première moitié des tomes, anime dont je conseille exceptionnellement la VF, qui recèle de très nombreuses perles et bénéficie entre autre des doublages merveilleux de Benoît Du Pac.

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Sauf que Torû Fujisawa aura du mal à retrouver l’inspiration et le succès après la fin de GTO en 2002. Il multipliera les séries courtes, pour la plupart très mauvaises, et qui plus est souvent inachevées. Résultat, l’auteur décide en 2009 de reprendre son personnage phare avec GTO – Shonan 14 Days, un spin-off qui prend place au milieu de l’intrigue de GTO, alors que dans le manga original avait lieu une ellipse de 14 jours pendant laquelle Onizuka était supposé être hospitalisé. Sauf qu’incapable de tenir en place, notre héros s’était aussitôt fait la belle pour se retrouver dans un pensionnat pour adolescents dont les parents ne sont pas en mesure de s’occuper.

Si c’est l’occasion de traiter de thèmes plus graves tel que la maltraitance, encore une fois à travers les relations parents/enfants, l’auteur ne retrouve pas dans ce spin-off toute l’originalité de la série initiale. Durant neuf volumes, et malgré quelques courts moments de génie, Fujisawa va multiplier les clichés et auto-caricaturer son propre manga jusqu’à l’outrance. Série donc totalement oubliable, si l’on excepte le travail informatif sur la maltraitance présent entre chaque chapitre, très instructif, et les passages avec Uchiyamada (sous directeur de l’établissement dans GTO, il a Onizuka en horreur), absolument hilarants.

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Et Fujisawa mit à nouveau le Great Teacher au placard… jusqu’en 2014.

Grand re-retour d’Onizuka avec GTO – Lost Paradise,cette fois-ci dans une suite directe de GTO, ou l’on retrouve un Onizuka en prison, qui va entreprendre de raconter à ses quo-détenus comment il en est arrivé là. Et on apprend donc que l’éternel casse-coup s’est retrouvé prof dans une classe d’élèves stars (idoles de groupes en vogue, acteurs…), évidemment pour la plupart teignes détestables.

On prends les mêmes et on recommence donc, cette fois-ci à mon sens avec un certain succès. Si on ne retrouve pas la surprise et le brio des plus grand moments de GTO, au moins on s’éclate face à une intrigue certes prévisible pour qui connaît l’auteur, mais très divertissante (et c’est toujours un plaisir de revoir Onizuka en action). Cela dit le manga ne compte pour le moment que deux volumes de par chez nous, donc difficile de réellement juger cette nouvelle mouture.

Enfin, je regrette personnellement l’évolution des graphismes au cours de la saga, qui n’ont eu de cesse de se faire plus précis, mais également plus lissés, perdant énormément de leur charme initial.

Bref, si vous ne connaissez pas GTO, je ne peux que vous encourager à vous tourner vers la géniale série originale, et pour les plus grands fans, à allez jeter un œil aux spin-off et suites, quitte toutefois à être déçu.


GTO, volume double (série simple plus disponible), 13 tomes, Tôru Fujisawa, Pika éditions, 13.90 € unité

GTO – Shônan 14 Days, 9 volumes, Tôru Fujisawa, Pika éditions, 6.95 € unité

GTO – Lost Paradise, 2 volumes en cours, Tôru Fujisawa, Pika éditions, 6.95 € unité

Armand

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Gurb

18h. 00 Je décide de commencer à rédiger ma chronique pour demain. Sans nouvelles de ma motivation.

18h. 06 Donc c’est l’histoire de Gurb, un extraterrestre qui disparaît dans Barcelone déguisé en Madona.

18h 07 Sans nouvelles de ma motivation.

18h 08 Sans nouvelles de ma motivation.

18h 09 Sans nouvelles de ma motivation.

18h 10 …

18h 11 Vous connaissez la blague de toto qui va à l’école ?

18h 12 Je fais une pause de 5 minutes et je m’y remet.

23h 47 L’auteur, c’est Eduardo Mendoza, l’un des plus fameux romanciers espagnols contemporains, et l’ouvrage est brillamment traduit par François Maspero. Sans nouvelles de ma motivation.

00h 29 J’ai suivi la piste d’un vieux dealer russe qui traîne toujours dans l’un ou l’autre des bars de Vincennes, paraîtrait qu’on aurait aperçu ma motivation vers Châtelet, je suis cette piste.

01h 51 Elle est là, dans un piteux état, mais bien vivante. Quelques shots de Vodka et elle repart de plus belle. Mon devoir va pouvoir être fait.

01h 52 Sans nouvelles de Gurb est un roman humoristique et satirique écrit sous la forme d’un journal de bord. L’écriture mélange subtilement descriptions cliniques et langage familier voire vulgaire, créant ainsi une ambivalence de style proprement hilarante. L’auteur emploie également énormément de comique de répétition, et dresse un portrait gentiment critique de l’homme moderne et de nombre de ses comportements vains, tout en tournant en dérision la logique faussement implacable du narrateur extra-terrestre et de sa condescendance exacerbée.L’ouvrage est très court, mais aurait-été répétitif sans la capacité de Mendoza à enchaîner les situations délicieusement absurdes.
Sans nouvelles de Gurb est tout simplement un must-read de la littérature espagnole, et un…

01h 53  Sans nouvelles de ma motivation.


Sans nouvelles de Gurb, Eduardo Mendoza, Points, 6.50 €

Armand

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La dystopie est un genre qui compte quelques ouvrages aujourd’hui considérés comme des classiques, dont de nombreux auteurs se sont par la suite inspirés. Fahrenheit 451 de Ray Bradbury et La brigade de l’œil de Guillaume Guéraud forment un exemple très intéressant de réinterprétation d’un même thème, par delà le temps et l’espace.

Fahrenheit 451 est un roman américain de 1953, et La brigade de l’œil un roman français de 2007 qui présentent donc de très nombreux points communs, le second étant entre autres choses un hommage au premier, comme les synopsis des deux œuvres le laissent clairement entendre.

Fahrenheit 451 prends place dans un futur incertain ou les « pompiers » ont pour tâche de brûler tout les livres existants encore, ces derniers ayant été interdit. La population vis dans une sorte de bonheur léthargique entretenu par les programmes télévisuels et la violence, comme lobotomisée par la jouissance immédiate et irréfléchie que lui procure à foison une société ultra-capitaliste.

Dans le roman de Guéraud, la « loi Bradbury » interdit tout type d’image, du dessin au cinéma en passant par la photographie, et la brigade de l’œil a pour objectif de débusquer les dernières images et de les brûler, en même temps que les rétines de leurs propriétaires. Cette société fait en revanche l’apologie de la littérature, la population est très cultivée et les inégalités sociales ont en bonne partie disparu.

Une des caractéristiques de la dystopie est qu’elle est à la base un projet d’utopie, et sous un certain angle, les sociétés décrites par les deux auteurs sont des réussites.

La disparition de la littérature dans Fahrenheit 451 a brisé les inégalités sociales (du moins au sein de la ville dans laquelle a lieu l’action), non pas du point de vu financier, mais du point de vu de l’ego. Tout le monde est égal dans sa stupidité, personne ne parle d’autre chose que du dernier programme télévisé. Qui plus est, l’absence de choix à faire dans leur vie les empêche de se poser la moindre question, et évite donc la plupart des contrariétés.

De même, Rush Island, ou se déroule l’intrigue de La brigade de l’œil est un exemple en terme d’éducation, et la bourgeoisie à été abolie, entre autres réformes sociales.

Le bonheur face à la liberté.

Si Bradbury va dans un extrême qu’il présente d’ailleurs comme un échec, Guéraud semble quant à lui avoir trouvé un bon compromis. Et c’est là que les deux œuvres diffèrent grandement. Dans Fahrenheit 451, la disparition des livres est une cause directe de la stupidité du peuple (bien que l’on ne sache pas précisément si c’est un cycle qui s’est mis en place naturellement à tout les échelons ou si c’est une volonté des puissants), alors que dans La brigade de l’œil, l’interdiction des images et les réformes sociales n’ont pas de réel lien, ils sont seulement survenus au même moment et par la volonté d’une même personne, qui fait croire au peuple qu’il y a un lien de cause à effet.

Les combats menés par Montag (le pompier qui se retourne contre le système dans Fahrenheit 451) et Kao (le jeune lycéen qui œuvre pour la réhabilitation des images dans La brigade de l’œil) ont donc une différence de nature évidente, la réussite du premier étant garante de résultats concrets, alors que le second est majoritairement symbolique.

Dans Fahrenheit 451, l’éminence grise qui a poussé le monde à l’état dans lequel il est a réussi à ce que le peuple se soit totalement désintéressé de la littérature, en plus du fait qu’elle soit désormais illégale. Dans La brigade de l’œil, un noyau tenace de résistants œuvre dans l’ombre, et une grande frange de la population nourrit toujours une curiosité secrète vis à vis des images, bien qu’elle soit teintée de peur. Si la volonté du retour des livres est vitale dans Fahrenheit 451, elle n’est pas indispensable dans La brigade de l’œil, et n’est la source que d’une passion pour le média disparu, voire d’une simple curiosité pour ceux qui ne l’on jamais connu, et dans tout les cas d’une volonté morale, celle de s’opposer à un interdit absurde.

Il est également intéressant de voir dans quelle mesure une œuvre personnalise un art. Inconsciemment, le lecteur (ou le spectateur) fait l’amalgame entre les actions des hommes et ce qui serait une nature bonne ou mauvaise d’un art. Dans Fahrenheit 451, la littérature est victimisée, on en fait un martyre, se qui contribue à faire son apologie. À l’inverse, La brigade de l’œil place la littérature dans une position hégémonique telle qu’elle semble presque antipathique, là ou le cinéma est à son tour malmené, et mit sur un piédestal par le lecteur. Des arts qui par ailleurs ne sont pas égaux entre eux, la littérature étant dans l’inconscient collectif considéré comme plus nobles que le cinéma, le cinéma plus noble que la BD, la BD plus noble que le manga. Quelles que soit ses affinités, la tentation de dénigrer tel ou tel type d’art pour faire l’apologie du sien, et par son intermédiaire, de soi même, est une tentation à laquelle beaucoup cèdent. C’est d’ailleurs à cette fierté que tient le pouvoir du gouvernement de Rush Island, la littérature étant présentée comme un art supérieur et le cinéma comme un art décadent, le peuple s’abîme dans sa prétendue supériorité et s’enorgueillit de sa culture « noble », qui l’aveugle.

Intéressons nous enfin aux différences spécifiques liées aux contextes des deux œuvres.

Fahrenheit 451 peut être considéré comme une critique du maccarthisme, et comme un appel aux artistes et intellectuels de l’époque à s’opposer à la Peur Rouge. Dans tout les cas, la portée critique constitue l’essentiel du roman de Bradbury, et chaque ligne du roman va dans le sens du propos général. Tout est très net, mesuré, il exprime ses craintes vis à vis d’un futur possible (et même en bonne voie), il propose l’imagination, l’écriture et l’esprit comme remède, sans jamais perdre de vue son postulat critique.

La brigade de l’œil est bien d’avantage un produit d’une multitude d’influences. C’est une lettre d’amour au septième art et un hymne à la liberté, mais l’intrigue y est beaucoup plus libre. L’auteur développe ses personnages non pas pour qu’ils servent le propos, mais pour les humaniser, et s’autorise de nombreuses fantaisies en aucun cas crédibles, mais en accord avec une personnalité d’auteur ayant baignée dans une culture populaire à base de super-héros. Un amour de la trivialité combiné à une exhortation à l’appropriation de notre patrimoine visuel, et à son utilisation avec intelligence, Guillaume Guéraud sait que les images sont sources de miracles comme de dangers.

Une œuvre classique et une œuvre contemporaine, deux excellents romans aux thèmes si similaires et si diamétralement opposés, Fahrenheit 451 et La brigade de l’œil sont deux visions dystopiques étroitement liés à l’art et à sa place dans la politique.


Fahrenheit 451, Ray Bradbury, Folio SF, 5.80€

La brigade de l’œil, Guillaume Guéraud, Le Rouergue, 14.20€

La brigade de l’œil, Guillaume Guéraud, Folio SF, 8€

Armand

Moloch

Sur Vingt-et-un-livres, on parle beaucoup de polar, mais majoritairement de polar anglophone. Parlons aujourd’hui d’un des plus grands auteurs de romans policiers français (qui avait déjà été mis à l’honneur sur le blog avec l’article de Quentin sur l’excellent Mygale), j’ai nommé Thierry Jonquet.

Et plus précisément son roman Moloch.

Jonquet place presque systématiquement ses intrigues en France (le plus souvent à Paris), et de façon très précise, quiconque a déjà visité les lieux dont il est question dans ses œuvres s’y croirait. Tout commence ici à proximité de la Porte de la Chapelle, où trois enfants sont retrouvés carbonisés dans une maison délabrée. L’enquête débute aussitôt.

Une nouvelle fois, Jonquet fait la démonstration de son talent de narrateur, nouant les intrigues à priori sans aucun lien pour mieux les réunir au moment opportun et surprendre son lecteur. Du groupe d’enquêteurs aux entretiens d’un psychologue avec un client obnubilé par le sang, en passant par le cas étrange d’une petite fille hospitalisée dont on peine à définir le mal, l’auteur dresse une multitude de portraits intrigants ou fascinants, parmi lesquels Charlie, jeune homme simplet mais malin, parfois cruel mais le plus souvent terriblement attachant, sans aucun doute le personnage le plus touchant et le plus crédible du roman.

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Nozokiana 1

Je ne suis pas un spécialiste du Hentaï, mais de mémoire, les mangas traitant de sexe de façon explicite tout en ayant un scénario qui n’est pas qu’un prétexte se compte en France sur les doigts d’une main (une fois qu’on a exclu l’ero-guro, dont le sexe n’est qu’une des thématiques). Les meilleurs sont à mon sens Blue et La fille de la plage. Et il y a Nozokiana. Qui commençait bien.

On y suit Kido, jeune homme rentrant à la fac et s’installant dans un nouvel appartement. Lorsqu’il s’aperçoit qu’un trou laisse entrevoir l’intérieur de l’appartement voisin, sa voisine, Emiru Ikuno, lui propose alors un jeu de voyeurisme consistant à s’épier mutuellement et à tour de rôle.

Le pitch de départ était attrayant, d’autant plus que les éditions Kurokawa ont effectué un excellent travail d’adaptation, en particulier avec ce concept de couverture en forme de trou de serrure par lequel on aperçoit chaque fois une Emiru plus que lascive, et la possibilité d’ôter la jaquette (on y est encouragé par l’encart « déshabillez-moi ») pour en voir un peu plus. Bref, Nozokiana laissait présager d’un manga de sexe plus réfléchi que la moyenne.

Et le premier volume confirme cette bonne impression. Concept original, personnages intéressants, vraisemblance du propos malgré son côté décalé, dessins sublimes, représentations des scènes de sexe avec une maestria certaine, bref, le manga commence très bien.

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