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Archives d’Auteur: Ledoncarlo

Salut les loustics, prévention du jour : mieux vaut ne pas laisser traîner ses mains sous les coussins des vieux canap’ abandonnés. De un c’est dégueulasse et pour peu que vous vous coupiez bonjour le tétanos; secundo il est probable que vous tombiez entre deux plis de tissu sur le seul moyen d’empêcher l’invasion de la terre par un dictateur extra-terrestre. Bah oui on vous avait prévenu, après si vous n’en faites qu’à votre tête faut pas venir chialer.

Comment ça c’est le 24 décembre et faut que je me calme ?!

M’enfin ils le savent maintenant que le Père Noël n’est qu’un biéreux qui traîne dans les salons des maisons mal fermées pour taper dans les trousses à pharmacies et les bacs à bières. Non ? Ah mince désolé.

Bon reprenons, un chouette livre à faire découvrir pour les fêtes :

Quand trois jeunes merdeux partent fouiner là où il ne faudrait pas (on parle toujours de canapé) ils vont malencontreusement mettre les pieds dans le plats et se retrouver au cœur d’un conflit dantesque entre aliens, (soit-disant humanoïdes, mais on sait jamais avec ces bêtes-là) ce qui expliquerait pourquoi la population a un comportement de plus en plus étrange, semblable à des automates… Absolument pas parce qu’ils sont sous LEUR CONTRÔLE ! Non non, ça serait trop vous en dire. Heureusement on parle de trois jeunes AMÉRICAINS, qui peuvent donc sauver le monde pépouze et rentrer prendre le goûter sans trop de problèmes.


Ce qu’ on a trouvé dans le canapé puis comment on a sauvé le monde, Henry Clark, Les Grandes Personnes 16€50.

Le Don Carlo

Un accident terriblement meurtrier laisse une jeune fille orpheline et gravement brûlée. Sa seule chance de survie est d’atteindre l’hôpital le mieux équipé de la ville voisine mais quitte à être dans la panade, autant y aller jusqu’au bout ! Car c’est aussi l’hiver où une tempête terrible frappe, déferlant à toute vitesse sur le comté, gelant tous les axes routiers et paralysant l’aviation. Les secours sont bloqués, la gamine na va pas passer la nuit, pas de bol, c’est le soir de Noël.

C’est sans compter sur l’obstination de tout nouveau shérif, Walt Longmire, têtu comme une mule, qui va monter au bras levé une équipe de sauveteurs improvisés pour rapatrier la gosse. Son prédécesseur, vétéran déjà bien bourré au pur-malt, une jeune pilote qui maîtrise très bien la théorie et un médecin sans matériel. Quant à l’avion capable de dompter ces vents, il s’agit du Steamboat, bombardier de la seconde guerre mondiale, vestige d’un monde passé aux boulons rouillés et à la carlingue mal en point. Hé, s’agirait pas de perdre espoir, après tout c’est le soir de Noël.

Ce roman court aux allures de faux polar est l’une des premières affaires de Longmire le soir du réveillon en 1988, alors qu’il vient tout juste d’être élu shérif. Et l’atout majeur de ces quelque 170 pages, ce sont ces personnages, autant plus fort que le livre est court, chaque réplique est une punchline en puissance. Le pilote est assurément l’image même du yankee immortel revenu du Pacifique après avoir copieusement bombardé le Japon, la co-pilote une jeune apprentie levant le coude plus souvent qu’à son tour, le médecin, lui, aurait plutôt le rôle de Mac Gyver, transformant une soute d’avion miteuse en bloc opératoire; et surtout Longmire, force tranquille qui semble déjà près à porter le monde à bout de bras.

C’est viril, épique, sans le moindre doute américain. Et on en redemande.

Steamboat – Craig Johnson – Gaillmaster – 21.50€

LeDonCarlo


La chouette couverture originale

Une chronique un peu particulière aujourd’hui puisque Les copies de Wung-Sung était une sortie très attendue et surtout très aguichante avec pour pitch un croisement entre les films A.I. de Spielberg et Blade Runner de Ridley Scott. Sexy comme programme, non ?

L’avenir est sombre pour nos petites têtes blondes avec l’apparition d’un nouveau virus qui décime uniquement les enfants et qui est d’une efficacité remarquable. En attendant de trouver un antidote, toute la jeunesse est cryogénisée, donnant le temps aux chercheurs de concocter un vaccin. Le problème qui se pose soudain aux parents, c’est ce vide, cette absence chaque jour plus insupportable qui a remplacé la joie de vivre. Un nouveau manque est né et la société très bien attentionnée : « Vie Ressuscitée » va proposer le tout premier service de clonage d’enfants, permettant aux adultes de voir grandir leur progéniture le temps qu’il faudra pour guérir l’original. Il n’y a pas de problèmes, seulement des opportunités !

Les années passent, Jonas est un ado comme les autres, il aime le foot et cette fille qui le regarde jouer. Mais Jonas n’est pas un original qui voit débarquer son clone à la maison, non. Jonas c’est le clone qui a pris la place du malade. Et le roman s’ouvre sur le retour du miraculé chez les siens. Une belle famille de nouveau unie qui n’a plus besoin d’un enfant de substitution, et qui va donc faire appel au S.A.V. de « Vie Ressuscitée ». Société qui est très au point pour la « désactivation » de ses produits…

Seulement voilà, il y a des détails chiffonnants dans ce récit. Si les deux premiers tiers relatent la fuite désespérée de Jonas et d’autres clones à travers un territoire devenu terriblement hostile aux « copies », j’ai le sentiment que l’auteur s’est trompé de direction. Car si on peut voir de nombreux travers de nos sociétés tout au long du roman, avec un thème pareil ce n’est pas de surconsommation ou de diabolisation dont j’aurais voulu entendre parler, mais bien d’une question fondamentale : pourquoi faisons-nous des enfants ?

Ma surprise c’est que, contrairement à ce que je m’attendais, ce n’est donc pas un récit d’action, avec pour fond la grandiloquence nauséabonde de la science quand elle est débridée, mais bien un récit extrêmement dur, où l’obsolescence programmée des clones les conduit lentement vers la mort après leur avoir fait arpenter les chemins de la folie. Or quitte à être exigeant dans ses textes, le Rouergue et son auteur auraient pu aller un chouia plus loin pour interpeller chacun de nous sur les questions que chaque humain se posent un jour.

C’est donc un livre étonnant qui agrippera les lecteurs qui accepteront de se faire surprendre, et fera peut-être peur à tous les autres.


Les copies, Jesper Wung-Sung, Le rouergue, collection Epik, 11.70€

LeDonCarlo

Une société américaine bien sous tous rapports, un pied dans la finance, une main dans celle du gouvernement, donne rendez-vous à ses employés un samedi matin pour une réunion exceptionnelle. De celles qui sont mortellement ennuyeuses… Le PDG leur apprend entre le jus d’orange et les cookies que l’entreprise met la clé sous la porte, et que la liquidation judiciaire va se faire à l’américaine : en butant consciencieusement chaque salarié. On fait les marioles avec nos grèves dans le Nord-Pas-de-Calais, mais à Philadelphie, ils ont un moyen radical d’étouffer la grogne du syndicaliste le plus motivé.

Commence un jeu de survie délirant où la douce secrétaire d’hier s’avère être aujourd’hui une machine de guerre sans pitié, votre patron un bâtard de l’extrême ayant piégé les escaliers de secours avec du gaz sarin et vos collègues des membres des services secrets prêts à tout pour se tirer d’ici. Précisons enfin que vous êtes au 36è étage d’une tour déserte pour le weekend. Un vrai samedi pourri.

Complètement barré. C’est le terme le plus juste pour parler de ce roman inédit, traduit pour la première fois, montant crescendo dans le délirant alors que tous les protagonistes se font attraper et massacrer dans le plus grand des calmes. Ecrit en 2008, alors que les Etats-Unis peinent à se remettre des attentats du 11 septembre, Swierczynski joue sur ces craintes propres aux américains en plaçant l’action haut dans une tour, avec une équipe de personnages tous plus louches les uns que les autres. Qui est la taupe ? Qui est au service de l’Ennemi ? Et qui est-il, d’ailleurs ? Entre les talibans et les russes, les frontières de la raison s’estompent, et finalement c’est dans des relents de guerre froide qu’on se découpe le mieux !

Un roman jubilatoire, écrit avec les codes du film d’horreur, qui vous fera prendre un pied sanglant, oui oui.

Ah, et n’allez pas aux réunions le samedi matin, mauvais plan.

Mort à tous les étages, Duane Swierczynski, Rivages/Noir, 9€

LePDGcarlo

Direction l’Espagne pour ce roman noir aux allures de coup de poing. S’ouvrant sur la victoire à la présidence par l’extrême droite espagnole et le meurtre mystérieux d’un éminent membre de ce parti, le livre s’attache à Diego, journaliste radio aux allures de dissident dans ce pays qui chavire. Une chronique nocturne par semaine durant laquelle les exactions du pouvoir sont mises à nu, et seule la part explosive d’audience que lui procure son émission lui permet d’exercer, de ne pas être en danger. En parallèle, une histoire étonnante se met en place, un récit qu’on aurait trouvé plus à propos dans un roman Argentin, la création d’une association de bébés disparus par un deuxième personnage, Isabelle, dont on sait bien peu de chose et dont la détermination semble pouvoir faire rejaillir les secrets d’Etat les mieux gardés. Et alors que sonne l’heure d’une sanglante expiation, leurs deux destins vont se croiser au milieu d’une enquête explosive qui va mettre à mal la politique des œillères qui depuis quarante ans empêche l’Espagne de panser ses plaies.

C’est avec une plume incisive que Marc Fernandez s’attaque à ce mystère bien préservé. Sans concession pour un pays qui n’a pas fait son travail de mémoire et qui en paye le prix aujourd’hui, il déguise en polar un récit documentaire d’une justesse saisissante. Ancien journaliste au courrier international, spécialisé dans l’Amérique du Sud, maîtrisant à fond son sujet, il est aussi le co-fondateur d’un mook génial dédié au monde du polar. Mêlant critiques littéraires, interview d’auteurs, de flics, de truands en touts genre, il semblait évident que seul un polar pourrait lui permettre d’amener un sujet aussi délicat sans se départir d’un peu d’espoir incarné par ces personnages, attachants, maladroits. Un documentaire n’aurait pas eu l’empathie qu’on trouve page après page dans ce roman qui n’oublie pas de rester humain.


Mala vida – Marc Fernandez
Editions Préludes – 13.60€

LeDonCarlo

De l’autre côté de l’Atlantique le monde s’embrase et se consume dans une guerre de plus. Or c’est à peine si ces échos parviennent jusqu’aux comtés du sud des États-Unis, trop occupés à maintenir la ségrégation raciale sur leur territoire. Et ce sont sur ces routes qu’avancent Minnie et son père, musiciens itinérants, jouant de plantations en plantations. Aujourd’hui si les ouvriers ont remplacé les esclaves, les conditions de travail sont à peine différentes.

Et si la musique pouvait changer quelque chose ? Une musique terrible, symbolisant, ou plutôt concentrant toute la souffrance d’un peuple brimé, pour que le temps d’une soirée la douleur s’évapore, s’envole, disparaisse. Même si elle doit revenir le lendemain, plus présente que jamais. Ça pourrait être ça le blues, une musique d’opprimés qui peuvent rire entre les larmes. Alors c’est ce que fait Minnie avec son père, rire malgré tout et avancer, le temps d’un roman, dans l’Histoire, quitte à souffrir, quitte à tomber amoureuse…

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C’est l’histoire d’une vie brisée. A peine adolescent lorsque son flic de père s’est tiré une balle dans la tête, avouant être une taupe au sein du service de la police d’Oslo, le Fils est depuis entré dans une spirale autodestructrice, de celle qui vous happe et ne vous libère jamais. Pour survivre dans ce monde sans personne à idéaliser, il va accepter d’être incriminé pour de menus larcins, en échange d’argent pour son héroïne, jusqu’à sa majorité où ce sont des meurtres dont il acceptera d’endosser la responsabilité. Les conditions sont identiques, même en prison il veut avoir sa dose, rien d’autre ne compte. Ainsi se passe plus de dix ans d’une triste réalité jusqu’au jour où un codétenu en quête d’expiation va lui en apprendre plus sur la disparition de son père et son « suicide ». Commence alors une croisade, terrible, sans pitié ni concessions, pour mettre la main sur les meurtriers, manipulateurs et corrompus coupables de tant de mal.

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