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Archives d’Auteur: Baptiste

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Revenons au classique ! Avec le Grand pouvoir du Chninkel de Rosinski et Van-Hamme replongeons nous avec joie dans la fantasy des années 80. Avec la quête de l’oiseau du temps de Loisel et une bonne partie des récits de Druillet, je pense qu’on tient là la base de toutes bonnes lectures en bandes dessinées fantastiques.

Le monde de Daar est en guerre depuis toujours et nul ne semble se souvenir pourquoi. Dès qu’à lieu la croisée des trois soleils, les trois immortels se mettent en marche avec leur armées, semant chaos et destruction sur leur passage, dans un combat qui ne semble pas avoir de fin. C’est du plus petit des peuples, les Chninkel que va naître pourtant un espoir. J’on rescapé d’un terrible carnage se voit confié par une entité monolithique, qui se dit le créateur des mondes : le grand pouvoir !!!! Et la mission de redonner à ce monde la paix. Il reste cinq croisées de soleil à notre jeune héros pour accomplir sa mission sinon couiiiiiiiiiic, plus de monde du tout ! Considéré par certains comme un paria, vu par d’autres comme le « choisi », J’on va vivre une réelle quête initiatique faite de traversées de désert, de miracles de prophétie et même de charmantes rencontres…

Guerres, massacres, héros chétif et rejeté, quête mystique, sexe… On retrouve dans ce récit ce qui forme la base l’essentiel des bons récits de fantasy. Si les références sont nombreuses : Tolkien, 2001 l’odyssée de l’espace (et j’en passe) la plus flagrante, et en même temps la plus intéressante à mon goût, est le nouveau testament et tout particulièrement les évangiles qui racontent la vie de Jésus. Rejeté par son peuple, entouré de quelques disciples, faiseur de miracles, en proie au questionnement dans le désert, trahi… Les parallèles ne manquent pas entre le destin du Christ et celui de J’on ! Attention il ne s’agit cependant pas d’une tentative de prosélytisme déguisé. Rosinsky et Van-Hamme nous livre ici une version beaucoup plus décalée, sulfureuse, baroque et au final désenchantée que l’original. Le Dieu créateur de Daar ne peut aucunement être confondu avec le Dieu des chrétiens. L’humour et le sexe sont des éléments essentiels dans la construction du personnage principal et dans le rythme du récit. Le souffle épique va crescendo et lorsque vous croyez en avoir fini, lorsqu’on atteint le sommet et que tous les éléments qui composent l’histoire se rejoignent dans un final éblouissant et magistral, les auteurs ont un sursaut de génie et réinstallent l’équivoque, un nouveau démarrage, une nouvelle genèse…

Vous l’aurez compris ce récit à tout pour plaire : du classicisme et des innovations de génie, du mysticisme et de l’humour, du sexe et du sacrifice. L’équilibre narratif entre toutes ces parties m’impressionne toujours : jamais trop jamais trop peux. Les auteurs nous livrent un récit très maîtrisé et complet, au point qu’on a parfois du mal à concevoir qu’il ait été publié dans un mensuel (magazine A suivre dans les années 1986/1987). Le dessin de Rosinski foisonne de détails et par pitié si vous voyez une version colorisée fuyez, rien ne rend plus justice à son travail que le noir et blanc original !

Un incontournable de toute bonne bibliothèque à ranger à côté du Seigneur des anneaux et de votre Bible. Il n’est pas trop tard pour l’ajouter sur la liste au Père-Noël…

Baptiste

Le grand pouvoir du Chninkel, Rosinski  et Van-Hamme, Casterman, 25 €

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Une petite chronique aujourd’hui pour une petite BD tout en finesse et poésie. Après l’excellent Vous êtes tous jaloux de mon Jetpack , Tom Gauld revient avec son sens de l’humour et ses situations absurdes dans Vers la ville, toujours aux éditions 2024 (qui font comme d’habitude un super boulot sur la maquette du livre).

Deux hommes prennent la route. Suivant l’injonction d’une affiche : « une nouvelle vie s’offre à vous installez-vous en ville », ils décident de quitter leur chez eux pour se rendre vers cette mystérieuse ville… Et voilà, c’est tout ! De même que l’on ne sait rien des raisons qui poussent Vladimir et Estragon à attendre sans fin un Godot qui ne vient pas (dans la pièce de Beckett), de même, on ne connaît pas les motivations qui ont pu mettre en branle nos deux personnages. On ignore leur passé, on se contente juste de les suivre sur le chemin qui les sort de leurs habitudes pour les mener vers un ailleurs.

Dessinée pour une sortie hebdomadaire dans Time Out London, c’est un des premiers travaux de Tom Gauld. Chaque planche peut donc se lire comme un strip complet mais regroupées, elles forment le cheminement de nos comparses vers la ville. Très influencé par les strips de Gary Larson, on retrouve également avec beaucoup de plaisir (enfin au moins pour ma part) son attachement à l’œuvre d’Edward Gorey (dont une partie des ouvrages est rééditée chez les éditions Le Tripode).

Aucunes grandes épreuves n’attendent nos héros dans leur « quête initiatique ». Au contraire, dans ce huis-clos à ciel ouvert le caractère de chacun se dévoile petit à petit et les situations banales s’enchaînent. C’est à travers les moments on ne peut plus ordinaire de voyageurs (la marche, le campement, la pluie) ou des objets du quotidien (des bottes, une brouette, une tente) que Tom Gauld fait surgir un émerveillement enfantin ou une poussée de rire incontrôlable. Tour à tour drôle, mélancolique, absurde, Tom n’en finit pas de nous surprendre avec ces deux marcheurs tout de noir vêtus. A l’heure de la surenchère d’effets spéciaux, d’humour gras et potache, de scénarios toujours plus complexes ou même de dessins grandioses (qu’il m’arrive également d’apprécier énormément, qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit !!) la simplicité de l’histoire, de l’humour qui ne s’impose pas et du trait nous ramène avec beaucoup de bonheur à l’essentiel : « La nature même de la bande dessinée est d’être lue, pas d’être admirée. Un dessin vraiment beau et virtuose est inutile s’il ne « fonctionne » pas » (citation de Tom lui-même).

Et il faut bien reconnaître qu’il le fait avec beaucoup de justesse et une très belle poésie !


Vers la ville, Tom Gauld, 2024, 15€

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Après l’excellent Lartigues et Prévert paru en 2013, Benjamin Adam revient aux éditions de La Pastèque avec Joker, une aventure trépidante dans le Haut-Mouronnais…

Herb et Jed sont frères, mariés respectivement à Charlène et Darlène. De ces mariages sont nés huit enfants pour Herb et Charlène, sept pour Jed et Darlène. Hawk, lui, est l’héritier de Batimax, l’entreprise qui semble régir la vie économique et sociale de toute la région, mais est aussi le cousin d’Herb et Jed. Tous les dimanches les cousins ont pour habitude de se retrouver dans la maison de Hawk afin de jouer au 8 américain… Mais avec une petite variante. Si celui qui pose un 8 peut toujours, comme le prévoit la règle, échanger son jeu avec celui d’un autre joueur, celui qui pose le Joker peut non seulement échanger son jeu mais également sa vie entière jusqu’au dimanche suivant. Cet arrangement semble convenir à tout le monde jusqu’au jour où l’échange va révéler un secret bien enfoui. Alors ce qui n’était qu’un huis-clos familial va s’étendre bien plus largement, obligeant chacun à jouer un jeu qui n’est pas le sien.

A la lecture du résumé on pourrait s’attendre à un déroulement de polar classique. Il n’en est absolument rien. Si cadavres, enquête, fuite et course poursuite sont présents dans l’histoire, la (dé)construction du récit crée un genre tout à fait différent. Toutes les deux ou trois pages Benjamin Adam introduit un personnage qui devient pendant un temps le « héros » de la narration. En détaillant brièvement son histoire et sa situation par rapport au récit principal l’auteur crée une distance entre nous et eux. Ce système permet de se situer à une place toute particulière, celle de Dieu (et donc aussi celle de juge). Contrairement aux protagonistes qui évoluent sous nos yeux, nous savons « la vérité » car nous avons accès à tous les points de vue et nous observons de haut les erreurs se commettre et l’inévitable se produire. Difficile alors d’aimer ou de haïr un personnage. On s’attache à chacun mais on ne peut s’empêcher dans le même temps de les trouver pathétiques ou à côté de la plaque. Même ceux chargés de bonnes intentions finissent par se retrouver dans une situation que l’on ne peut accepter.

Chronique sociale et surtout profondément humaine, Joker nous emmène à la rencontre non pas de héros mais d’hommes et de femmes du quotidien (vous et moi, quoi) devant faire face à des choix inattendus… Sans qu’il y ait vraiment de bonne réponse.

Maintenant vous voilà prévenus. Même si vous pensez avoir les cartes en main, un Joker peut tout changer !

Joker, Benjamin Adam, La Pastèque, 18 €

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Depuis plusieurs années la maison d’édition Futuropolis, en partenariat avec le Louvre, propose régulièrement une bande dessinée autour de ce grand musée. De nombreux auteurs se sont déjà prêtés à l’expérience, Bilal, Taniguchi, Prudhomme, Davodeau… avec plus ou moins de réussite d’ailleurs (le Taniguchi fut une déception à la hauteur de mon attente… qui était très grande). Ce n’est jamais évident de travailler sur commande. Mais le dernier de cette collection réussit vraiment l’exercice !

C’est Florent Chavouet qui cette fois-ci est aux commandes de l’île Louvre. Fasciné par le Japon il a publié deux carnets qui racontent ses voyages et a sorti récemment un très bon polar qui vous emmène à la rencontre de vos clichés sur cette partie du globe. Avec le Louvre il n’était pas trop dépaysé, tant les habitants du pays du soleil levant aiment à s’y balader.

Fidèle à son style, pour vous faire découvrir le musée il vous emmène à l’intérieur de cette île exotique, en commençant par ses coulisses. Sa bande dessinée est le fruit condensé en une journée, d’une semaine qu’il a passé à arpenter les couloirs. Trois questions ont habité cette pérégrination : qui vient au musée, pourquoi y vient-on et qu’est-ce qu’y s’y passe ?

Contrairement aux récits qui ont imaginé une histoire romancée, le style « reportage » qu’emploie Chavouet lui permet de bien mettre en valeur le lieu lui-même et les œuvres qui s’y trouvent. On y suit tour à tour un couple de petits vieux qui prend plaisir à commenter chaque œuvre, des touristes pressés de voir les œuvres maitresses, un groupe d’enfants aux réflexions croustillantes ainsi que les guides et les gardiens de ce temple de la beauté avec leurs anecdotes et leur génie de déduction… Pour les plus fainéants Florent ira même jusqu’à synthétiser en un seul dessin les trois choses les plus demandées au Louvre, rien que cette page vaut le détour. Une des difficultés de ce travail est de dessiner avec son style des œuvres qui en sont parfois très éloignée. Florent Chavouet réussit pourtant l’épreuve avec brio et on ne se sent jamais perdu ou tiraillé entre les œuvres représentées et son dessin, c’est un vrai bonheur et même un émerveillement. Son émancipation des cases lui permet de nous emmener dans un très plaisant « voyage de lecture », on se sent partir en exploration dans une jungle recelant mille et un mystères.

Légèreté, histoire et humour (jusque dans ses « techniques » pour éviter de dessiner certaines œuvres) sont donc au rendez-vous pour passer un très bon moment en partant à la découverte de cette île du savoir que l‘on doit forcément quitter avant d’en avoir fait le tour. L’horaire des marées est  implacable là-dessus.

Florent Chavouet, L’île Louvre, Futuropolis, 20 €

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La BD d’aujourd’hui nous vient des Etats-Unis d’Amérique. Il s’agit donc d’un comics et pour être dans les clichés du genre il s’agit d’un comics de super héros ! Mais attention ce n’est ni Superman, ni Batman, ni Aquaman, ni Green Lantern, ni Green Arrow, ni Flash, ni Wonderwoman… enfin bref vous l’aurez compris notre héros n’est pas un de nos habituels porteurs de slips moulants ! Et pourtant, son combat est universel, peut-être l’avez-vous-même déjà rencontré ? Laissez-moi donc vous parler des aventures d’Ultra-chômeur parues chez Presque lune.

Lorsque la nuit tombe Bruce Pain descend dans sa positiv-cave et enfile son costume pour devenir : Ultimatum. Super-héros du positivisme à l’américaine, il parcourt les banlieues pauvres tentant d’insuffler chez leurs habitants le désir de réussir. Car c’est bien connu : « la pauvreté est un nouveau symptôme d’une mauvaise hygiène mentale » et puisque « tout est possible en Amérique pourquoi donc avoir choisi d’échouer » ! Jusqu’au jour où, mis en face d’une situation dramatique, il décide de critiquer le système. Il est alors licencié sur le champ. Après avoir erré inutilement à la recherche d’un nouvel emploi, le voilà qui revient comme Ultra-chômeur. Avec à ses côté Plan B, Wonder Mother, Fellowman, Master Degrees et bien d’autres il va lutter contre les supers vilains : Stern Bear, les Mousquetaires du libre échanges, les Lemur Brothers  et surtout la Main Invisible et son dangereux représentant : le Pouce. De terribles aventures attendent nos Super-héros, qui découvriront bien vite que pour le profit tous les coups sont permis…

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Si, comme le dit Côme dans l’introduction à ce dossier, la sexualité et sa représentation sont des éléments qui nous permettent d’apprendre sur nos sociétés et l’Homme en général, l’auteur dont je vais vous parler aujourd’hui pousse, par son travail, ses représentations jusqu’à l’extrême de certains rapports humains… Pour le dire plus simplement et de manière moins évasive : je vais vous parler ici de domination et même de sadomasochisme. Evidemment un nom vient tout de suite à l’esprit : Sade, ce cher marquis. Et bien raté, je ne vais pas m’étendre sur ce remarquable auteur. Tout d’abord parce que je ne le connais pas assez puis parce qu’il est d’une autre époque et que j’aimerai parler de l’apport d’un auteur contemporain à sa société dans le monde d’aujourd’hui.

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Si on se vante sur Vingt et un livres de vous emmener explorer les vastes contrées de la littérature, il est un genre que l’on n’a pas encore traité… Le manuel ! Souvent peu glamour, vendu par obligation à des clients obligés de l’acheter, il est pour nous libraires, le Golgotha de notre rentrée (incontournable pour notre salut, mais rempli de souffrances…). Heureusement, François Ayroles a décidé d’alléger la rentrée de tout le monde en publiant, chez L’Association, le manuel de L’amour sans peine.

Avouez-le, la formule fait rêver ! Qui n’a jamais souhaité trouver réuni en un seul ouvrage les réponses à toutes les questions que posent ce sentiment ? Et bien ne cherchez plus, c’est maintenant choses faite, enfin presque, car si ce manuel vous amène bien des réponses, il ne vous laissera pas sans quelques questions.

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