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Bande dessinée

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Alcibiade, jeune et sympathique garçon, se lance dans une quête pour découvrir son destin. Pour cela, il va lui falloir parcourir un long chemin et rencontrer le vieux sage qui lui montrera la voie.

Alcibiade est une fable philosophique. Pour sa première BD, Rémi Farnos nous invite à découvrir le chemin semé d’embûche qu’est la vie. Un récit simple et accessible pour les plus jeunes que les plus âgés peuvent apprécier comme une histoire très bien faite.

Ce qui fait l’originalité de cette œuvre, c’est l’emploi du gaufrier. Terme qui désigne le découpage des planches en cases, il est de 3 par 4 dans le franco-belge classique. Et si les codes ont évolué, la façon dont il est employé ici est brillante. Toujours en 4 par 4, les cases ne comportent pourtant pas toujours des dessins essentiels à l’histoire. On y trouve des grandes scènes sur toute la planche ou des cheminements qui suivent l’action de haut en bas.

Alcibiade est une grande réussite qui mérite toute votre attention. Soutenez des projets aussi ambitieux et des auteurs aussi talentueux et le monde de la BD n’en sera que meilleur. On notera aussi que la grande instance de la BD qu’est le festival d’Angoulême a déjà mis ses patounes sur le livre qui nous intéresse aujourd’hui et qu’il est dans la sélection jeunesse.

Sur ces bons mots, je vous souhaite une bonne fin d’année 2015, une bonne année 2016 et tout plein de curiosité pour découvrir et redécouvrir le monde.


Alcibiade, Rémi Farnos, La Joie De Lire, 10 €

Côme

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Junji Ito est l’un des maîtres du manga d’horreur actuel. Très inspiré par les travaux de Kazuo Umezu (auteur repris en main depuis peu par Le Lézard Noir), Ito est un génie de l’ambiance et sait créer des atmosphères génialement oppressantes. Son œuvre la plus aboutie (en tout cas à mon sens), reste encore aujourd’hui Spirale.

On y suit Kirié et Shuishi, un jeune couple vivant à Kurouzu, petite ville isolée et sans histoire. Ito pose un cadre rassurant, ou les personnages vivent paisiblement au sein d’un contexte familiale sain… avant de d’introduire une série d’anomalies qui va semer la confusion de plus en plus intensément à Kurouzu. Tout ces événements sont liés à la Spirale, simple figure géométrique qu’Ito a le génie d’ériger au rang d’entité paranormale et malsaine. Le quotidien s’effrite irrémédiablement et l’horreur s’installe grâce aux graphismes inquiétant du maître, peuplé de personnages dégingandés aux yeux fous.

Étrange et parfois gore, Spirale est un pilier du manga d’horreur, une œuvre culte et merveilleuse. Détail amusant, la post-face de l’édition intégrale, qui analyse l’œuvre comme une critique du capitalisme et d’une société de plus en plus nombriliste, a été démentie par Ito lui-même.


Spirale, Junji Ito, Tonkam, 29.99 €

Armand

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Revenons au classique ! Avec le Grand pouvoir du Chninkel de Rosinski et Van-Hamme replongeons nous avec joie dans la fantasy des années 80. Avec la quête de l’oiseau du temps de Loisel et une bonne partie des récits de Druillet, je pense qu’on tient là la base de toutes bonnes lectures en bandes dessinées fantastiques.

Le monde de Daar est en guerre depuis toujours et nul ne semble se souvenir pourquoi. Dès qu’à lieu la croisée des trois soleils, les trois immortels se mettent en marche avec leur armées, semant chaos et destruction sur leur passage, dans un combat qui ne semble pas avoir de fin. C’est du plus petit des peuples, les Chninkel que va naître pourtant un espoir. J’on rescapé d’un terrible carnage se voit confié par une entité monolithique, qui se dit le créateur des mondes : le grand pouvoir !!!! Et la mission de redonner à ce monde la paix. Il reste cinq croisées de soleil à notre jeune héros pour accomplir sa mission sinon couiiiiiiiiiic, plus de monde du tout ! Considéré par certains comme un paria, vu par d’autres comme le « choisi », J’on va vivre une réelle quête initiatique faite de traversées de désert, de miracles de prophétie et même de charmantes rencontres…

Guerres, massacres, héros chétif et rejeté, quête mystique, sexe… On retrouve dans ce récit ce qui forme la base l’essentiel des bons récits de fantasy. Si les références sont nombreuses : Tolkien, 2001 l’odyssée de l’espace (et j’en passe) la plus flagrante, et en même temps la plus intéressante à mon goût, est le nouveau testament et tout particulièrement les évangiles qui racontent la vie de Jésus. Rejeté par son peuple, entouré de quelques disciples, faiseur de miracles, en proie au questionnement dans le désert, trahi… Les parallèles ne manquent pas entre le destin du Christ et celui de J’on ! Attention il ne s’agit cependant pas d’une tentative de prosélytisme déguisé. Rosinsky et Van-Hamme nous livre ici une version beaucoup plus décalée, sulfureuse, baroque et au final désenchantée que l’original. Le Dieu créateur de Daar ne peut aucunement être confondu avec le Dieu des chrétiens. L’humour et le sexe sont des éléments essentiels dans la construction du personnage principal et dans le rythme du récit. Le souffle épique va crescendo et lorsque vous croyez en avoir fini, lorsqu’on atteint le sommet et que tous les éléments qui composent l’histoire se rejoignent dans un final éblouissant et magistral, les auteurs ont un sursaut de génie et réinstallent l’équivoque, un nouveau démarrage, une nouvelle genèse…

Vous l’aurez compris ce récit à tout pour plaire : du classicisme et des innovations de génie, du mysticisme et de l’humour, du sexe et du sacrifice. L’équilibre narratif entre toutes ces parties m’impressionne toujours : jamais trop jamais trop peux. Les auteurs nous livrent un récit très maîtrisé et complet, au point qu’on a parfois du mal à concevoir qu’il ait été publié dans un mensuel (magazine A suivre dans les années 1986/1987). Le dessin de Rosinski foisonne de détails et par pitié si vous voyez une version colorisée fuyez, rien ne rend plus justice à son travail que le noir et blanc original !

Un incontournable de toute bonne bibliothèque à ranger à côté du Seigneur des anneaux et de votre Bible. Il n’est pas trop tard pour l’ajouter sur la liste au Père-Noël…

Baptiste

Le grand pouvoir du Chninkel, Rosinski  et Van-Hamme, Casterman, 25 €

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Quoi que l’on puisse penser des comics, des super-héros, des formats « Intégrales » opportunistes ou même de l’édition en général, il faut bien admettre une chose.
Urban Comics est la meilleure chose qui soit arrivé au comics en france depuis bien longtemps.

Une fois encore, c’est l’excellente collection Vertigo qui nous gratifie d’une re-découverte d’une des séries-phares d’un seigneur des slips flashys et moulants : Alan Moore.

Top 10 nous emmène à Néopolis, métropole d’un genre particulier car c’est ici que les autorités mondiales ont regroupé toute la super-humanité après la Seconde Guerre Mondiale. Construite par des « supers », pour des « supers », et avec des vrais morceaux de « supers » dedans, Néopolis est une véritable cocotte-minute remplie d’uranium enrichie. Ici, tout le monde trouve sa place, les gentils comme les méchants. Véritable melting-pot de pouvoirs plus ou moins visibles, la population s’organise désormais comme partout ailleurs. Dans ce climat un peu instable, l’on suit les journées des agents du commisariat du 10ème district (surnommé Top10) dans leur quotidien, par le prisme du regard d’une petite nouvelle fraichement sortie des bancs de l’académie, la bien-surnommée Coffre à jouets.
Pour eux, la banalité. Patrouilles en voitures, filatures, enquètes sur des meurtres, interrogatoire et garde-à-vue. Seulement, comment gérer une rixe conjugale quand le mari à des membres élastiques et que la femme peut se transformer en sable ? Comment interpeller un homme qui gonfle comme un ballon de baudruche à la moindre émotion ? Et comment esquiver

Chronique policière, critique de la société urbaine, véritable déclaration d’amour à l’age d’or des comics, truffée de références hilarantes et clins d’oeil malicieux, cette série reste un comics à l’intelligence rare. Au détour de certaines cases, le décor est grandiose et si bien posé qu’on ne remarque tout les détails qu’à la relecture. En toile de fond de l’écriture du scénario, on peut remarquer quelques interrogations du XXème siècle : les traumatismes d’après-guerre, la ségrégation, l’image des gardiens de la paix, le proxénétisme, le crime organisé, la corruption des puissants, tous ces sujets pèle-mèle ne sont que la partie émergée de l’iceberg.

Datant de 1991, avec un dessin riche, très détaillé au service d’une identité visuelle forte, Top 10 n’est pas assez old-school pour faire fuir les curieux du genre.  C’est une série que le fan appréciera de (re)découvrir et que le novice arpentera avec bonheur, sans la nécessité d’avoir un bagage culturel complet sur le comics américain.

Un must-have.


Top 10, Urban Comics collection Vertigo, Alan Moore / Gene Ha, 35€

Valmon

Sweet Tooth

Décidément, Jeff Lemire aime à secouer l’humanité. Il y a tout juste un an, Urban Comics publiait l’excellent Trillium, mettant en scène la disparition de l’humanité des suites de la propagation d’un virus mortel dans nos colonies spatiales. Aujourd’hui, il balaie la moitié de la population de la Terre en quelques heures pour mieux laisser aux survivants le soin de mourir à petit feu. Et parce que Robert Kirkman et Walking Dead s’essoufflent, il fallait bien quelqu’un pour reprendre le flambeau du genre post-apo.

Il y a sept ans, une mystérieuse pandémie est apparue sur Terre, décimant la majeure partie de la population mondiale et donnant naissance à une nouvelle espèce à mi-chemin entre l’homme et l’animal qui seule résiste à la maladie. Gus, le personnage principal, est un de ces hybrides : mi-homme, mi-cerf. Élevé par son père en pleine forêt, Gus ignore tout du monde extérieur, si ce n’est qu’il est rempli de pêcheurs et qu’on ne trouve au-delà des frontières de la forêt qu’un monde de feu où souffrir. Libéré de l’obscurantisme religieux de son père lorsque celui-ci décède, Gus décide d’enfreindre le premier commandement de son géniteur et prend la route avec un certain Jepperd à la recherche de « la réserve », un refuge pour les hybrides chassés par une humanité prête à tous les sacrifices pour trouver un remède à la pandémie.

Gus représente à la fois l’ignorance et l’innocence du lecteur face à un Jepperd sombre, taciturne et particulièrement violent. Le contraste entre ces deux personnages crée un équilibre certain dans l’univers dépeint par Jeff Lemire. Car Sweet Tooth réserve son lot de surprise, chapitre après chapitre. L’auteur joue avec le temps et l’espace, transposant tour-à-tour son récit dans le passé et les rêves des personnages avant un retour à la réalité. Avec une unique constance : la violence du récit. La violence hante chaque page de l’album, rappelant la laideur de l’humanité dès lors que son instinct de survie a repris le dessus. Face à un Gus désemparé, la violence se fait cruauté. Mais dans les yeux de Jepperd, elle devient une nécessité…

Si les six premiers chapitres de ce premier tome sont, il faut le reconnaître, d’un classicisme absolu, c’est parce qu’ils forment une longue exposition de l’état du monde. Le talent de narration de Jeff Lemire explose littéralement lorsqu’il s’attarde sur la complexité de Gus et Jepperd, qui n’auront de cesse de changer l’un et l’autre tout au long des trois tomes promis par Urban Comics. Au-delà de leur relation, ce sont les événements et la somme de leurs expériences qui les mèneront à un final épique (que j’ai eu la chance de lire en V.O) et auto-contenu, digne d’un Y, le dernier homme moderne. Jeff Lemire écrit Sweet Tooth à la manière d’un Walking Dead indie : il prend le temps d’interroger ses personnages entre deux actions, de les faire interagir sans avoir à tout expliquer.

Son trait est à ce titre un élément explicite de l’œuvre puisqu’il contient toujours les informations que les personnages ne sont pas prêts à fournir. Certains le jugeront brouillon quand il ne suffira qu’une planche à d’autres pour y voir une esthétique imparfaite et vivante, mais je ne peux que vous encourager à dépasser votre éventuel dégoût pour découvrir l’un des nouveaux maîtres américains. Sweet Tooth n’est qu’une des nombreuses réussites de l’auteur et nul doute que son Descenders, prévu chez Urban Comics en début d’année prochaine avec l’exceptionnel Dustin N’Guyen au dessin, finira d’asseoir sa position comme l’unique concurrent actuel à Brian K. Vaughan (Ex Machina, Saga…).

Exercice de style pour Jeff Lemire, qui n’avait encore jamais travaillé seul sur une série « longue », Sweet Tooth est une leçon d’écriture adressée à un Robert Kirkman alors en panne d’inspiration. C’est un conte qui ne s’embarrasse pas des notions de bien et de mal, qui installe l’humanité face à sa pire crainte : la mort. Le road-trip de Gus et Jepperd prends des airs de descente aux enfers où l’espoir peine à filtrer, piétiné par un monde où la haine, le désespoir et les pertes forgent les caractères. Heureusement, il y a Gus, qui trouve toujours de la beauté sur cette Terre dévastée…



Sweet Tooth, tome 1 (série en cours, trois tomes prévus) – Jeff Lemire – Urban Comics, 22,50 €

Johan

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Une petite chronique aujourd’hui pour une petite BD tout en finesse et poésie. Après l’excellent Vous êtes tous jaloux de mon Jetpack , Tom Gauld revient avec son sens de l’humour et ses situations absurdes dans Vers la ville, toujours aux éditions 2024 (qui font comme d’habitude un super boulot sur la maquette du livre).

Deux hommes prennent la route. Suivant l’injonction d’une affiche : « une nouvelle vie s’offre à vous installez-vous en ville », ils décident de quitter leur chez eux pour se rendre vers cette mystérieuse ville… Et voilà, c’est tout ! De même que l’on ne sait rien des raisons qui poussent Vladimir et Estragon à attendre sans fin un Godot qui ne vient pas (dans la pièce de Beckett), de même, on ne connaît pas les motivations qui ont pu mettre en branle nos deux personnages. On ignore leur passé, on se contente juste de les suivre sur le chemin qui les sort de leurs habitudes pour les mener vers un ailleurs.

Dessinée pour une sortie hebdomadaire dans Time Out London, c’est un des premiers travaux de Tom Gauld. Chaque planche peut donc se lire comme un strip complet mais regroupées, elles forment le cheminement de nos comparses vers la ville. Très influencé par les strips de Gary Larson, on retrouve également avec beaucoup de plaisir (enfin au moins pour ma part) son attachement à l’œuvre d’Edward Gorey (dont une partie des ouvrages est rééditée chez les éditions Le Tripode).

Aucunes grandes épreuves n’attendent nos héros dans leur « quête initiatique ». Au contraire, dans ce huis-clos à ciel ouvert le caractère de chacun se dévoile petit à petit et les situations banales s’enchaînent. C’est à travers les moments on ne peut plus ordinaire de voyageurs (la marche, le campement, la pluie) ou des objets du quotidien (des bottes, une brouette, une tente) que Tom Gauld fait surgir un émerveillement enfantin ou une poussée de rire incontrôlable. Tour à tour drôle, mélancolique, absurde, Tom n’en finit pas de nous surprendre avec ces deux marcheurs tout de noir vêtus. A l’heure de la surenchère d’effets spéciaux, d’humour gras et potache, de scénarios toujours plus complexes ou même de dessins grandioses (qu’il m’arrive également d’apprécier énormément, qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit !!) la simplicité de l’histoire, de l’humour qui ne s’impose pas et du trait nous ramène avec beaucoup de bonheur à l’essentiel : « La nature même de la bande dessinée est d’être lue, pas d’être admirée. Un dessin vraiment beau et virtuose est inutile s’il ne « fonctionne » pas » (citation de Tom lui-même).

Et il faut bien reconnaître qu’il le fait avec beaucoup de justesse et une très belle poésie !


Vers la ville, Tom Gauld, 2024, 15€

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Rares sont les bandes dessinées chinoises, à ma connaissance, même si je suis loin de tout connaître, et c’est avec plaisir que je vous parle de celle-ci que je trouve particulièrement magnifique.

Nous sommes en l’an 626, la Chine est alors un pays calme mais dont la prospérité est mise en péril par les attaques répétées des Mongols. C’est dans cette atmosphère périlleuse que Li Shimin, le second fils de l’empereur, assassine ses deux frères et le reste des membres de sa famille. Malheureusement pour lui, sa nièce Yongning se montre bien moins facile à faire disparaître et c’est fort de son intelligence et de sa fine lame qu’elle réussit à disparaître en échappant aux hommes de son oncle et en se faisant passer pour morte.

Devenue dès lors une fugitive recherchée, obligée de se déguiser en simple marchande pour ne pas éveiller les soupçons, elle n’a qu’une seule chose en tête, venger sa famille et reconquérir le trône.

Si le début de l’histoire semble assez simple et déjà vu, la suite réserve quant à elle quelques surprises à notre jeune héroïne, qui se révèle être une stratège hors pair, un véritable atout pour sa survie. Implacable et impétueuse, elle est la seule erreur commise par son oncle dans sa prise de pouvoir mais va se révéler être la plus dangereuse à tel point que l’Oracle prédit qu’une jeune femme va mettre en péril le pouvoir du souverain actuel.

Graphiquement éblouissant, les dessins sont fins et détaillés, on regrette presque que chaque tomes ne soit pas plus long mais on ne peut que prendre notre mal en patience pour attendre la suite de cette série dont 3 tomes sont déjà disponibles.


La princesse vagabonde, Xia Da, Urban China, 12,00 €

Rémi

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