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Jeunesse

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Il y a quelques mois maintenant, la dernière trilogie d’Erik l’Homme s’est achevée. Il est temps de revenir sur ces trois tomes de Terre-Dragon, une saga de fantasy jeunesse dont la publication a débutée chez Gallimard Jeunesse fin août 2014 pour se terminer début octobre 2015.

Vous avez déjà pu lire la critique de Côme sur la saga emblématique de L’Homme : Le Livre des Etoiles, il  y a quelques temps et autant vous dire que je ne partage pas son avis puisque c’est une série que je relie régulièrement et apprécie toujours autant. Enfin bref.

C’est donc avec beaucoup de joie que j’ai appris le début de cette nouvelle série. D’autant que cette fois, l’auteur nous emporte dans un monde de fantasy entièrement inventé ce qui n’est pas -entièrement- le cas avec le livre des étoiles, puisqu’il y a un ancrage avec notre monde réel.

Il va être difficile de vous parler de l’histoire sans trop spoiler, mais allons-y.

Dans la région nordique de Terre-Dragon, nous faisons la connaissance d’Aegir-Peau-d’Ours -parce qu’il porte en permanence une peau d’ours, ça va c’est pas trop difficile à suivre là. Aegir est un jeune homme tenu prisonnier dans une cage depuis laquelle il ne peut voir la beauté du ciel étoilé si loin au-dessus de lui. Il « vit » au milieu des Naatfarirs, peuple habitant cette partie du monde et qui dresse les dakans, sorte de métamorphe très dangereux, grâce à une ancienne magie et des colliers d’asservissement.

Seulement voilà, Aegir va réussir à s’enfuir et les meilleurs chasseurs Naatfarirs, accompagnés d’un Dakan vont se lancer à sa poursuite à travers les montagnes. Dans sa fuite, il rencontre une jeune fille – elle aussi en fuite – petite fille d’une sorcière que les habitants du village ont décidé de brûler. La rencontre est brève mais, pour l’aider, l’apprentie sorcière trace des symboles magiques de protection sur Aegir avant de reprendre sa propre fuite.

Plus loin, Aegir rencontre Doom-le-Scalde, un jeune garçon drôle et attachant dont l’ambition est de devenir un scalde – un barde de ce monde- aussi célèbre que Rosk-le-Borgne dont le Chant du Fleuve est entré dans l’histoire. Autant dire que ce n’est pas gagné vu ses piètres qualités en tant que chanteur/conteur.

Il rencontre également Gaan, un vieillard aveugle qui se révèle être un puissant sorcier et deviendra le mentor de tout ce petit monde.

Parce qu’en effet, le destin ce gentil farceur va remettre la jeune fille – qui répond au doux nom de Sheylis – sur la route des trois compères. Et parce que le destin est un fils de chien, elle s’est fait enlevée, avec une autre jeune fille, par les prêtres de crâne, une église particulièrement cruelle et avec des plans pas très nets à base de domination du monde, de prophétie à réaliser et tout.

Voilà pour nos personnages principaux. Mais toute l’histoire ne tourne pas autour d’eux. Le lecteur retrouve ainsi régulièrement les Naatfarirs, mais également le dangereux prêtre du crâne rouge ou encore l’autre jeune fille enlevée par le Crâne. Chaque chapitre prend un personnage en focus et permet d’apporter des pièces supplémentaire au puzzle que nous présente Erik l’Homme ; sans toutefois nous indiquer où elle vont.

C’est là l’une des forces du récit : seul Gaan semble savoir à quoi s’attendre, avoir toutes les réponses, le lecteur ne peut faire que des hypothèses … et les autres personnages sont focalisés sur leurs propres objectifs : échapper à leurs poursuivants etc. sans se douter d’où tout cela va les mener.

Parce qu’il est question de l’avenir de Terre-Dragon, rien que ça. Jusqu’au bout, on se demande ce qu’il va bien pouvoir se passer, comment la situation va se retourner. Et j’avouerai que je ne m’y attendais pas et qu’elle est très inventive. Chaque personnage à son rôle à jouer, qu’il le comprenne où non. Et au final, quel destin, quelle prophétie est la bonne ?

Oh, et j’oubliais un détail important. IL Y A UN PUTAIN DE FLEUVE MÉTALLIQUE sur lequel ne peuvent naviguer que des BATEAUX EN PIERRE. Si ça, ce n’est pas inventif … Oh. Et les dakans se transforment EN OURS. Oui monsieur/madame. En ours monstrueusement puissant ! .

Bref, il serait difficile de vous en dire plus sur l’histoire sans vous spoiler une grande partie des tenants et aboutissants du récit, aussi je vous  invite très fortement à lire ces trois tomes. D’une seule traite parce que vous ne pourrez pas vous arrêter.


Terre Dragon, Erik L’Homme, Gallimard Jeunesse, 11.50€ par tome, trois tomes.

Quentin

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Alcibiade, jeune et sympathique garçon, se lance dans une quête pour découvrir son destin. Pour cela, il va lui falloir parcourir un long chemin et rencontrer le vieux sage qui lui montrera la voie.

Alcibiade est une fable philosophique. Pour sa première BD, Rémi Farnos nous invite à découvrir le chemin semé d’embûche qu’est la vie. Un récit simple et accessible pour les plus jeunes que les plus âgés peuvent apprécier comme une histoire très bien faite.

Ce qui fait l’originalité de cette œuvre, c’est l’emploi du gaufrier. Terme qui désigne le découpage des planches en cases, il est de 3 par 4 dans le franco-belge classique. Et si les codes ont évolué, la façon dont il est employé ici est brillante. Toujours en 4 par 4, les cases ne comportent pourtant pas toujours des dessins essentiels à l’histoire. On y trouve des grandes scènes sur toute la planche ou des cheminements qui suivent l’action de haut en bas.

Alcibiade est une grande réussite qui mérite toute votre attention. Soutenez des projets aussi ambitieux et des auteurs aussi talentueux et le monde de la BD n’en sera que meilleur. On notera aussi que la grande instance de la BD qu’est le festival d’Angoulême a déjà mis ses patounes sur le livre qui nous intéresse aujourd’hui et qu’il est dans la sélection jeunesse.

Sur ces bons mots, je vous souhaite une bonne fin d’année 2015, une bonne année 2016 et tout plein de curiosité pour découvrir et redécouvrir le monde.


Alcibiade, Rémi Farnos, La Joie De Lire, 10 €

Côme

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Qui, bercé par les  contes qu’on lui racontait dans son enfance, n’a jamais rêvé de se promener dans le monde enchanté  ? Quelle folie ! C’est bien parce que j’en ai rêvé qu’aujourd’hui je vous parle du Pays des Contes, de Chris Colfer, publié par l’ami Michel Lafon.

Il y aurait beaucoup à dire mais cet article sera court, pour vous laisser le plaisir de découvrir ce monde des contes de fées par vous même. Oh, et je ne parlerai que du premier tome, pas des deux autres (le deuxième est également disponible en poche, le troisième pas encore).

Allons-y !

Alex et Conner sont des jumeaux aux caractères bien opposés. D’un côté nous avons Alex, jeune fille brillante, assidue et sans amis. De l’autre Conner, un jeune garçon rêveur, pas stupide mais incapable de se concentrer et de plus en plus sujet à d’inopinées siestes pendant les cours. Ils vivent avec leur mère dans une petite maison de la banlieue depuis la mort de leur père, un an plus tôt. Tous deux ont été bercé par les contes, lus par leurs parents mais aussi leur grand mère un peu excentrique (et rien que pour ce personnage là, j’adorerais voir le rendu au cinéma).

Oh attendez. L’histoire ne commence pas directement par là. Faisons les choses dans l’ordre…

Il était une fois, au pays des contes, une jeune reine entrant dans une cellule au plus profond de sa prison. Cette jeune reine veut des informations, veut comprendre ce qui a poussé sa prisonnière à agir. Cette reine, c’est Blanche Neige; la prisonnière sa belle-mère …

Le prologue est donc une introduction à cet univers de contes et une mise en place très délicate de l’intrigue, ne nous donnant quasiment aucun détail. Pourquoi une telle insistance de Blanche-Neige ?  Quelle importance revêt le passé de la Méchante Reine ? De tout cela, nous ne sauront rien, puisque le prologue se finit sur cette tirade de l’ex-reine :

« Je vais te parler de mon passé, ou du moins du passé de la personne que je fus autrefois. Mais je te préviens : mon histoire n’est pas de celles qui se terminent par ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. »

La narration se déplace alors sur nos deux héros … en plein cours sur les Contes.

« Les contes de fées ne sont pas simplement des histoires qu’on raconte le soir avant de se coucher. On peut trouver la solution à pratiquement tous les problèmes imaginables das la conclusion d’un conte de fées. Ces contes sont des leçons de vies déguisées, avec des personnages flamboyants et des situations improbables. […]

Aujourd’hui, les parents laissent leurs enfants devant des dessins animés stupides et des films violents. Et quand certains enfants finissent par découvrir ces contes, c’est par le biais de versions abâtardies au cinéma. Ces adaptations suppriment souvent la morale d’origine, la remplaçant par des animaux de la forêt qui chantent et qui dansent. »

On découvre dans ce passage le personnage de Mme Peters, la professeure des jumeaux – oui, ils sont dans la même classe. Un personnage soucieux de l’avenir des enfants et qui cherche à les aider, sans pour autant être laxiste, puisqu’elle punit régulièrement Conner tout en essayant de l’aider.

Bien que cela semble sans incidence sur l’histoire du roman, les apparitions de Mme Peters sont importantes pour la progression de l’histoire, mais surtout pour la mise en avant de  la manière dont les deux protagonistes vont penser et agir. Oh, et aussi un peu pour les faire évoluer.

Bref.

L’anniversaire des enfants approche et avec lui le souvenir de la mort de leur père, décédé quelques jours avant le précédent. Pour cette occasion leur mère ne peut se libérer de son travail et leur grand mère maternelle va s’occuper de gâter ses petits-enfants adorés. Grand repas et plein de cadeaux au programme ! Mais surtout le magnifique livre Le pays des contes, ouvrage marquant les longues journées et soirées pendant lesquelles leur père et leur grand-mère racontaient des histoires.

Et voilà que le livre se met à faire des choses étranges alors qu’Alex l’examine et le dorlote. Un passage semble s’y ouvrir, elle y jette des stylos qui n’en reviennent pas.

Surprise à ces tests par son frère, elle trébuche et tombe dans l’imposant livre, suivie par son frère.

On retrouve le schéma de Narnia ou Alice au Pays des Merveilles, le passage accidentel dans un autre monde, un monde mystérieux et plein de fantasy.

Une grande force de ce premier tome – je ne parle ici que du premier, je vous le rappelle  – réside dans sa capacité à faire penser le lecteur à l’intrigue de fond sans pour autant lui donner d’indices particuliers et cela apparaît dès l’arrivée des enfants dans le monde des contes puisqu’ils voient un arbre très particulier dont leur père leur parlait lorsqu’il racontait son enfance et ses lieux secrets. A partir de là, tout un tas de questions vont s’accumuler pour le lecteur attentif, il fera des hypothèses plus folles les unes que les autres. Seulement à partir de cette anecdote et de différents autres points de l’histoire, qui n’ont vraisemblablement aucun lien logique entre eux. Mais voilà, l’histoire est ainsi écrite que les éléments les plus anodins semblent importants – et qui sait, peut être le sont-ils ?

Bref.

Pour revenir à nos deux petits, ils sont sauvés par Grenouille, qui va leur donner un  journal comportant les instructions pour activer un sortilège perdu ( He! mais c’est le nom du tome 1 ! ) accordant un souhait – et un seul. Ce qui leur permettrait de retourner dans leur monde. Pour se faire ils vont devoir écumer entièrement le pays des contes afin de récupérer les ingrédients nécessaires, certains évidents pour qui connaît les contes de fées aussi bien qu’eux, d’autres plus subtils.

Mais voilà que la Méchante Reine est à la recherche des ingrédients elle aussi – et ceux-ci sont uniques. Un contre-la-montre commence alors pour les deux enfants dont les aventures vont révéler bien des secrets.

En plus court : une lecture vraiment sympathique, pleine de rebondissements et de révélations inattendues – certaines assez classiques, mais c’est autre chose. Je vais de ce pas continuer de lire les autres tomes.


Le pays des contes, Chris Colfer, Michel Lafon, 7€.

Quentin

Salut les loustics, prévention du jour : mieux vaut ne pas laisser traîner ses mains sous les coussins des vieux canap’ abandonnés. De un c’est dégueulasse et pour peu que vous vous coupiez bonjour le tétanos; secundo il est probable que vous tombiez entre deux plis de tissu sur le seul moyen d’empêcher l’invasion de la terre par un dictateur extra-terrestre. Bah oui on vous avait prévenu, après si vous n’en faites qu’à votre tête faut pas venir chialer.

Comment ça c’est le 24 décembre et faut que je me calme ?!

M’enfin ils le savent maintenant que le Père Noël n’est qu’un biéreux qui traîne dans les salons des maisons mal fermées pour taper dans les trousses à pharmacies et les bacs à bières. Non ? Ah mince désolé.

Bon reprenons, un chouette livre à faire découvrir pour les fêtes :

Quand trois jeunes merdeux partent fouiner là où il ne faudrait pas (on parle toujours de canapé) ils vont malencontreusement mettre les pieds dans le plats et se retrouver au cœur d’un conflit dantesque entre aliens, (soit-disant humanoïdes, mais on sait jamais avec ces bêtes-là) ce qui expliquerait pourquoi la population a un comportement de plus en plus étrange, semblable à des automates… Absolument pas parce qu’ils sont sous LEUR CONTRÔLE ! Non non, ça serait trop vous en dire. Heureusement on parle de trois jeunes AMÉRICAINS, qui peuvent donc sauver le monde pépouze et rentrer prendre le goûter sans trop de problèmes.


Ce qu’ on a trouvé dans le canapé puis comment on a sauvé le monde, Henry Clark, Les Grandes Personnes 16€50.

Le Don Carlo

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Retour aux sources pour moi avec ce livre qui aborde mon genre préféré et que je n’ai que trop peu abordé jusqu’à maintenant.

Les Ombres blanches l’avaient prédit : un enfant viendrait au monde et tuerait le roi Arden, plongeant le royaume dans une spirale destructrice et s’emparerait de son trône pour asservir le royaume. Yélana devint cette reine, usurpatrice, animée d’une rage destructrice et décidée à assujettir le peuple par la force. Une situation qui dure maintenant depuis quelque temps, mais qui n’est pas arrivée jusqu’à la Plaine. Un paisible endroit du royaume en retrait de tout, vivant sous la protection d’un dôme magique, totalement coupé du monde extérieur. C’est ici que vit Yoran, un jeune homme courageux et téméraire qui suit le cours de sa vie comme si rien ne pouvait lui arriver à tel point qu’il se marie avec une douce jeune fille du nom de Loda.

Lorsque les habitants commencent à tomber gravement malades, tous se demandent ce qu’il peut bien se passer et tandis que Loda succombe elle aussi à la maladie, entre la vie et la mort, Yoran décide de partir à la recherche d’un remède et d’une solution pour sauver son village. Mais ce voyage périlleux va lui ouvrir les yeux sur les réalités du monde dans lequel il vit et notamment le joug impitoyable auquel est soumis le peuple par la Reine. Il ne se doutait pas que ce périple le changerait à jamais.

Premier livre de leur collection Epik, Intemporia n’est que le premier volet d’une trilogie d’héroïc fantasy qui promet déjà d’être à la hauteur de nos espérances tant son écriture est réussie. S’il ne fallait retenir qu’un seul livre des éditions Rouergue pour la jeunesse, ce serait pour ma part celui-ci, sans l’ombre d’un doute. En lisant ces lignes, je me prenais à rêver à nouveau d’un destin formidable qui m’attendrait à l’orée des mes 16 ans et c’est un sentiment qui est pour moi la preuve qu’un livre est réussi.


Intemporia : le sceau de la reine, Claire-Lise Marguier, Rouergue Jeunesse, 17,50 €

Rémi

L’affaire Jennifer Jones

 

L’Affaire Jennifer Jones est un de ces romans qui m’ont marqué quand je l’ai lu à l’âge de quatorze ans. Dix ans plus tard, je n’ai pas changé d’avis dessus et le considère toujours comme un livre fort dans une littérature jeunesse qui se moque souvent de nos ados. C’est toujours un peu compliqué la jeunesse, parce qu’on ne va pas se mentir, beaucoup d’auteurs et de maisons d’éditions ont tendance à se censurer sous prétexte qu’ils écrivent un livre destiné à des gens qui ne sont pas tout à fait des adultes. Mais aujourd’hui, on lit à douze ans ce qui était destiné à un public de quatorze. La jeunesse a évolué et les romans doivent en faire autant. Bref, je m’égare, là n’est pas le sujet.

Notre sujet, c’est ce roman de Anne Cassidy qui m’a clairement mis une bonne baffe en pleine face. Le roman débute, on suit Alice Tully, une jeune étudiante qui a une vie sans soucis, un petit boulot et un copain. Le souci, c’est qu’elle n’a pas de passé à raconter. Parce qu’Alice s’appelle en réalité Jennifer Jones et qu’elle est sortie de prison il y a moins d’un an. L’affaire Jennifer Jones avait scandalisé tout le pays. Parce que cette petite fille de dix ans avait tué une autre enfant du même âge. BOUM, je pose le truc. On parle d’une enfant qui en a tué une autre. Et oui, c’est destiné à un public à partir de douze ans. On peut considérer ce livre comme un réel roman noir pour le jeunesse. Le récit est structuré de telle manière : on suit Alice dans le présent puis c’est un énorme flashback qui nous raconte son enfance et ce qui l’a poussée à commettre l’irréparable.

On a affaire ici à une psychologie maîtrisée de bout en bout. De part le contexte familial de Jennifer et sa relations avec ses amies, on finit par comprendre le pourquoi de son geste. Par contre, l’acte en lui même n’est jamais justifié ou accepté. On sent arriver l’irréparable et on est totalement impuissant face à cette situation. Parce que oui, la fillette qui se fera assassiner est une peste insupportable, néanmoins on ne peut justifier son meurtre. Tout comme le fait que Jennifer vive avec sa mère, qu’elles soient pauvres et qu’elle voit beaucoup d’hommes défiler dans la chambre de sa maman ne pardonne pas son crime.

L’Affaire Jennifer Jones est un roman complexe qui amène le lecteur à réfléchir et à se poser les bonnes questions. Comment est-il possible de commettre un meurtre à l’âge de dix ans ? Et surtout, comment continuer à vivre après ça ? Alors oui, c’est un roman très noir et peut être dérangeant mais franchement, permettons aux ados de pouvoir avoir une réflexion intellectuelle entre deux romans sur les vampires et les cancéreux !


 

L’Affaire Jennifer Jones, Anne Cassidy – Editions Milan (Macadam), 12.50€

Zoé

Une chronique un peu particulière aujourd’hui puisque Les copies de Wung-Sung était une sortie très attendue et surtout très aguichante avec pour pitch un croisement entre les films A.I. de Spielberg et Blade Runner de Ridley Scott. Sexy comme programme, non ?

L’avenir est sombre pour nos petites têtes blondes avec l’apparition d’un nouveau virus qui décime uniquement les enfants et qui est d’une efficacité remarquable. En attendant de trouver un antidote, toute la jeunesse est cryogénisée, donnant le temps aux chercheurs de concocter un vaccin. Le problème qui se pose soudain aux parents, c’est ce vide, cette absence chaque jour plus insupportable qui a remplacé la joie de vivre. Un nouveau manque est né et la société très bien attentionnée : « Vie Ressuscitée » va proposer le tout premier service de clonage d’enfants, permettant aux adultes de voir grandir leur progéniture le temps qu’il faudra pour guérir l’original. Il n’y a pas de problèmes, seulement des opportunités !

Les années passent, Jonas est un ado comme les autres, il aime le foot et cette fille qui le regarde jouer. Mais Jonas n’est pas un original qui voit débarquer son clone à la maison, non. Jonas c’est le clone qui a pris la place du malade. Et le roman s’ouvre sur le retour du miraculé chez les siens. Une belle famille de nouveau unie qui n’a plus besoin d’un enfant de substitution, et qui va donc faire appel au S.A.V. de « Vie Ressuscitée ». Société qui est très au point pour la « désactivation » de ses produits…

Seulement voilà, il y a des détails chiffonnants dans ce récit. Si les deux premiers tiers relatent la fuite désespérée de Jonas et d’autres clones à travers un territoire devenu terriblement hostile aux « copies », j’ai le sentiment que l’auteur s’est trompé de direction. Car si on peut voir de nombreux travers de nos sociétés tout au long du roman, avec un thème pareil ce n’est pas de surconsommation ou de diabolisation dont j’aurais voulu entendre parler, mais bien d’une question fondamentale : pourquoi faisons-nous des enfants ?

Ma surprise c’est que, contrairement à ce que je m’attendais, ce n’est donc pas un récit d’action, avec pour fond la grandiloquence nauséabonde de la science quand elle est débridée, mais bien un récit extrêmement dur, où l’obsolescence programmée des clones les conduit lentement vers la mort après leur avoir fait arpenter les chemins de la folie. Or quitte à être exigeant dans ses textes, le Rouergue et son auteur auraient pu aller un chouia plus loin pour interpeller chacun de nous sur les questions que chaque humain se posent un jour.

C’est donc un livre étonnant qui agrippera les lecteurs qui accepteront de se faire surprendre, et fera peut-être peur à tous les autres.


Les copies, Jesper Wung-Sung, Le rouergue, collection Epik, 11.70€

LeDonCarlo