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Littérature étrangère

Thursday Next, détective littéraire au sein des Opsec, va se voir confronter à Archeron Hadès, un génie criminel aux étranges capacités.

C’est une uchronie que nous présente Jasper Fforde dans l’affaire Jane Eyre et ces suites. L’Angleterre et la Russie sont en guerre depuis un siècle pour la Crimée. Le groupe Goliath dirige en secret l’Angleterre et le Pays de Galles est une nation indépendante. La littérature y est extrêmement importante, et des conflits armes peuvent avoir lieu entre défenseurs de tels ou tels auteurs.

C’est un peu compliqué de vous parler de ce qui fait le cœur de cette série sans vous spolier la fin du premier tome. Donc, si vous voulez découvrir le premier livre, sachez que cette enquête mâtinée de fantastique est pour l’instant le meilleur tome que j’ai lu de cette série. Maintenant, passez votre chemin (et allez lire d’autres articles de mes chers compagnons).

À la fin du premier tome, Thursday découvre l’existence du monde des livres, endroits ou sont créer et stocker les histoires, présentes et à venir, dans lesquels les personnages vont jouer leurs rôles, mais aussi vivre leurs vies en dehors du développement de l’intrigue. Et notre héroïne va intégrer la police de cet endroit et commencer à découvrir l’envers du décor.

Pourquoi cette série est si bien ? Au-delà de la mise en abîme permanente, et qui ne fais que s’enrichir en nous plongeant toujours plus loin dans le jeu de l’auteur. Et surtout, si votre plus grand rêve est d’écrire un livre, ce bon vieux Jasper vous explique, entre les lignes, comment éviter les écueils narratifs ou vous apprend certains concepts bien utiles. Et pour ceux qui auraient une passion pour la littérature classique anglaise, voire la cession de management de la colère des personnages des Hauts de Hurlevents reste un moment splendide.


L’affaire Jane Eyre, Jasper Fforde, 10/18, 9.60€
Délivrez-moi !, Jasper Fforde, 10/18, 9.40€
Le puits des histoires perdues, Jasper Fforde, 10/18, 8.60€
etc…

Côme

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« We don’t read and write poetry because it’s cute. We read and write poetry because we are members of the human race. And the human race is filled with passion. »
( On ne lit pas et on n’écrit pas de la poésie parce que c’est joli. On lit et on écrit de la poésie parce qu’on fait partie de l’humanité. Et que l’humanité est faite de passions. )
Dead Poets Society, 1989

Rarement définition de la poésie ne s’est aussi bien appliqué qu’à Kim Sakkat, le poète vagabond.

Kim Sakkat est un poète légendaire coréen. Il a vécu au début du XIX° siècle dans une Corée en pleine crise social, secouée par des révoltes populaires envers le régime et les administrations. A l’époque, Kim Sakkat porte encore le nom de Kim Byongyon. Les Kim sont une famille très importante, avec des relations haut placées et un lieu de sang avec la famille royale. Le grand-père de notre poète est gouverneur d’une ville-garnison, qui va etre prise d’assaut par la révolte au plus fort de celle-ci. Malheureusement ( ou heureusement, peut-être ) ce grand-père commet le crime de se rendre à l’ennemi, devenant traitre à la nation. Et selon la loi en vigueur à l’époque, sa famille doit payer sur trois générations. Grâce au dévouement de quelques esclaves serviteurs, les petits-enfants vont etre sauvés avec leur mère. Réduits à se cacher et à vivre parmi la plèbe après avoir passé une enfance de noble, voici l’une des bases du grand conflit intérieur qui va ronger Kim Sakkat toute sa vie.

Car c’est un poète en contradiction avec son temps qui se révèle à nous. Elevé comme fils de noble jusqu’à l’age de cinq ans, puis comme un roturier. Son père mourra quelques années après la déchéance. Son frère ainé deviendra homme de la terre pour subvenir à leurs besoins. Sa mère portera sur lui tous ses espoirs de voir revenir leur gloire passée. Il veut haïr son grand-père et le régime de l’avoir mené à cette place, mais le culte de la piété filliale le lui interdit, quand bien même il est nommé « descendant de traitre ». Génie des lettres et de la rime, il tentera de s’en servir pour retrouver son ancienne place, puis la retournera pour critiquer son époque, ses puissants et leurs règles. Il passera une grande partie de sa vie sur les routes, en poète vagabond, baton en main, sandales aux pieds et sakkat sur la tête ( un champeau de bambou ) à semer sa poésie dissidente et critique.

Même si il est un des poètes les plus grands de son époque, et sans doute le plus grand de son pays, on sait peu de choses véritable sur sa vie. La tradition orale nous a rapporté la plupart de ses poèmes mais son parcours n’est connu que par l’intermédiaire de quelques bornes plus ou moins bien définies. Connaissant en plus la propension de l’époque à se choisir un nom de plume et à en changer facilement, l’on comprend comment l’histoire put devenir mythe, pourtant si proche de nous temporellement.

Dans son livre Le Poète, Yi Munyol s’attache à rebatir cette histoire légendaire en prenant comme base les évènements majeurs que l’on sait avoir forgé l’homme. La destitution de sa famille, bien sur, mais aussi ses jeunes années, son mariage, ses inscriptions à quelques concours de poésie ( la Poésie était une matière « noble » que les responsables de l’état se devaient de maitriser selon un style très encadré : nombre de syllabes, thématiques, et autres ). Son errance est ainsi retranscrite de la manière la plus fidèle possible, Yi Munyol se servant de description extrèmement précise de lieux et de situations pour ancrer son récit dans la réalité la plus authentique.

Véritable roman d’apprentissage, ce livre est également un voyage initiatique. Roman d’une vie si bien décrite que l’on veut le croire biographie, Le Poète nous fait revivre une histoire maint fois vérifié. Celle d’un homme incontrôlable, hostile au pouvoir en place mais pourtant créé par lui, méprisant les règles de son art mais les maitrisant parfaitement, un homme reniant son ascendance car étant passé de l’autre coté de la barrière sans pouvoir faire demi-tour.

Pourtant, ce n’est pas un récit malheureux qui nous est fait. Pas de misérabilisme pour ce personnage tourmenté, mais une tentative d’expliquer et d’amener à comprendre le pourquoi de la formation d’un tel esprit dans un homme aussi secoué par la dureté de son époque. Conflits générationnels, prises de conscience, fuite en avant et pour finir haine du pouvoir, rien ne semble vouloir être épargné à l’homme mais c’est de toutes ses expériences, de tout ses travers, ses haut comme ses bas que Kim Sakkat parviendra à forger sa poésie la plus pure. Parti d’une maitrise conventionnée de son art, il va peu à peu apprendre à en briser chaque code, l’utilisant et la manipulant, modifiant son approche à chaque expérience, pour finir dans la plénitude.

La poésie pure, comme une force idéale.

Ne pleurez pas notre mort,
Notre vie était consacrée au combat.
Chaque goutte de sang deviendra un bourgeon
Et fleurira dans un monde meilleur.


Le Poète, Yi Munyol, Babel Actes Sud, 7,50€

Valmon

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Un peu de fonds ne fait pas de mal. Le Don Carlo m’a offert un livre pour mon anniversaire (originalité bonjour) et je viens seulement de le lire (c’est pas comme si mon anniversaire était au mois d’avril). Et bon ben, je l’avoue, il est très fort pour trouver les bons bouquins. Enfin, pour trouver quelque chose qui va me plaire. Parce qu’avouons-le, la vie de libraire c’est parfois (souvent) lire pas mal de daubes. Et parfois (souvent), je n’arrive plus à lire du tout. Maintenant, je sais que le Don Carlo saura me remettre sur le bon chemin dès que j’aurai perdu la foi. Bref, parlons peu, mais parlons bien.

Et ne cherche pas à savoir est une vraie petite pépite des éditions Rivages/Noir. Cette collection, c’est un peu le must du must dans le polar. Et pourtant, ça reste toujours très classique dans le roman noir et le roman policier/thriller (ceci n’est absolument pas une critique, le classique c’est merveilleux quand c’est bien fait et chez eux, c’est toujours parfait). Et là, on ouvre ce bouquin et on se retrouve avec Lucy, une envoyée du Diable Himself, qui vient récupérer l’âme de ceux qui l’ont vendue au grand manitou pour soit être pleins aux as, soit pouvoir bander quand ils veulent (ouais, c’est très chic, mais on aime beaucoup). Sauf que, problème, elle se retrouve dans un bled paumé où Gösta (le mec qui voulait à tout prix pouvoir se servir de son membre viril en échange de son âme) se cache pour échapper aux termes de son contrat. Lucy va donc faire le tour de la ville, interroger des gens qui le connaissent pour savoir où il se cache. Bien sûr, le bled est rempli de gens tous plus tordus les uns que les autres. Entre le médecin légiste qui se tape les cadavres des jeunes filles assassinées par Le Piqueur (tueur en série somme toute plutôt classique : il tue les nanas à coup de pic à glace dans le cœur); Nan, la flic fauchée qui rackette les petits dealers; Véronique qui rêve de s’envoyer en l’air avec Nan mais qui est mariée à son légiste nécrophile; Bess qui trimbale dans toute la ville le corps de son frère travesti, mort sous les coups du Piqueur; une chose est sûre : on ne s’ennuie pas une seule seconde !

Alors qu’est-ce qu’on aime ? Le côté morbide et glauque des personnages (franchement, qui a pour animal de compagnie un crocodile dans sa piscine ?) mais aussi toutes les situations plus loufoques les unes que les autres. Vraiment, c’est un réel bon moment que l’on passe en lisant cet ovni. Parce que c’est complètement barré mais que ça tient quand même la route, et qu’il y a aussi un suspens entretenu pendant toute l’intrigue : est-ce que Lucy va retrouver Gösta ? Qui est le Piqueur ? Bess arrivera-t-elle à trouver un endroit pour cacher le corps de son frère ? Toutes ces questions animent le récit et font qu’il est vraiment difficile de le lâcher une fois qu’on l’a commencé ! Un vrai régal qui plaira à ceux qui aiment se détendre en lisant des histoires où les filles s’envoient en l’air ensemble et où des gens se font dévorer par des crocodiles …


Et ne cherche pas à savoir, Marc Behm – Editions Rivages/Noir – 8.65€

Zoé

Un accident terriblement meurtrier laisse une jeune fille orpheline et gravement brûlée. Sa seule chance de survie est d’atteindre l’hôpital le mieux équipé de la ville voisine mais quitte à être dans la panade, autant y aller jusqu’au bout ! Car c’est aussi l’hiver où une tempête terrible frappe, déferlant à toute vitesse sur le comté, gelant tous les axes routiers et paralysant l’aviation. Les secours sont bloqués, la gamine na va pas passer la nuit, pas de bol, c’est le soir de Noël.

C’est sans compter sur l’obstination de tout nouveau shérif, Walt Longmire, têtu comme une mule, qui va monter au bras levé une équipe de sauveteurs improvisés pour rapatrier la gosse. Son prédécesseur, vétéran déjà bien bourré au pur-malt, une jeune pilote qui maîtrise très bien la théorie et un médecin sans matériel. Quant à l’avion capable de dompter ces vents, il s’agit du Steamboat, bombardier de la seconde guerre mondiale, vestige d’un monde passé aux boulons rouillés et à la carlingue mal en point. Hé, s’agirait pas de perdre espoir, après tout c’est le soir de Noël.

Ce roman court aux allures de faux polar est l’une des premières affaires de Longmire le soir du réveillon en 1988, alors qu’il vient tout juste d’être élu shérif. Et l’atout majeur de ces quelque 170 pages, ce sont ces personnages, autant plus fort que le livre est court, chaque réplique est une punchline en puissance. Le pilote est assurément l’image même du yankee immortel revenu du Pacifique après avoir copieusement bombardé le Japon, la co-pilote une jeune apprentie levant le coude plus souvent qu’à son tour, le médecin, lui, aurait plutôt le rôle de Mac Gyver, transformant une soute d’avion miteuse en bloc opératoire; et surtout Longmire, force tranquille qui semble déjà près à porter le monde à bout de bras.

C’est viril, épique, sans le moindre doute américain. Et on en redemande.

Steamboat – Craig Johnson – Gaillmaster – 21.50€

LeDonCarlo


La chouette couverture originale

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Comme j’étais remplie de joie quand j’ai appris que Iain Levinson (je ne sais absolument pas comment son prénom se prononce) avait écrit un nouveau livre. J’ai découvert cet auteur avec Arrêtez moi là, un roman qui prenait aux tripes et qui amenait à réfléchir. Un chauffeur de taxi qui se retrouve condamné pour l’enlèvement d’un enfant, simplement parce que tout l’accuse alors que bien évidemment, il est innocent. On plongeait dans la justice américaine et dans ses points faibles. Une vraie critique qui nous amenait à penser qu’il était possible que plusieurs détenus aujourd’hui, soient en prison alors qu’ils n’ont rien fait.

Ils savent tout de vous est un peu différent dans le genre. On se retrouve d’un côté en compagnie de Snowe, flic de la route, qui se réveille un matin et réalise qu’il lit dans les pensées des gens. Constat tout à fait perturbant. De l’autre côté, on a Denny, un condamné à mort qui lui aussi est doté de ce pouvoir. Une certaine Terry vient lui rendre visite pour lui demander un service. Elle travaille dans une agence bien secrète et voudrait utiliser le don de Denny pour l’intérêt de cette agence. Elle lui promet de le faire sortir du couloir de la mort s’il accepte de travailler pour elle. Et bien évidemment, rien ne va se passer comme prévu …

On retrouve le style de Levinson (j’ai décidé de ne plus prononcer son prénom), très rythmé et maîtrisé. Parce que forcément, les deux télépathes vont finir par se rencontrer et découvrir qu’il y a quelque chose de louche avec cette agence. C’est un roman assez court (environ 250 pages) qui se lit d’une traite (si vous n’êtes pas ultra-occupé comme moi). On y retrouve tout ce qui marche, un mélange de polar et de SF qui fonctionne terriblement bien. En si peu de pages, c’est un exploit. Rien n’est laissé sans explication (ou tout du moins, rien qui pourrait nous déranger).

Levinson réussit totalement son coup en s’essayant à un nouveau genre. On a hâte de lire le prochain !

Ils savent tout de vous, Iain Levinson, Editions Liana Levi, 18€

Zoé.

Gurb

18h. 00 Je décide de commencer à rédiger ma chronique pour demain. Sans nouvelles de ma motivation.

18h. 06 Donc c’est l’histoire de Gurb, un extraterrestre qui disparaît dans Barcelone déguisé en Madona.

18h 07 Sans nouvelles de ma motivation.

18h 08 Sans nouvelles de ma motivation.

18h 09 Sans nouvelles de ma motivation.

18h 10 …

18h 11 Vous connaissez la blague de toto qui va à l’école ?

18h 12 Je fais une pause de 5 minutes et je m’y remet.

23h 47 L’auteur, c’est Eduardo Mendoza, l’un des plus fameux romanciers espagnols contemporains, et l’ouvrage est brillamment traduit par François Maspero. Sans nouvelles de ma motivation.

00h 29 J’ai suivi la piste d’un vieux dealer russe qui traîne toujours dans l’un ou l’autre des bars de Vincennes, paraîtrait qu’on aurait aperçu ma motivation vers Châtelet, je suis cette piste.

01h 51 Elle est là, dans un piteux état, mais bien vivante. Quelques shots de Vodka et elle repart de plus belle. Mon devoir va pouvoir être fait.

01h 52 Sans nouvelles de Gurb est un roman humoristique et satirique écrit sous la forme d’un journal de bord. L’écriture mélange subtilement descriptions cliniques et langage familier voire vulgaire, créant ainsi une ambivalence de style proprement hilarante. L’auteur emploie également énormément de comique de répétition, et dresse un portrait gentiment critique de l’homme moderne et de nombre de ses comportements vains, tout en tournant en dérision la logique faussement implacable du narrateur extra-terrestre et de sa condescendance exacerbée.L’ouvrage est très court, mais aurait-été répétitif sans la capacité de Mendoza à enchaîner les situations délicieusement absurdes.
Sans nouvelles de Gurb est tout simplement un must-read de la littérature espagnole, et un…

01h 53  Sans nouvelles de ma motivation.


Sans nouvelles de Gurb, Eduardo Mendoza, Points, 6.50 €

Armand

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Harper Lee.

Que dire de plus ? Quoi dire d’autre ?

Contextualisons le phénomène d’édition qu’est ce troublant roman Va et poste une sentinelle.

Premièrement, ce roman est une suite. Le premier ouvrage de l’auteure, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, est un roman d’apprentissage publié en 1960 qui nous raconte une partie de l’enfance de Scout, jeune fille habitant dans l’Alabama, état sudiste raciste de l’Amérique profonde. A travers les yeux de Scout, l’on nous raconte le procès d’un jeune noir accusé d’avoir violé et battu une jeune femme blanche. Le père de Scout, avocat, est commis d’office à la défense de l’accusé. Bref…
Ce premier (et très longtemps unique) roman est devenu rapidement un classique.  Histoire culte, prix Pulitzer 1961, pilier de la littérature américaine, pilier de la littérature tout court, une réussite grandiose. En sera tiré un film récompensé par de nombreux oscars (Du silence et des ombres, une merveille également). Pour tous et toutes qui ne l’ont pas encore lu, précipitez-vous chez votre libraire préféré.

Deuxièmement, ce roman a été écrit AVANT son prédécesseur. Harper Lee décida, à l’époque, de ne pas proposer ce manuscrit après le succès immédiat de l’autre et alors même qu’elle avait déclaré travailler à un nouveau livre. Les raisons en sont encore un peu floues, tout comme celles qui l’ont finalement amenées à la publication. La théorie la plus plausible reste celle d’une certaine pudeur de la part de l’auteure car son roman est abondamment inspiré de sa propre vie. Sans aller jusqu’à l’autobiographie, de nombreuses situations rappellent la situation familiale des Lee, son père était un avocat qui eut à défendre des hommes noirs accusés de meurtre, elle a eu un frère de quatre ans son ainé et une gouvernante noire, tout comme son héroïne, et le procès relaté dans le roman fait écho à de nombreux événements qui eurent lieu pendant la jeunesse de Harper Lee.

Troisièmement, ce roman est attendu depuis plus de CINQUANTE ANS. Essayons d’imaginer un peu, à l’époque de la sortie de son premier roman en 1960, Harper Lee était une jeune femme de 34 ans. Elle connait alors rapidement une certaine notoriété internationale grâce au succès, aux traductions et au film qui en est tiré. Secrétaire plus ou moins officielle de Truman Capote, dont elle était une amie d’enfance et qui a également inspiré un des enfants présents dans Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, on peut supposer qu’elle avait désormais un pied bien engagé dans le monde de la littérature. La promesse d’une belle carrière sera tuée dans l’œuf par l’auteure elle-même qui ne publiera aucun autre roman par la suite, jusqu’à 2015.

Pour toutes ces raisons, ce roman mérite déjà amplement que l’on s’y attarde. Voyons maintenant le cœur, l’histoire, l’intrigue, la substantifique moelle.

Vingt ans après les tragiques événements retranscrits dans Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur (non mais sérieusement, courez l’acheter !) Jean Louise « Scout » Finch, héroïne du premier opus, retourne dans son Alabama natale après quelques années passées à New-York. L’Amérique est en plein bouillonnement politique et les tensions d’avant-guerre ressurgissent tant ses racines sont profondes dans les régions sudistes. Scout retrouve sa famille, père, tante et oncle, son amant et ami d’enfance, mis aussi toutes les choses qu’elle avait fuit en partant à l’autre bout du pays. Une fois de plus, Jean Louise va confronter ses idéaux d’égalité, de droits et de justice à ceux de « sa » ville. Par ce douloureux retour au pays, elle va se rendre compte à quel point son regard désormais adulte ne peut plus lui permettre de faire l’impasse sur la couche bourbeuse des préjugés centenaires présentes sur tout ce qui l’entoure, même dans son propre foyer.
Car voici venir la révolution, que dis-je, l’Attentat Littéraire. Atticus Finch, le Père, l’avocat défenseur des droits des noirs, l’homme pétrit d’humanisme et de respect, le protagoniste ayant certainement le plus permis la reconnaissance de Ne tirez pas… comme un livre d’anthologie, aujourd’hui l’un des plus étudiés dans les écoles américaines, cet homme-là n’est plus qu’un doux vieillard, aux os malades, et siégeant dans des conseils citoyens de sauvegarde de la race blanche. Lorsque la voie s’effondre, à quoi peut-on s’accrocher ?

Ce livre n’est pas un grand roman. Ce n’est pas une révélation. C’est tout simplement un coup-de-pied au cul de rappel monstrueux à l’Amérique. Un héritage qui arrive cinquante ans après le succès de son légataire, et qui semble nous dire :  » N’ignorez pas ce que vous pouvez seulement ne pas voir « .
Ce n’est pas vraiment une suite. Ce n’est pas une autre histoire. C’est la conclusion inévitable de son illustre ancêtre. Un roman écrit il y a près de soixante ans mais toujours d’une effroyable actualité.


 

Va et poste une sentinelle, Harper Lee, Éditions Grasset, 20.90€

Valmon