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Littérature française

9782812609459

Obia. L’Obia te donne de la force. Il attire sur toi la bénédiction des anciens. Ceux qui sont morts ne sont pas morts. Ils marchent avec toi, dans tes pas et te protègent. L’Obia renforce ton corps mais aussi ton esprit. Si tu es en danger, tu trouveras la ressource. Les blessures éviteront ton corps et tu détruiras tes ennemis. Mais attention, si tu doutes, l’Obia te délaissera. Tu dois affronter ta peur et agir en guerrier. C’est à ce prix que l’Obia sera sur toi. Ne doutes pas et tu passeras. N’oublie pas … Tu as une mission !

Sur les routes boueuses et les chemins de terre de Guyane, à travers la jungle de tôles et de verdure, Clifton fuit. Il est tout jeune encore. A peine homme, déjà père, mais pas encore prisonnier. Il transporte avec lui les pires des passagers : la peur et la mort. Mais il a un atout de taille. L’Obia : la magie des Noirs-Marrons, ces descendants des esclaves africains qui se sont enfuis dans la foret amazonienne et dont les esprits ancestraux venus des terres d’Afrique veillent sur lui.

A sa poursuite, deux hommes que tout oppose. Marcy, le major. Géant créole pur jus, mastodonte bien en chair dont la connaissance du terrain et de ses habitants n’a d’égale que son ambition. Mais sa réputation de tête brûlée l’empêche d’avancer.
A ses cotés, Anato, le capitaine. Lui est un Ndjuka exilé. Ses étranges yeux jaunes et sa réserve naturelle dissimulent un homme tourmenté par la recherche de son passé, caché sur les rives du fleuve Maroni, frontière naturelle entre la Guyane et le Suriname.
Sur fonds de cartel de drogues et de guerre civile surinamaise, un contre-la-montre s’engage. Nous ne vous en dirons pas plus sur l’intrigue, préférant vous laisser le plaisir de la découverte.

Voici donc le troisième polar guyanais de Colin Niel, nouveau venu sur la scène du crime. Après Les Hamacs de carton en 2012 et Ce qui reste en foret en 2013, il récidive avec Obia. Reprenant avec plaisir son personnage du capitaine Anato, cet exilé à la recherche de ses racines, il explore une nouvelle facette de ce terrible bout de France perdu sur la cote Amazonienne.

Colin Niel est certes un auteur mais il a également participé à la création du parc Amazonien de Guyane – que vous pouvez visiter – et est tombé amoureux de cette région dont il parle dans son oeuvre.

A travers ses différents personnages, vous découvrirez l’histoire de cette région française d’Amérique du Sud – pour ceux du fond qui ne sauraient pas où ça se situe, la Guyane se trouve au nord du Brésil – mais aussi plus globalement, l’histoire – avec un grand H – de la région. Vous vous y imprégnerez des cultures locales et des difficultés auxquels peuvent être confrontés ses habitants si éloignés de la métropole. Car oui, Colin parle de cette société guyanaise, de ses clivages sociaux, culturels, de leurs origines, avec brio, de tous les sujets possibles et imaginables par le prisme du roman policier et des relations entre ses personnages – principaux comme secondaires – et de leurs quêtes respectives, de leurs visions du monde qui les entoure, de leurs attentes. Et ces personnages, quels personnages, hauts en couleurs, aux caractères bien approfondis, chacun représentants une face de la culture guyanaise.

Bref, ne vous retardons pas, on ne saurait que vous conseiller de lire Obia (et les autres aventures du capitaine Anato, disponibles en poche) dont vous ne pourrez sortir avant la fin tant le rythme est maîtrisé – tout comme l’écriture, d’ailleurs – allez donc vous le procurer !


Obia, Colin Niel, Rouergue,

Les Hamacs de Carton, Colin Niel, Rouergue et Babel pour l’édition poche

Ce qui reste en forêt, Rouergue, et Babel pour l’édition poche.

Quentin et Valmon

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Alors que je suis plongé dans ma lecture pour le prochain article, mon cerveau me rappelle à l’ordre.

« Hey t’as un autre article à faire pour mardi, ça serait pas mal de t’y mettre hein?! »

Je repose donc à contre cœur le pavé sur un coin de mon lit – ouais, j’ai pas de bureau – et jette un œil à la pile de livres terminés, me demandant lequel il me fallait absolument vous faire re/découvrir. Alors j’ai un peu fouillé dans ce joyeux bordel, et vu que c’est bientôt Noël, je me suis dit qu’il fallait un truc pas trop déprimant – parce que le prochain article il va pas être des plus joyeux.

Comme mes lectures sont assez déprimantes dernièrement, ça m’a pris un peu de temps. Mais voici Amours, de Léonor De Récondo, aux éditions Sabine Wespieser, publié en janvier 2015.

De quoi que ça parle ? On y suit différents personnages dans un huit-clos (enfin quasiment un huit-clos, à de rares scènes près) dont l’histoire se déroule au début du XXe siècle. Victoire, d’abord, est une jeune femme mariée à Anselme de Boisvaillant, notaire taciturne, dont le passé et les origines le préoccupent. Nous avons ensuite Céleste, la très jeune bonne de la maison ainsi que Huguette et Pierre, le couple qui s’occupe de tenir la propriété.

Bien, maintenant que l’on sait à qui l’on a affaire, on va voir de quoi il retourne précisément.

Comme vous l’aurez sans doute compris, l’histoire se passe dans une famille bourgeoise du début XXe. Monsieur et Madame sont mariés depuis quelques années maintenant mais n’ont pas encore d’enfant, ce qui pose un léger problème socialement parlant. Et ce n’est apparemment pas le seul problème de ce couple … D’un côté, Madame ne prend pas plaisir aux rares relations avec son mari et semble considérer les relations sexuelles comme quelque chose d’assez malsain. De l’autre côté, Monsieur semble préférer sa servante. Enfin. Son travail semble passer avant tout ça, le sexe ne venant que lorsque l’envie lui prend. Le roman s’ouvre d’ailleurs sur cette scène où Anselme s’amuse avec une Céleste faisant tout pour ignorer sa présence… C’est également de cette manière que réagit Victoire lorsque vient le moment d’essayer de donner un héritier à belle-maman.

Eh attendez ! On dirait fort une histoire déprimante là. Celle d’un couple dans lequel rien en va et qui commence à se fissurer. Ah mais vous pensiez que c’était là toute l’histoire ?  Bien sûr que non. Au-delà de ces aspects assez sombres du roman, Amours est avant tout un roman sur l’amour. Sur plusieurs relations, passées et présentes, et un peu futures dans un sens.

Vous l’aurez compris j’imagine, nous sommes au début du XXe siècle dans un milieu bourgeois où donner un héritier – mâle si possible, faut pas déconner – est un point important de la vie maritale. Or les rares et peu satisfaisants rapport du couple ne risquent pas de les amener dans cette direction. En revanche les « relations » entre monsieur et sa bonne …

On se retrouve avec une bonne enceinte, ce qui dans une autre famille et à la même époque l’aurait amenée au chômage avec une petite compensation pour son silence, mais ici, la bonne et l’enfant gagnent le droit de rester. Mieux ! L’enfant trouve des parents et une bonne bien charmante.

Just kidding. Une mère jalouse et un père fier mais absent.

Une grande partie de la force du roman, c’est la force de la description des sentiments, de l’amour maternel – qu’ils soient de la vraie mère ou de la mère adoptive – de la découverte de l’autre.  Mais c’est aussi la découverte de l’amour et du corps, la folie qu’apporte ce sentiment nouveau pour les personnages impliqués. Il en sort une douce poésie, celle de l’interdit, celle de l’amour parfait, de la relation naissante menée par le hasard mais également celle d’une relation ancienne, belle, qui surmonte tous les handicaps que la vie lui impose : l’éloignement, la guerre, l’infirmité, les secrets …

Ce que nous raconte ce roman, c’est la société de l’époque, sa vision de la famille, ses attentes, ses secrets que l’on cache le plus loin possible. Mais aussi, paradoxalement, c’est la force de certaines personnes à agir selon leurs sentiments, même s’ils vont à l’encontre de ce que la société attend d’eux. C’est aussi la différence entre la société bourgeoise provinciale et la société parisienne plus libérée (ou indifférente, selon votre vision de la scène).

Que nous faut-il pour ouvrir les yeux et oser voir en face nos propres sentiments ? Les assumer, les montrer et les partager sans attendre sous peine de le regretter amèrement dans le futur ? Peu importent les obstacles, le bonheur trouve son chemin, ne serait-ce que pour un temps.

Bref c’est un très bon roman sur la découverte des sentiments, auquel je reprocherais peut être sa quatrième de couverture un peu trop détaillée; mais au final ce n’est pas si grave puisque le style d’écriture très musical de Léonor De Récondo entraîne le lecteur dans une histoire dont il ne peut ressortir avant la fin, même en ayant connaissance d’une part importante du récit.


Amours, Léonor De Récondo, Sabine Wespieser Editions, 21€.

Quentin

variante chilienne copie

 

Il y a des histoires qu’on rencontre un peu par hasard. Sans trop savoir comment un livre vous arrive dans les mains et sans trop savoir pourquoi, on se lance. Dans mon cas, je me suis jetée dans La variante chilienne de Pierre Raufast, un peu par hasard, sur la terrasse d’un café. Je dois bien l’avouer, j’ai passé un très bon moment en la compagnie de ces histoires. On découvre pages après pages l’histoire de Florin, un homme qui ramasse des cailloux pour fixer ses souvenirs. Florin, qui a l’air de vivre un peu en ermite dans le fond de la vallée dans laquelle sont venus se réfugier Margaux, jeune fille éprise de poésie et Pascal, professeur de philo et narrateur/rapporteur des contes de Florin. Les deux vacanciers vont se retrouver pour écouter Florin déballer ses cailloux.

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Ne vous fiez pas à la couverture, ceci n’est pas un roman pour midinette

Pendant longtemps, j’ai été sage, prude et innocente. Pour moi, la littérature érotique était vraiment un monde inconnu. Et un jour, en me promenant entre les rayons de la médiathèque de la ville de ma jeunesse, j’ai trouvé un roman d’une auteure qui m’était complètement inconnue : Superstar d’Ann Scott. J’avais quatorze ans et j’étais en plein dans ma période rebelle. Alors l’histoire d’une femme qui évolue dans l’univers de la nuit et de la musique, ça m’a tout de suite tentée. En plus, il était apparemment question d’une relation amoureuse tumultueuse. Tout pour séduire mon cœur d’adolescente. Si j’avais su la claque que j’allais me prendre, je m’y serais préparée.

Superstar, c’est l’histoire de Louise. Louise vient de décrocher un gros contrat qui lui permettrait enfin de vivre de sa musique : la techno. Parce que pour le moment, elle est au RMI (on est dans les années 90′) et sa vie se résume à sortir en boite avec ses copines et à mixer quelques fois, sans grande gloire.  La drogue est présente aussi. Ce contrat, c’est sa chance. Surtout depuis qu’elle n’est plus avec sa copine, Alex.

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arsan

 

C’est un fauteuil en rotin qui a marqué plusieurs générations, c’est un film, tout aussi iconique et non moins kitch mais c’est avant tout un roman qui a fait scandale à sa sortie et qui a depuis trouvé son lectorat.

Deux mots, guère plus, sur l’histoire qui n’est que prétexte à des enchaînements de parties de jambes en l’air sans cesse renouvelées. Emmanuelle, jeune mariée, quitte la France pour rejoindre son mari à Bangkok. Elle y rencontre Mario, esthète, qui l’emmène dans un parcours initiatique érotico-philosophique.

Qu’on ne s’y trompe pas, ce texte est bien ici un roman érotique, une narration rythmée par les jeux érotiques et les mises en situations sexuelles et c’est cette histoire qu’on retrouve dans le film de Just Jeakin (sorti en 1974). Pourtant, il serait outrageusement réducteur de s’arrêter à cet unique aspect du roman. Emmanuelle nous emmène dans la recherche d’un Eden fantasmé, un monde d’une liberté presque naïve. Le texte est entrecoupé de pages entières dans lesquelles Mario déroule un commentaire sexualisant des philosophes occidentaux. Si ces passages peuvent sembler incongrus dans un roman érotique, ils arrêtent le récit, et parfois la lecture.

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boltanski

La rentrée littéraire est toujours l’occasion de découvrir des auteurs qu’on attendait pas. Christophe Boltanski est journaliste, en ce moment à l’Obs’ et écrit d’habitude pour rapporter de l’actualité. Avec ce premier roman, il change de casquette et nous invite à entrer pas à pas dans l’antre des légendes familiales.

L’auteur écrit mais il est surtout, en tout cas pour ce texte, le fils de Luc, éminent sociologue et neveux de Christian, figure de l’art contemporain mondial pour ne citer qu’eux, héritier d’un nom qui pourrait être lourd à porter, d’une histoire familiale peut être un peu écrasante. Pourtant Christophe B. nous raconte cette histoire avec beaucoup de délicatesse et de pudeur. Il nous parle, comme on raconte des anecdotes à la fin d’un repas ou autour d’un verre. Confidences précieuses qui lèvent un voile de silence qui recouvre les histoires de beaucoup de familles françaises. On passe dans cette histoire à travers les pièces de l’appartement de la rue de Grenelle, foyer familial et antre inviolable.

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Meme pas mort

Un homme, un roi, peut être un dieu nous raconte son histoire : comment la mort l’a trouvé, mais n’a pas voulu de lui…

Jean-Philippe Jaworsky est un auteur français qui, pour notre plaisir, peut s’enorgueillir d’avoir une plume splendide et un réel talent pour créer des univers. Des livres comme Januara Vera ou Gagner la guerre démontrent toute l’ampleur de sa maîtrise dans le genre littéraire qu’est le fantastique.

Et Même pas mort commence de telles manières qu’il n’ y a pas l’ombre d’un doute quant au fait qu’on aborde un très bon roman. Au début, le personnage principal, qui dit avoir deux cents ans, commence à raconter son histoire à un marchand étranger. Il ne commence non pas par son enfance mais par un point important de son parcours, le moment où il semble avoir appris pourquoi, malgré plusieurs blessures mortelles, il n’est pas mort.

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