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Sciences humaines

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Entendez-vous les clochettes tintinnabuler? Décembre est revenu et avec lui son cortège de décorations kitsch, traditions et courses de Noël effrénées. Quiconque est déjà rentré dans un grand magasin entre le 10 et le 24 décembre, sait bien qu’il n’y a pas que le Père Noël qui est une ordure ! Puisqu’on est a parler de courses et d’ordures, tournons-nous vers la dernière publication de Derf Backderf. Cet auteur et dessinateur américain a le chic pour nous plonger sans fard dans les petits travers de nos vies banales.

Ici, nous rencontrons J.B. , jeune homme d’une vingtaine d’années qui prend doucement le chemin de la loose. Il a arrêté ses études, vit chez ses parents et attend que le temps passe sur le canapé. Devant une telle absence d’énergie, sa mère lui met un grand coup de pied au derrière et voilà notre héros qui répond à une petite annonce lue dans le journal. J.B. fera donc bien sa vie dans la vie active. Il sera éboueur.

Nous embarquons immédiatement avec lui pour découvrir cette ville banale du fond de l’Ohio et son quotidien à l’arrière du camion, à côté de la benne et à hauteur d’ordures. On découvre avec notre héros la joie des sacs de poubelles mal fermés mais aussi toute une galerie de personnages haut en couleur. N’oublions pas qu’on les voit par ce qu’ils ont de moins reluisant, leurs poubelles. Au-delà des anecdotes, pour certaines hilarantes, Derf Backderf aborde aussi sur l’envers du décor, l’organisation et les luttes de pouvoir liées à ce ramassage des ordures.

Pour construire ce récit, l’auteur s’est inspiré de sa propre expérience, il a lui-même été éboueur pendant un an. C’est peut-être cette expérience qui rend les anecdotes tellement réelles et tellement cocasses. Pourtant, en écrivant une fiction il a réussi à s’extraire de sa propre histoire pour finalement nous confronter à nos propres limites : nos poubelles vomissent de gâchis ! Une fois l’année passée avec J.B. et ses acolytes, le récit est complété par un cahier d’informations beaucoup plus documentaire. Si ce complément peut être un peu lourd à lire après cette chouette tranche de rigolade, il a le mérite de mettre en perspective nos petits sacs poubelles et d’observer les effets des rebuts de la société de consommation.

J’ai découvert Derf Backderf grâce à sa publication Mon ami Dahmer, récit dans lequel il nous raconte les années d’écoles qu’il a partagé avec celui qui deviendra un des serial killer les plus meurtriers des Etats-Unis. Backderf choisit pour ça de nous parler de sa propre expérience, de ses souvenirs tout en essayant constamment de prendre de la distance pour élargir son propos. J’ai retrouvé le même angle d’attaque dans Trashed, nous parler de sujets graves par l’angle de l’humour, du quotidien et de la banalité.


 

Trashed, Derf Backderf, Édition Ça et là, 22 €

Mon ami Dahmer, Ça et là,  20 €

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Marion

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En 732 ( ou 733 ) Charles Martel, le duc Eudes d’Aquitaine et leurs armées se sont opposés aux troupes arabo-berbères d’Abd al-Rahmân venues d’Espagne. Cette bataille n’a été que peu étudiée, le dernier ouvrage de référence date des années 1960. Pourtant, depuis le début des années 2000 on voit Charles Martel être brandi comme un héros chrétien qui aurait sauvé l’Europe d’une invasion musulmane. Cette utilisation de l’Histoire sans mesure ni distance trouve un point culminant fort après les attentats de janvier 2015 et l’utilisation du slogan « je suis Charlie Martel » par l’extrême droite française.

William Blanc et Christophe Naudin publient ici une étude sur ce personnage historique et cette bataille d’abord en mettant l’évènement et les personnages dans leur contexte, puis plus précisément sur la manière dont se serait passé l’affrontement. Cette prise de recul sur l’image qu’on nous donne ou qu’on peut avoir de la bataille de Poitiers devient naturelle au fur et à mesure que les auteurs citent leurs sources et confrontent cette image aux faits.

Une fois ces vérifications faites sur les événements eux-mêmes, les auteurs se sont intéressés à la manière dont ceux-ci avaient été perçus au cours du temps. Quelles traces, quels commentaires ont ils retrouvé? Les auteurs ont fait un travail de recherche et de documentation assez important pour essayer de dresser une image précise de la trace qu’a laissé cet événement.

Pour la plupart d’entre nous, on a appris l’Histoire avec un grand H à l’école autour d’un socle de références communes. Cette Histoire n’a rien de neutre ni d’unique et on voit régulièrement ressortir le débat dans les médias. Qui doit figurer dans ce grand roman français ? Quels évènements sont constitutifs de ce socle ? Ces choix et cette construction sont dépendants de choix politiques. Cet essai permet un recul et une mesure qui évite l’instrumentalisation.

Si la première partie, sur les faits est un peu long parce que très précise, j’ai été ravie de retrouver la même précision par la suite, quand il s’est agi du commentaire et de la lecture des évènements.


Charles Martel et la bataille de Poitiers, de l’Histoire au mythe identitaire, William Blanc, Christophe Naudin, édition Libertalia, 17€

Marion

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La BD d’aujourd’hui nous vient des Etats-Unis d’Amérique. Il s’agit donc d’un comics et pour être dans les clichés du genre il s’agit d’un comics de super héros ! Mais attention ce n’est ni Superman, ni Batman, ni Aquaman, ni Green Lantern, ni Green Arrow, ni Flash, ni Wonderwoman… enfin bref vous l’aurez compris notre héros n’est pas un de nos habituels porteurs de slips moulants ! Et pourtant, son combat est universel, peut-être l’avez-vous-même déjà rencontré ? Laissez-moi donc vous parler des aventures d’Ultra-chômeur parues chez Presque lune.

Lorsque la nuit tombe Bruce Pain descend dans sa positiv-cave et enfile son costume pour devenir : Ultimatum. Super-héros du positivisme à l’américaine, il parcourt les banlieues pauvres tentant d’insuffler chez leurs habitants le désir de réussir. Car c’est bien connu : « la pauvreté est un nouveau symptôme d’une mauvaise hygiène mentale » et puisque « tout est possible en Amérique pourquoi donc avoir choisi d’échouer » ! Jusqu’au jour où, mis en face d’une situation dramatique, il décide de critiquer le système. Il est alors licencié sur le champ. Après avoir erré inutilement à la recherche d’un nouvel emploi, le voilà qui revient comme Ultra-chômeur. Avec à ses côté Plan B, Wonder Mother, Fellowman, Master Degrees et bien d’autres il va lutter contre les supers vilains : Stern Bear, les Mousquetaires du libre échanges, les Lemur Brothers  et surtout la Main Invisible et son dangereux représentant : le Pouce. De terribles aventures attendent nos Super-héros, qui découvriront bien vite que pour le profit tous les coups sont permis…

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A l’heure de la sortie du neuvième numéro de La revue dessinée, jetons un regard sur ce mook, qui fête ses deux ans de publication, ainsi que sur une BD de la rentrée, tout droit sortie de ses pages : Grandes oreilles et bras cassés.

Mais tout d’abord qu’est-ce qu’un mook ? Derrière ce néologisme barbare et peu élégant se cache une réalité bien plus attrayante. Contraction de magazine et book, le mook est une revue que vous ne trouverez pas en kiosque mais uniquement chez vos libraires. Cet hybride de magazine et de livre privilégie les grands reportages. Les exemples les plus connus sont « XXI » (initiateur du genre) et « 6 mois » qui traitent principalement de sujets de fonds, que ce soit par des articles ou bien par du reportage photo. Loin de l’immédiateté de l’actualité ces revues laissent aux journalistes du temps pour l’analyse et une enquête approfondie.

Depuis maintenant 2 ans, dans ce petit milieu, est apparue La revue dessinée. Fusion entre le reportage et la BD, la revue a une parution trimestrielle. Loin de moi l’idée de faire la liste exhaustive de tous les points forts de ce mook, donc voici un petit aperçu subjectif et limité de quelques éléments que je trouve particulièrement intéressants.

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Si la prison d’aujourd’hui consiste à enfermer des hommes et des femmes derrière des murs et de les y laisser, il n’en a pas toujours été de même. Pendant un siècle, des années 1850 à 1953, la France et ses différents régimes a déporté près de 100 000 personnes dans les bagnes de Nouvelle-Calédonie et de Guyane. Elle a construit une occupation de territoires colonisés entièrement tournée vers les mouroirs de sa « mauvaise graine ». Criminels, opposants politiques, toujours condamnés, à purger une peine d’emprisonnement et de mauvais traitement et, pour parfaire un système bien rodé à rester en exil sur leur terre de bagne autant de temps qu’avait durée leurs condamnations initiales. La France assurait la tranquillité des esprits par l’exil de ses condamnés.

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Héros aux mille et un visages

Aujourd’hui, je vous propose un petit jeu pour bien commencer la semaine. Prenez n’importe quel film des studios Disney post-1992 et analysez-en la structure. Vous remarquerez que chaque récit répond à un schéma que l’on pourrait (grossièrement) réduire ainsi : le départ d’un héros, l’acquisition d’un savoir puis le retour salvateur dudit héros, dont le savoir nouvellement acquis permet une évolution positive de l’ancien monde. Et pour cause, cette structure a été théorisé par le scriptdoctor Christopher Vogler dans un mémo de 7 pages écrit en 1992 pour le studio aux grandes oreilles, devenu depuis la bible des scénaristes : The Writer’s Journey : Mythic Structure for Writers. Une bible qui n’aurait cependant jamais vu le jour sans Joseph Campbell

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Il est des actes que l’homme est capable de faire sur ses semblables qui sont difficiles à admettre et à regarder en face. Particulièrement quand la violence est institutionnalisée. La Question est un texte qui a été publié par Jerôme Lindon aux éditions de Minuit en 1958 et interdit de vente dans les jours qui ont suivis. L’auteur était encore détenu à la prison de Barberousse à Alger.

Henri Alleg est un militant communiste, directeur du journal l’Alger Républicain. Il entre dans la clandestinité en 1955 quand son journal est interdit. Il est arrêté en 1957 au domicile de son ami Maurice Audin par les parachutistes de la 10 eme D. P. . Arrêté un jour plus tôt, ce dernier sera torturé à mort.

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