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Quoi que l’on puisse penser des comics, des super-héros, des formats « Intégrales » opportunistes ou même de l’édition en général, il faut bien admettre une chose.
Urban Comics est la meilleure chose qui soit arrivé au comics en france depuis bien longtemps.

Une fois encore, c’est l’excellente collection Vertigo qui nous gratifie d’une re-découverte d’une des séries-phares d’un seigneur des slips flashys et moulants : Alan Moore.

Top 10 nous emmène à Néopolis, métropole d’un genre particulier car c’est ici que les autorités mondiales ont regroupé toute la super-humanité après la Seconde Guerre Mondiale. Construite par des « supers », pour des « supers », et avec des vrais morceaux de « supers » dedans, Néopolis est une véritable cocotte-minute remplie d’uranium enrichie. Ici, tout le monde trouve sa place, les gentils comme les méchants. Véritable melting-pot de pouvoirs plus ou moins visibles, la population s’organise désormais comme partout ailleurs. Dans ce climat un peu instable, l’on suit les journées des agents du commisariat du 10ème district (surnommé Top10) dans leur quotidien, par le prisme du regard d’une petite nouvelle fraichement sortie des bancs de l’académie, la bien-surnommée Coffre à jouets.
Pour eux, la banalité. Patrouilles en voitures, filatures, enquètes sur des meurtres, interrogatoire et garde-à-vue. Seulement, comment gérer une rixe conjugale quand le mari à des membres élastiques et que la femme peut se transformer en sable ? Comment interpeller un homme qui gonfle comme un ballon de baudruche à la moindre émotion ? Et comment esquiver

Chronique policière, critique de la société urbaine, véritable déclaration d’amour à l’age d’or des comics, truffée de références hilarantes et clins d’oeil malicieux, cette série reste un comics à l’intelligence rare. Au détour de certaines cases, le décor est grandiose et si bien posé qu’on ne remarque tout les détails qu’à la relecture. En toile de fond de l’écriture du scénario, on peut remarquer quelques interrogations du XXème siècle : les traumatismes d’après-guerre, la ségrégation, l’image des gardiens de la paix, le proxénétisme, le crime organisé, la corruption des puissants, tous ces sujets pèle-mèle ne sont que la partie émergée de l’iceberg.

Datant de 1991, avec un dessin riche, très détaillé au service d’une identité visuelle forte, Top 10 n’est pas assez old-school pour faire fuir les curieux du genre.  C’est une série que le fan appréciera de (re)découvrir et que le novice arpentera avec bonheur, sans la nécessité d’avoir un bagage culturel complet sur le comics américain.

Un must-have.


Top 10, Urban Comics collection Vertigo, Alan Moore / Gene Ha, 35€

Valmon

9782812609459

Obia. L’Obia te donne de la force. Il attire sur toi la bénédiction des anciens. Ceux qui sont morts ne sont pas morts. Ils marchent avec toi, dans tes pas et te protègent. L’Obia renforce ton corps mais aussi ton esprit. Si tu es en danger, tu trouveras la ressource. Les blessures éviteront ton corps et tu détruiras tes ennemis. Mais attention, si tu doutes, l’Obia te délaissera. Tu dois affronter ta peur et agir en guerrier. C’est à ce prix que l’Obia sera sur toi. Ne doutes pas et tu passeras. N’oublie pas … Tu as une mission !

Sur les routes boueuses et les chemins de terre de Guyane, à travers la jungle de tôles et de verdure, Clifton fuit. Il est tout jeune encore. A peine homme, déjà père, mais pas encore prisonnier. Il transporte avec lui les pires des passagers : la peur et la mort. Mais il a un atout de taille. L’Obia : la magie des Noirs-Marrons, ces descendants des esclaves africains qui se sont enfuis dans la foret amazonienne et dont les esprits ancestraux venus des terres d’Afrique veillent sur lui.

A sa poursuite, deux hommes que tout oppose. Marcy, le major. Géant créole pur jus, mastodonte bien en chair dont la connaissance du terrain et de ses habitants n’a d’égale que son ambition. Mais sa réputation de tête brûlée l’empêche d’avancer.
A ses cotés, Anato, le capitaine. Lui est un Ndjuka exilé. Ses étranges yeux jaunes et sa réserve naturelle dissimulent un homme tourmenté par la recherche de son passé, caché sur les rives du fleuve Maroni, frontière naturelle entre la Guyane et le Suriname.
Sur fonds de cartel de drogues et de guerre civile surinamaise, un contre-la-montre s’engage. Nous ne vous en dirons pas plus sur l’intrigue, préférant vous laisser le plaisir de la découverte.

Voici donc le troisième polar guyanais de Colin Niel, nouveau venu sur la scène du crime. Après Les Hamacs de carton en 2012 et Ce qui reste en foret en 2013, il récidive avec Obia. Reprenant avec plaisir son personnage du capitaine Anato, cet exilé à la recherche de ses racines, il explore une nouvelle facette de ce terrible bout de France perdu sur la cote Amazonienne.

Colin Niel est certes un auteur mais il a également participé à la création du parc Amazonien de Guyane – que vous pouvez visiter – et est tombé amoureux de cette région dont il parle dans son oeuvre.

A travers ses différents personnages, vous découvrirez l’histoire de cette région française d’Amérique du Sud – pour ceux du fond qui ne sauraient pas où ça se situe, la Guyane se trouve au nord du Brésil – mais aussi plus globalement, l’histoire – avec un grand H – de la région. Vous vous y imprégnerez des cultures locales et des difficultés auxquels peuvent être confrontés ses habitants si éloignés de la métropole. Car oui, Colin parle de cette société guyanaise, de ses clivages sociaux, culturels, de leurs origines, avec brio, de tous les sujets possibles et imaginables par le prisme du roman policier et des relations entre ses personnages – principaux comme secondaires – et de leurs quêtes respectives, de leurs visions du monde qui les entoure, de leurs attentes. Et ces personnages, quels personnages, hauts en couleurs, aux caractères bien approfondis, chacun représentants une face de la culture guyanaise.

Bref, ne vous retardons pas, on ne saurait que vous conseiller de lire Obia (et les autres aventures du capitaine Anato, disponibles en poche) dont vous ne pourrez sortir avant la fin tant le rythme est maîtrisé – tout comme l’écriture, d’ailleurs – allez donc vous le procurer !


Obia, Colin Niel, Rouergue,

Les Hamacs de Carton, Colin Niel, Rouergue et Babel pour l’édition poche

Ce qui reste en forêt, Rouergue, et Babel pour l’édition poche.

Quentin et Valmon

Sweet Tooth

Décidément, Jeff Lemire aime à secouer l’humanité. Il y a tout juste un an, Urban Comics publiait l’excellent Trillium, mettant en scène la disparition de l’humanité des suites de la propagation d’un virus mortel dans nos colonies spatiales. Aujourd’hui, il balaie la moitié de la population de la Terre en quelques heures pour mieux laisser aux survivants le soin de mourir à petit feu. Et parce que Robert Kirkman et Walking Dead s’essoufflent, il fallait bien quelqu’un pour reprendre le flambeau du genre post-apo.

Il y a sept ans, une mystérieuse pandémie est apparue sur Terre, décimant la majeure partie de la population mondiale et donnant naissance à une nouvelle espèce à mi-chemin entre l’homme et l’animal qui seule résiste à la maladie. Gus, le personnage principal, est un de ces hybrides : mi-homme, mi-cerf. Élevé par son père en pleine forêt, Gus ignore tout du monde extérieur, si ce n’est qu’il est rempli de pêcheurs et qu’on ne trouve au-delà des frontières de la forêt qu’un monde de feu où souffrir. Libéré de l’obscurantisme religieux de son père lorsque celui-ci décède, Gus décide d’enfreindre le premier commandement de son géniteur et prend la route avec un certain Jepperd à la recherche de « la réserve », un refuge pour les hybrides chassés par une humanité prête à tous les sacrifices pour trouver un remède à la pandémie.

Gus représente à la fois l’ignorance et l’innocence du lecteur face à un Jepperd sombre, taciturne et particulièrement violent. Le contraste entre ces deux personnages crée un équilibre certain dans l’univers dépeint par Jeff Lemire. Car Sweet Tooth réserve son lot de surprise, chapitre après chapitre. L’auteur joue avec le temps et l’espace, transposant tour-à-tour son récit dans le passé et les rêves des personnages avant un retour à la réalité. Avec une unique constance : la violence du récit. La violence hante chaque page de l’album, rappelant la laideur de l’humanité dès lors que son instinct de survie a repris le dessus. Face à un Gus désemparé, la violence se fait cruauté. Mais dans les yeux de Jepperd, elle devient une nécessité…

Si les six premiers chapitres de ce premier tome sont, il faut le reconnaître, d’un classicisme absolu, c’est parce qu’ils forment une longue exposition de l’état du monde. Le talent de narration de Jeff Lemire explose littéralement lorsqu’il s’attarde sur la complexité de Gus et Jepperd, qui n’auront de cesse de changer l’un et l’autre tout au long des trois tomes promis par Urban Comics. Au-delà de leur relation, ce sont les événements et la somme de leurs expériences qui les mèneront à un final épique (que j’ai eu la chance de lire en V.O) et auto-contenu, digne d’un Y, le dernier homme moderne. Jeff Lemire écrit Sweet Tooth à la manière d’un Walking Dead indie : il prend le temps d’interroger ses personnages entre deux actions, de les faire interagir sans avoir à tout expliquer.

Son trait est à ce titre un élément explicite de l’œuvre puisqu’il contient toujours les informations que les personnages ne sont pas prêts à fournir. Certains le jugeront brouillon quand il ne suffira qu’une planche à d’autres pour y voir une esthétique imparfaite et vivante, mais je ne peux que vous encourager à dépasser votre éventuel dégoût pour découvrir l’un des nouveaux maîtres américains. Sweet Tooth n’est qu’une des nombreuses réussites de l’auteur et nul doute que son Descenders, prévu chez Urban Comics en début d’année prochaine avec l’exceptionnel Dustin N’Guyen au dessin, finira d’asseoir sa position comme l’unique concurrent actuel à Brian K. Vaughan (Ex Machina, Saga…).

Exercice de style pour Jeff Lemire, qui n’avait encore jamais travaillé seul sur une série « longue », Sweet Tooth est une leçon d’écriture adressée à un Robert Kirkman alors en panne d’inspiration. C’est un conte qui ne s’embarrasse pas des notions de bien et de mal, qui installe l’humanité face à sa pire crainte : la mort. Le road-trip de Gus et Jepperd prends des airs de descente aux enfers où l’espoir peine à filtrer, piétiné par un monde où la haine, le désespoir et les pertes forgent les caractères. Heureusement, il y a Gus, qui trouve toujours de la beauté sur cette Terre dévastée…



Sweet Tooth, tome 1 (série en cours, trois tomes prévus) – Jeff Lemire – Urban Comics, 22,50 €

Johan

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A quel moment fini la réalité et quand commence la paranoïa ? C’est là toute la question de ce petit bijou de chez Super 8.

Loin d’être comme le compatriote Rémi (hyper méga fan de Super 8), j’avais du mal à trouver réellement mon bonheur chez cette maison d’édition. [A part pour Prime Time. Prime Time c’est génial.] Et puis un jour, il me dit qu’il en a un qui devrait me plaire. C’est bizarre et ça met mal à l’aise. Quand on me dit ça, ça me donne très envie de voir de quoi ça s’agit. Oui, oui. Vraiment. Bref, je me suis attaquée à la bête et effectivement, ça m’a plu.

Alors, de quoi ça parle ? Maria, médecin espagnole expatriée en Angleterre est atteinte du syndrome d’Asperger. Elle est en prison, reconnue coupable du meurtre sanglant d’un prêtre. Le problème, c’est qu’elle ne s’en souvient pas. Son Asperger fait tourner son cerveau à mille à l’heure et parfois, elle ne sait pas si ses souvenirs sont réels ou simplement inventés. Le roman se découpe en deux partie : au début, on est avec Maria lors d’une session de thérapie avec Kurt, son psy. Puis, on nous raconte son arrivée à la prison. Et tout le livre se déroule comme ça : Maria raconte à son thérapeute son arrivée à la prison, ce qu’elle y a découvert et ce qui la fait douter. Mais, avouons le, le thérapeute est pas hyper clean. Suivant la narration de Maria, on ne sait jamais vraiment si ce qu’elle raconte se passe réellement ou si ce n’est qu’une simple invention de son esprit. Kurt lui dit qu’elle invente des choses, pour se protéger elle même. Pourtant, Maria note tout ce qui lui arrive dans son carnet et elle est persuadée de la véracité de ses dires. Alors, qui doit-on croire ? Notre narratrice, seule vision de ce qui se passe ? Ou bien doit-on croire qu’effectivement, elle est complètement folle et que son thérapeute est là pour l’aider et ne conspire absolument pas contre elle ?

C’est ce qui est totalement passionnant dans ce livre. Le doute constant. On n’est jamais vraiment sûr de qui l’on doit croire. Qui veut aider Maria et qui, au contraire, lui veut du mal. On parle de projets secret avec le MI5 (service de renseignements anglais), d’expériences menées sur Maria, de drogues et de meurtres. Où est la réalité dans tout ça ? Il nous faut attendre les derniers chapitres pour réussir à y voir clair. Et encore, à la toute fin, on ne sait finalement pas si Maria prend la bonne décision ou pas. Et tout l’intérêt de la lecture se pose ici : remettre en cause toutes les informations qui nous sont données. Ne pas prendre pour acquis et réel ce qui se passe.

Je ne vous cache pas que pendant la lecture, on peut se sentir un peu paranoïaque soi-même…


Sujet 375 – Nikki Owen – Editions Super 8, 20 €

Zoé.

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Une petite chronique aujourd’hui pour une petite BD tout en finesse et poésie. Après l’excellent Vous êtes tous jaloux de mon Jetpack , Tom Gauld revient avec son sens de l’humour et ses situations absurdes dans Vers la ville, toujours aux éditions 2024 (qui font comme d’habitude un super boulot sur la maquette du livre).

Deux hommes prennent la route. Suivant l’injonction d’une affiche : « une nouvelle vie s’offre à vous installez-vous en ville », ils décident de quitter leur chez eux pour se rendre vers cette mystérieuse ville… Et voilà, c’est tout ! De même que l’on ne sait rien des raisons qui poussent Vladimir et Estragon à attendre sans fin un Godot qui ne vient pas (dans la pièce de Beckett), de même, on ne connaît pas les motivations qui ont pu mettre en branle nos deux personnages. On ignore leur passé, on se contente juste de les suivre sur le chemin qui les sort de leurs habitudes pour les mener vers un ailleurs.

Dessinée pour une sortie hebdomadaire dans Time Out London, c’est un des premiers travaux de Tom Gauld. Chaque planche peut donc se lire comme un strip complet mais regroupées, elles forment le cheminement de nos comparses vers la ville. Très influencé par les strips de Gary Larson, on retrouve également avec beaucoup de plaisir (enfin au moins pour ma part) son attachement à l’œuvre d’Edward Gorey (dont une partie des ouvrages est rééditée chez les éditions Le Tripode).

Aucunes grandes épreuves n’attendent nos héros dans leur « quête initiatique ». Au contraire, dans ce huis-clos à ciel ouvert le caractère de chacun se dévoile petit à petit et les situations banales s’enchaînent. C’est à travers les moments on ne peut plus ordinaire de voyageurs (la marche, le campement, la pluie) ou des objets du quotidien (des bottes, une brouette, une tente) que Tom Gauld fait surgir un émerveillement enfantin ou une poussée de rire incontrôlable. Tour à tour drôle, mélancolique, absurde, Tom n’en finit pas de nous surprendre avec ces deux marcheurs tout de noir vêtus. A l’heure de la surenchère d’effets spéciaux, d’humour gras et potache, de scénarios toujours plus complexes ou même de dessins grandioses (qu’il m’arrive également d’apprécier énormément, qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit !!) la simplicité de l’histoire, de l’humour qui ne s’impose pas et du trait nous ramène avec beaucoup de bonheur à l’essentiel : « La nature même de la bande dessinée est d’être lue, pas d’être admirée. Un dessin vraiment beau et virtuose est inutile s’il ne « fonctionne » pas » (citation de Tom lui-même).

Et il faut bien reconnaître qu’il le fait avec beaucoup de justesse et une très belle poésie !


Vers la ville, Tom Gauld, 2024, 15€

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Rares sont les bandes dessinées chinoises, à ma connaissance, même si je suis loin de tout connaître, et c’est avec plaisir que je vous parle de celle-ci que je trouve particulièrement magnifique.

Nous sommes en l’an 626, la Chine est alors un pays calme mais dont la prospérité est mise en péril par les attaques répétées des Mongols. C’est dans cette atmosphère périlleuse que Li Shimin, le second fils de l’empereur, assassine ses deux frères et le reste des membres de sa famille. Malheureusement pour lui, sa nièce Yongning se montre bien moins facile à faire disparaître et c’est fort de son intelligence et de sa fine lame qu’elle réussit à disparaître en échappant aux hommes de son oncle et en se faisant passer pour morte.

Devenue dès lors une fugitive recherchée, obligée de se déguiser en simple marchande pour ne pas éveiller les soupçons, elle n’a qu’une seule chose en tête, venger sa famille et reconquérir le trône.

Si le début de l’histoire semble assez simple et déjà vu, la suite réserve quant à elle quelques surprises à notre jeune héroïne, qui se révèle être une stratège hors pair, un véritable atout pour sa survie. Implacable et impétueuse, elle est la seule erreur commise par son oncle dans sa prise de pouvoir mais va se révéler être la plus dangereuse à tel point que l’Oracle prédit qu’une jeune femme va mettre en péril le pouvoir du souverain actuel.

Graphiquement éblouissant, les dessins sont fins et détaillés, on regrette presque que chaque tomes ne soit pas plus long mais on ne peut que prendre notre mal en patience pour attendre la suite de cette série dont 3 tomes sont déjà disponibles.


La princesse vagabonde, Xia Da, Urban China, 12,00 €

Rémi

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Entendez-vous les clochettes tintinnabuler? Décembre est revenu et avec lui son cortège de décorations kitsch, traditions et courses de Noël effrénées. Quiconque est déjà rentré dans un grand magasin entre le 10 et le 24 décembre, sait bien qu’il n’y a pas que le Père Noël qui est une ordure ! Puisqu’on est a parler de courses et d’ordures, tournons-nous vers la dernière publication de Derf Backderf. Cet auteur et dessinateur américain a le chic pour nous plonger sans fard dans les petits travers de nos vies banales.

Ici, nous rencontrons J.B. , jeune homme d’une vingtaine d’années qui prend doucement le chemin de la loose. Il a arrêté ses études, vit chez ses parents et attend que le temps passe sur le canapé. Devant une telle absence d’énergie, sa mère lui met un grand coup de pied au derrière et voilà notre héros qui répond à une petite annonce lue dans le journal. J.B. fera donc bien sa vie dans la vie active. Il sera éboueur.

Nous embarquons immédiatement avec lui pour découvrir cette ville banale du fond de l’Ohio et son quotidien à l’arrière du camion, à côté de la benne et à hauteur d’ordures. On découvre avec notre héros la joie des sacs de poubelles mal fermés mais aussi toute une galerie de personnages haut en couleur. N’oublions pas qu’on les voit par ce qu’ils ont de moins reluisant, leurs poubelles. Au-delà des anecdotes, pour certaines hilarantes, Derf Backderf aborde aussi sur l’envers du décor, l’organisation et les luttes de pouvoir liées à ce ramassage des ordures.

Pour construire ce récit, l’auteur s’est inspiré de sa propre expérience, il a lui-même été éboueur pendant un an. C’est peut-être cette expérience qui rend les anecdotes tellement réelles et tellement cocasses. Pourtant, en écrivant une fiction il a réussi à s’extraire de sa propre histoire pour finalement nous confronter à nos propres limites : nos poubelles vomissent de gâchis ! Une fois l’année passée avec J.B. et ses acolytes, le récit est complété par un cahier d’informations beaucoup plus documentaire. Si ce complément peut être un peu lourd à lire après cette chouette tranche de rigolade, il a le mérite de mettre en perspective nos petits sacs poubelles et d’observer les effets des rebuts de la société de consommation.

J’ai découvert Derf Backderf grâce à sa publication Mon ami Dahmer, récit dans lequel il nous raconte les années d’écoles qu’il a partagé avec celui qui deviendra un des serial killer les plus meurtriers des Etats-Unis. Backderf choisit pour ça de nous parler de sa propre expérience, de ses souvenirs tout en essayant constamment de prendre de la distance pour élargir son propos. J’ai retrouvé le même angle d’attaque dans Trashed, nous parler de sujets graves par l’angle de l’humour, du quotidien et de la banalité.


 

Trashed, Derf Backderf, Édition Ça et là, 22 €

Mon ami Dahmer, Ça et là,  20 €

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Marion