Booming – Mika Biermann

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Anacharsis. Curieux nom pour une maison d’édition, ça ressemble à « anarchie ». D’où ça peut venir un nom pareil, voyons voir … ah voilà, Anacharsis : Philosophe grec mais d’origine barbare, d’accord. Très peu de textes connus, je vois. Ce personnage représente l’étranger avisé, le regard du dehors. Une sorte de personnification de l’objectivité, quelque chose dans ce gout-là ? Ou simplement l’idée que le regard est extérieur au sujet traité pour le rendre dans sa plus parfaite expression ? Après tout, pourquoi pas …

Le grand Ouest, plein de poussière et de soleil. Des cow-boys, portant chapeaux graisseux et colt usés. Des saloons, des prisons, des indiens, des bordels et des serpents à sonnettes. Pas de doute, c’est un western. Un beau western, découpé comme dans un film, avec en introduction, la présentation des personnages.
Cette histoire s’ouvre sur deux noms, ceux des protagonistes. Lee Lightouch et Pato Conchi. Deux noms qui reflètent parfaitement leurs propriétaires. Rien qu’à les lire, rien qu’à les dire, rien qu’à les entendre, on peut savoir à quoi ressemblent nos futurs héros. L’un est grand, l’autre gros. L’un est raffiné, l’autre est un peu brut de décoffrage. L’un est la représentation d’une Europe lointaine en manque de sensations et de nouveautés. L’autre est un cliché du métèque parti de son Amérique du sud natale pour s’aventurer dans les plaines vierges et sauvages du Far West. Deux héros aussi différents l’un de l’autre que pouvait l’être Don Quichotte et Sancho Panza. Et ils ont même une mule. Mais qui est le maitre et qui est le serviteur ? Lequel est fou et lequel ne l’est pas ?

Dans une quête improbable pour retrouver une femme, ils se dirigent droit vers une ville où personne ne va. Équipés, ils le sont. Ils ont des bottes aux pieds et des haricots dans l’estomac. Avertis, ils l’étaient.
Mais rien ne prépare vraiment un homme à se rencontrer soi-même dans une ville où le temps joue des tours aux vivants comme aux morts.

Booming est un roman explosif. Un western sale et bruyant, aux références enfouies dans l’Art et dans l’Histoire, mais aussi une profonde réflexion philosophique sur la vie, la mort, le destin, le temps et la marche inéluctable de l’homme vers sa propre disparition, quoi qu’il puisse se passer entre le début et la fin. Biermann nous dévoile une fresque fantastique avec des personnages crus, un paysage crasseux de réalisme et un art consommé de la maxime. Les dialogues sont rythmés comme un duel au fleuret, et certains monologues ne vous donneront qu’une envie : celle de vous dresser bien haut pour les déclamer sous un ciel d’orage devant un parterre de gens ébahis.

Ce qui est sur, c’est que lorsqu’une balle tirée fait marche arrière pour rentrer se loger dans le barillet d’où elle vient de partir, il faut penser à prendre la fuite sans y aller à reculons.


Booming, Mika Biermann, Editions Anacharsis, 15€

Valmon

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